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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 58, juillet-août 2008

Editorial

Chérèque et Thibault « dealent » avec le Medef, la gauche s’envole avec Sarkozy...

Mis en ligne le 1er juillet 2008 Convergences Politique

Le « ratage » de la dernière journée du 17 juin a marqué l’actualité : deux fois moins de salariés ont manifesté que lors de la journée du 22 mai. Ce n’est certainement pas la preuve qu’ils sont contents de leur sort. Mais les directions syndicales qui appelaient, CGT, CFDT ou autre FSU, se sont trop illustrées dans l’année écoulée par leur refus de mener et d’organiser la riposte nécessaire, pour inspirer confiance et rallier les nouvelles troupes qui seraient nécessaires pour faire reculer patronat et Sarkozy.

Début avril, Bernard Thibault pour la CGT et François Chérèque pour la CFDT signaient avec le Medef une « position commune » sur la « représentativité syndicale » . Elle prévoyait entre autres que seuls les syndicats qui passent la barre des 10 % aux élections professionnelles pourraient bénéficier des avantages en temps, locaux et subventions. Belle prime accordée par le patronat aux deux plus gros appareils du pays, au détriment des autres, et beau « deal » puisqu’en contrepartie CGT et CFDT s’engageaient à renégocier entreprise par entreprise l’allongement du temps de travail au-delà de l’actuel quota autorisé d’heures supplémentaires. Soit une remise en cause effective des 35 heures (dont l’introduction par la gauche avait surtout été prétexte au gel des salaires, à la flexibilisation des horaires, en échange de jours de RTT désormais peu à peu repris !). Les dirigeants de la CGT et de la CFDT justifient leur contrat avec le Medef par la « démocratie » : les travailleurs seraient ainsi protégés de syndicats « minoritaires » qui pourraient signer de mauvais accords sur leur dos… comme si la CFDT mais aussi la CGT ne s’étaient pas illustrées ces dernières années par leur caution à des reculs sévères pour les travailleurs (allongement des horaires, gel des salaires, etc., sous prétexte par exemple de préserver l’emploi).

Aujourd’hui, Sarkozy et son ministre du travail Bertrand, encouragés par l’attitude du duo CGT-CFDT, et pressés de satisfaire le patronat ainsi que la frange anti-ouvrière la plus obtuse de la droite, poussent donc le bouchon et proposent leur loi sur la « rénovation de la démocratie sociale et la réforme du temps de travail » , qui reprend grosso modo les termes de la « position commune ». Elle va juste un peu plus loin en matière d’annualisation du temps de travail, soit des possibilités de flexibilité plus grande encore pour les patrons. Du coup Thibault et Chérèque parlent maintenant de trahison. Les décennies passées auraient pourtant dû leur apprendre que lorsqu’on cède aux patrons ou à leurs représentants politiques, ceux-ci en demandent toujours plus. En réalité s’ils s’indignent aujourd’hui c’est parce que des protestations se sont élevées dans les milieux syndicaux, non seulement de la part des appareils concurrents (FO, CFTC, CGC, etc.) qui craignent de voir leur représentativité menacée par la nouvelle donne, mais aussi au sein de leurs propres syndicats. Dans la CGT, par exemple, le deal avec le Medef en a estomaqué plus d’un, en ces temps où l’exploitation patronale conduit à des records de profits et dividendes.

Les attaques patronales et gouvernementales ne sont pourtant pas allées sans réactions. De nombreux conflits ont chahuté cette première année de présidence de Sarkozy, à commencer par la réaction massive des cheminots à la remise en cause de leur retraite à l’automne, mais aussi des grèves pour les salaires dans de nombreuses entreprises, des mouvements contre les licenciements et les suppressions de postes (en particulier dans l’Éducation nationale et toute la fonction publique), des journées et protestations contre les coups de canif (de hache plutôt !) dans les systèmes de retraites (41 ans de cotisation après avoir « aligné » les cheminots), de la santé (entre autres fermetures d’hôpitaux), de l’indemnisation déjà maigre du chômage (radiations accélérées sous prétexte de refus d’emploi). Le mouvement de grèves en cours de la partie la plus opprimée et la plus vulnérable du prolétariat de ce pays, des travailleurs sans-papiers pour leur régularisation, est plus qu’un symbole que la résignation n’est pas l’état d’esprit général.

Mais la colère s’est exprimée en ordre dispersé. Les confédérations qui se flattent de leur importance et dont la vocation serait précisément d’encourager et de « fédérer » les ripostes, c’est-à-dire de leur offrir un programme général et un plan concerté d’action, s’engagent dans la voie exactement contraire, celle de l’éparpillement, l’isolement et la division. D’où la foison de « journées » de ces dernières semaines : fonction publique sans le privé le 15 mai contre les suppressions d’emplois, enseignants seuls le 18 mai, tous le 22 mai sur les retraites, fonctionnaires seuls le 10 juin, tous le 17 juin pour les retraites et les 35 heures… sans oublier des journées « impôts », « santé », « télévision »…

Et ce n’est certainement pas la gauche, en premier lieu le Parti socialiste, qui va rattraper les manques des organisations syndicales. Ça, une opposition ? Celle de sa majesté, alors. Les dirigeants du PS accompagnent chaque fois qu’ils le peuvent gouvernement et patronat pour dire qu’il faut effectivement des « réformes » de la santé, de l’éducation, des retraites. Ce ne serait pas les mêmes, paraît-il ? Allez savoir ! Ils accompagnent même Sarkozy au Liban, pour y représenter la politique néo-coloniale de l’impérialisme français ! Ils sont prêts à s’aplatir encore si Sarkozy leur consentait une réforme de la Constitution, en particulier de la loi électorale, qui garantisse leur représentation et leur chance de revenir au gouvernement… pour appliquer la même politique anti-ouvrière.

Face à l’enrichissement insolent des classes possédantes, que tous les travailleurs payent par le recul des salaires, de l’emploi, des conditions de travail, une riposte générale du monde du travail est à préparer et organiser. La gauche comme les actuelles directions syndicales ne veulent pas l’assumer, lui tournent le dos ou la combattent, ouvertement ou sournoisement.

C’est néanmoins dans ce sens qu’il faut persévérer. Il revient à l’extrême gauche et tous ceux qui se joindront à elle, d’afficher un programme général d’augmentation des salaires (et indexation automatique sur les prix), d’interdiction des licenciements et suppressions de postes, d’embauches massives dans le privé et le public, de régularisation des travailleurs sans papiers. Il leur revient aussi d’affirmer la nécessité d’un plan d’action, au lieu de l’actuel savant désordre. Il faut des luttes, oui, mais aussi une politique de convergence et de maîtrise de ces luttes par ceux qui les mènent.

Tôt ou tard, une explosion sociale balaiera le barrage d’appareils politiques et syndicaux intégrés au système ou les obligera comme en 1968 à accompagner la grève générale. Mais il faut se préparer pour qu’à la différence de Mai 68, où les appareils ont généralisé la grève pour mieux en reprendre la tête et l’arrêter, les salariés engagent l’épreuve de force en se donnant le contrôle de leur mouvement et une organisation qui impose la démocratie ouvrière, en attendant d’imposer le pouvoir des travailleurs.

22 juin 2008

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