De la lutte gréco-romaine… à la lutte sociale ?
18 août 2008 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Cet été, la moisson aura été bonne. Pas tant en médailles olympiques qu’en attaques contre le monde du travail. Profiter de l’été pour faire passer les mauvais coups, une vieille habitude. Et même une « tactique » , a admis, décomplexée, une député UMP, « les réactions de la rue étant souvent moins importantes » en cette période… En témoignent l’été 2003 avec le vote de la réforme des retraites, l’été 2004 avec comme cible cette fois-ci l’assurance maladie, ou encore l’été 2007 avec le paquet fiscal, cadeau de 14 milliards d’euros… aux plus riches.
Mais avec son florilège d’attaques, le palmarès 2008 mérite une mention spéciale. Début juillet, le gouvernement ouvre le feu avec le vote du texte « Travail : démocratie sociale et temps de travail » . Derrière cet intitulé rassurant, il s’agit ni plus ni moins d’abolir la durée légale du temps de travail en permettant aux patrons, par des accords d’entreprise, de recourir massivement aux heures supplémentaires. Particulièrement gâtés, les cadres au forfait jour : limité jusqu’à présent à 218 jours par an, celui-ci pourra atteindre un seuil de 235 jours (terminés, ainsi, les jours fériés !), avec un maximum à 282 en cas d’accord d’entreprise. En ligne de mire, les 35 heures, ce soi-disant carcan qui empêcherait les salariés de « travailler plus »… Une fable, comme vient de le rappeler une étude de l’INSEE : le temps de travail moyen des Français serait en fait de 41 heures par semaine !
Quinze jours plus tard est adoptée la loi relative aux « Droits et devoirs des demandeurs d’emploi » . Là aussi traduire…. En fait de droits, c’est plutôt un nouveau système de sanctions contre les chômeurs qui est entériné avec la notion d’ « offre raisonnable d’emploi » . Après 3 mois d’inscription à l’ANPE, le chômeur sera contraint d’accepter toute offre correspondant à 95 % de son salaire antérieur. Un taux qui passera à 85 % après 6 mois, dans la limite d’une heure de transport ou de 30 kilomètres entre le domicile et le lieu de travail. Après un an de recherche d’emploi, un chômeur devra accepter n’importe quelle offre dont la rémunération serait supérieure au montant de son allocation chômage. Et qui osera refuser deux « offres raisonnables d’emploi » sera radié.
Le même jour, l’Assemblée vote la loi sur le service minimum à l’école, instaurant un service d’accueil en cas de grève (mais aussi en cas d’absence prévisible d’un professeur), à la charge des municipalités. En d’autres termes, une sérieuse atteinte au droit de grève !
Quant au mois d’août, période de relâche à l’Assemblée, il n’est pas pour autant synonyme de trêve pour le gouvernement. Ne vient-il pas de décider une nouvelle augmentation des tarifs du gaz (de 5 %, ce qui fait une hausse de 50 % en 4 ans !) et de l’électricité (de 2 %) ? Et ce, alors que les prix continuent de flamber (4,1 % de hausse dans la zone euro au mois de juillet)… et les salaires de stagner. Le « président du pouvoir d’achat » , Sarkozy ? Foutaises, là encore ! Pas de trêve non plus sur le front de l’emploi : 4 000 suppressions de postes annoncées à Sanofi-Aventis, 6 000 à Renault… dont le bénéfice net a augmenté de 49 % ce dernier semestre ! Une saignée qui n’épargne pas non plus la fonction publique, déjà amputée en 2008 de 20 000 postes : rebelote en 2009, avec une nouvelle vague de 30 000 postes – dont 13 500 dans l’éducation !
Dans une forme olympique, le gouvernement ? Peut-être… mais il sait que ses victoires sont fragiles, qu’à force de multiplier les mauvais coups, il risque le retour de bâton. Les derniers mois n’ont pas été sans réactions, dans bien des entreprises et des secteurs, mais les unes après les autres, isolées et donc limitées dans leurs effets. La combativité du monde du travail est pourtant intacte. Tous ensemble en cette rentrée où les ministres ont le culot nous annoncer que notre niveau de vie devrait encore baisser pour prétendue cause de récession mondiale, il va falloir que nous montrions nos muscles pour arracher nos moyens de vivre aux accapareurs du patronat. Et n’ayons pas peur de nous doper pour la lutte !

