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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 4, juillet-août 1999 > DOSSIER : Travail précaire : les nouveaux habits de la surexploitation

DOSSIER : Travail précaire : les nouveaux habits de la surexploitation

Dans l’industrie, pour diminuer les coûts, ils rendent précaire !

Mis en ligne le 1er août 1999 Convergences Entreprises

Il fut un temps où dans les entreprises, la quasi-totalité des travailleurs occupés étaient salariés du même patron. Pour optimiser les bénéfices tout en diminuant les capacités de riposte des travailleurs, le patronat et les gouvernements ont cassé cette organisation, précarisé et flexibilisé le travail, jusqu’à présenter celles et ceux qui ont encore un travail à temps plein, privé ou public, qui bénéficient d’une convention collective ou d’acquis sociaux, comme des « privilégiés ».

De la sous-traitance périphérique …

Les usines étaient globalement rentables, mais les patrons ont cherché à rentabiliser chaque secteur pris séparément. Evidemment les personnels de nettoyage, de gardiennage, etc… coûtent moins quand ils sont payés au SMIC. Ces activités ont été sous-traitées à des entreprises spécialisées auxquelles est imposée chaque année une diminution des tarifs. Puis d’autres activités ont été touchées, comme les transports, et de plus en plus la gestion des stocks, des commandes et livraisons aux clients.

… à la sous-traitance de production directe

Cela ne leur a pas suffit. Les activités d’entretien aussi ont été sous-traitées. Les chantiers pendant les arrêts de production, et plus généralement l’activité permanente d’entretien, de réparation, d’aménagement. Les travailleurs des entreprises sous-traitantes ont remplacé les services d’entretien internes en étant présents à l’année dans les ateliers. L’entreprise utilisatrice donne en fonction de ses besoins des chantiers à la semaine, voire même à la journée. L’entreprise extérieure, pour ne pas perdre sa place, doit répondre le plus vite possible aux demandes en flexibilisant au maximum son organisation, par l’utilisation massive d’heures supplémentaires et d’intérimaires. D’autres activités sont également concernées : le dessin industriel, les études, la publicité, le conseil en gestion, en informatique, etc. A Flins, Renault loue des milliers de mètres carrés à des entreprises sous traitantes qui travaillent sur le site même.

Tout cela fait du monde : par exemple dans la chimie, la pétrochimie, le nombre de salariés d’entreprises extérieures sur le site représente durant toute l’année un tiers voire plus des personnes présentes. Dans le centre technique de Renault à Lardy qui emploie essentiellement techniciens, ingénieurs et cadres, les CDI à temps plein ne sont plus que 2970 sur 4365 personnes travaillant sur le site. Les autres sont des prestataires extérieurs auxquels s’ajoutent les divers précaires salariés de Renault.

La recherche permanente de la diminution des coûts réintroduit dans ces entreprises de sous-traitance des pratiques de tâcheronnage et même de louage (d’anciens salariés déclarés comme artisans se louant à leur ancien patron pour un tarif inférieur à celui que représentait leur salaire).

La filialisation

Au fur et à mesure que se constituent de gros groupes industriels, ils se « débarrassent » des secteurs qui ne sont pas directement le centre de leur activité, même s’ils sont indispensables. Ils appellent cela le recentrage autour du cœur de l’activité : le « reengineering ». Ils vendent à d’autres groupes, ou filialisent l’activité dans un groupe dont ils sont actionnaires. Renault excelle en la matière : certaines unités de production sont ainsi composées aujourd’hui de deux, trois entités différentes, appartenant à des filiales différentes. Si les travailleurs sont sur le même site, ils n’ont pas le même patron.

La précarité des contrats

Les salariés de l’entreprise ne sont pas protégés. Pour gérer le stock zéro, les fluctuations saisonnières, les patrons ont recours aux CDD, à l’intérim. 80 % des embauches dans les entreprises de plus de 50 salariés se font par ce biais : les patrons testent ainsi plusieurs mois, quand ce n’est pas plusieurs années les travailleurs avant de les embaucher ou... de les licencier, tout en utilisant les boîtes d’intérim comme recruteurs. Les intérimaires sont concentrés dans les ateliers de fabrication. Début 1998, il y avait à Renault Douai 2000 intérimaires sur 4500 salariés ! Début 99, à Citroën Aulnay, 40 % en production, et aux postes les plus durs. Dans un atelier occupant un tel pourcentage de précaires les difficultés sont plus grandes pour se mobiliser.

Il y a aussi le recours aux contrats de formation comme l’apprentissage, les contrats de qualification, etc.… au bout desquels les jeunes n’ont aucune garantie d’embauche. Ces contrats visent dans les grosses entreprises plus à conformer les jeunes aux désirs patronaux qu’à les former. Les patrons ont en effet réussi à faire payer par l’Etat la presque totalité de la formation professionnelle, et ils utilisent la loi Aubry pour faire ce qui reste de la formation en dehors des horaires de travail.

Le travail à temps partiel le plus souvent imposé est lui aussi une source de précarité absolue (voir les articles de ce dossier).

La précarité du travail et le chômage

La flexibilité des horaires de travail déstabilise aussi toute vie personnelle : les travailleurs doivent être en permanence disponibles pour les besoins patronaux. Le tout en perdant du salaire : soit avec le chômage partiel, soit avec la modulation annuelle des horaires de travail.

En outre la menace du licenciement pèse sur tous les salariés. Les choix capitalistes font disparaître des usines, des villes, des régions entières pour organiser autrement leur production, indépendamment de la rentabilité immédiate. Du coup tous les travailleurs savent qu’ils sont exposés, quelle que soit l’entreprise où ils travaillent, au risque du chômage qui touche déjà leurs copains, leur famille.

Tout cela fait beaucoup de monde…

La baisse annoncée de l’emploi industriel est en partie un effet d’optique car l’addition de tous ces dispositifs change la structure de l’emploi dans l’industrie. S’il est indiscutable que les progrès de la productivité permettent de produire plus avec moins de travailleurs en production directe, il est pour autant nécessaire pour cette même production d’avoir des services périphériques importants. Un examen un peu plus précis des statistiques montre que la baisse de l’emploi industriel est en grande partie compensée par la « création » d’emplois dans les services aux entreprises.

Il n’est pas vrai que le tertiaire, les services et la précarité créent des emplois : ils détruisent ceux des usines dans lesquelles les travailleurs avaient acquis par leurs luttes certains avantages au profit de la multiplication d’emplois précaires qui représentent aujourd’hui une part importante de la classe ouvrière et sont majoritaires pour les femmes et les jeunes.

Charles PAZ et Frida FUEGO


Précarité et risque d’accident du travail

Il y a une dizaine d’années, l’Institut National de la Recherche et de la Sécurité faisait une enquête sur le taux d’accidents et leur gravité pour les intérimaires. Les résultats étaient éclairants : les taux de fréquence moyen et de gravité étaient de plus du double de ceux de l’ensemble des salariés.

On pouvait bien sûr dire que les intérimaires travaillent dans les secteurs où le risque d’accidents est le plus élevé : bâtiment, industrie... Mais en y regardant de plus près on s’aperçoit que dans chaque secteur, le phénomène est le même, en moins accentué. Les raisons en sont simples : lien souvent lointain entre la qualification de l’intérimaire et l’emploi occupé, absence ou insuffisance de prise en charge de la formation aux risques par l’entreprise utilisatrice, économies sur le matériel de sécurité, travaux les plus durs et les plus dangereux pour ces travailleurs.

La précarité c’est aussi cela.

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