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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 99, mai-juin 2015

Editorial

Après trois ans d’attaques redoublées contre les classes populaires, quels moyens pour une riposte ?

Mis en ligne le 14 mai 2015 Convergences Politique

En trois ans de présidence, François Hollande a réussi l’exploit de ressusciter Sarkozy, de perdre au profit de la droite 150 villes de plus de 9 000 habitants et 28 départements, de propulser les scores du parti de Marine Le Pen au-dessus de 25 %. En même temps, le chômage a atteint le chiffre record de trois millions et demi avec pour seule satisfaction au ministère de l’Économie que son « taux de progression » ait fléchi. Quasiment pas une demande du Medef que le gouvernement n’ait satisfaite. Voilà le bilan, sous la houlette de Hollande, du Premier ministre Valls, genre de sosie pro-patronal et anti-immigrés de Sarkozy, et de son acolyte Macron, petit banquier de profession. La gauche, comme toutes les fois dans l’histoire où elle a géré les affaires de la bourgeoisie, a fait office de bélier bien plus efficace que la droite pour permettre au patronat de réaliser son programme de choc.

Mais il ne faut pas s’y tromper, la capacité renouvelée de la gauche à faire passer les pires attaques anti-ouvrières ne lui vient pas d’une aptitude à duper les travailleurs. Les illusions envers Hollande ont été de courte durée. Tout au plus certains, dans les milieux populaires, espéraient-ils que le vote pour un socialiste à l’image bonhomme tempérerait un peu le rythme effréné des réformes patronales de Sarkozy. Ils ont vite déchanté.

L’atout de la gauche gouvernementale : avoir les dirigeants syndicaux dans sa manche !

Principal chantier de la première année de Hollande à l’Élysée, la loi de sécurisation de l’emploi est passée sans que les directions syndicales n’organisent la moindre protestation sérieuse. Pourtant, même Sarkozy ne s’était pas risqué à légaliser les chantages à l’emploi que quelques patrons d’avant-garde comme Bosch ou Continental avaient expérimentés les années précédentes, et autoriser par la loi les baisses de salaires et les augmentations de temps de travail.

Si le Parti socialiste y est parvenu sans encombre, c’est qu’il a enchaîné bien en amont des directions syndicales consentantes à ce jeu de dupes. Dès l’été 2012, les discussions étaient entamées entre syndicats et patronat à l’initiative du gouvernement. Elles ont abouti à un Accord national interprofessionnel. Signé par les uns, mollement dénoncé par les autres, le gouvernement n’avait plus qu’à le transposer dans la loi.

La droite avait certes tenté la méthode. On se souvient de Sarkozy invitant Bernard Thibault pour des dialogues particuliers à l’Élysée et le bradage des grèves de la SNCM ou de Perrier dans le dos d’équipes syndicales. Mais les confédérations avaient quelques scrupules à faire passer le gouvernement pour un ami des travailleurs auprès duquel il suffirait d’une amicale pression dans les salons de négociations. Elles se sentaient obligées d’organiser des journées d’action, parfois répétées même si toujours très encadrées, pour simuler une protestation.

Cette fois, il a fallu attendre le 9 avril dernier, après presque trois ans de gouvernement socialiste, pour que les confédérations syndicales invitent les travailleurs à descendre dans la rue. Mais cette journée limitée, sans appel ferme à la grève dans la plupart des secteurs, ne s’inscrivait pas dans un plan de lutte visant à modifier le rapport de forces et reste à l’heure actuelle sans lendemain.

Le retour du bâton

Réforme des retraites, pacte de compétitivité, loi Macron et bientôt Macron 2, loi Touraine, réforme des collèges (et on en oublie !), cette guerre contre le monde du travail se déroule sur fond d’une offensive politique permanente des responsables du PS qui martèlent leur amour de l’entreprise, leur dégoût des 35 heures, leur révolte face au « coût du travail »... Au point que Hollande envisage maintenant que les petites entreprises prennent gratuitement des apprentis ! Et le gouvernement n’hésite plus à muscler la répression en interdisant des manifestations, en licenciant des grévistes et des militants syndicaux et en couvrant les actes d’une police violente dont les méthodes ont conduit à la mort du jeune manifestant Rémi Fraisse en octobre dernier.

Roms, immigrés, travailleurs sans-papiers, militants syndicaux, jeunes des quartiers populaires sont désignés comme l’ennemi intérieur par Valls qui joue des coudes pour concurrencer Le Pen et Sarkozy. Le pendant de l’alignement sur le Medef sur le terrain social, c’est l’alignement sur le FN dans la course aux idées réactionnaires. Tant pis si cette démagogie – qui fleurit d’ailleurs sur tout le continent –, coûte la vie à des milliers de migrants, forcés de fuir les guerres et la misère jusqu’à finir noyés en Méditerranée. Ces drames étant prétextes à barricader un peu plus leur Europe forteresse. Et le pendant de la guerre de classe à l’intérieur, c’est la guerre tous azimuts à l’extérieur. L’affaire des viols d’enfants par des soldats français en Centrafrique vient nous rappeler crûment que, derrière le vernis humanitaire, une occupation militaire reste une occupation militaire, pour la défense des intérêts des Dassault, Areva ou Total.

Une opposition ouvrière sur le terrain de la lutte des classes, plus que jamais nécessaire

Et pourtant, durant les trois années écoulées, les travailleurs sont loin d’être restés l’arme au pied. Cheminots, postiers, hospitaliers, ouvriers de l’industrie en butte aux licenciements ou aux bas salaires, nombreux sont ceux qui ont réagi, parfois vigoureusement, aux attaques patronales. Mais ces réactions sont restées éparses, sans lien les unes avec les autres. Les directions syndicales et leurs alliés du Front de gauche, parce qu’ils savent le danger politique qu’un mouvement qui se généralise ferait courir au gouvernement socialiste, ont tout fait pour éviter la fameuse « coagulation ».

La toute récente grève de Radio France est bien à l’image de ce qui fait défaut aux travailleurs : pas seulement une combativité insuffisante, mais à coup sûr des perspectives et une politique propre dans les luttes, permettant de passer outre aux freins syndicaux. Car cette grève avait presque tout pour elle : le nombre de grévistes, la ténacité, les moyens de se faire entendre en émettant le programme minimum sur les ondes. Mais n’avaient-ils pas un programme maximum, à savoir d’en appeler à tous les travailleurs du pays, à tous ceux qui comme eux, dans d’autres secteurs du public et du privé, étaient licenciés pour des raisons d’économies et de profits ? Mais les directions syndicales avaient bien autre chose en tête, engluées dans la discussion des « difficultés financières » de « notre » entreprise. Elles ont finalement appelé à la reprise du travail le 14 avril (un jour plus tard pour la CGT), contre l’avis majoritaire de l’assemblée générale. Il est donc indispensable que les grévistes se donnent leur propre direction, leur propre politique dans une grève, décidées démocratiquement.

Dans la situation actuelle, les révolutionnaires, principalement le NPA et LO, ne déclencheront pas les luttes. Mais quand celles-ci existent, ils peuvent se donner pour tâche d’aider les travailleurs à les diriger démocratiquement, à inspirer à celles-ci une politique en direction d’autres entreprises ou secteurs, pour que le combat s’élargisse et devienne une seule et même lutte de classe autour des grandes revendications de sauvegarde de l’emploi et du niveau de vie. C’est ainsi que se forgera une opposition politique irréductible à ce gouvernement.

D’abord le terrain des luttes, évidemment. Mais les élections sont aussi des opportunités politiques. Les derniers scores des révolutionnaires n’ont certes rien d’encourageant, mais l’absence lors de consultations électorales, comme lors des dernières départementales où le mode de scrutin interdisait quasiment aux révolutionnaires de se présenter à une échelle visible, n’aide pas à l’audience de nos idées. En décembre prochain, les élections régionales prendront un caractère politique national. Les révolutionnaires doivent se donner les moyens d’y être présents. Si les élections ne changent rien au sort des classes populaires, elles sont une tribune militante et médiatique dont nous aurions tort de nous passer dans la période actuelle. Contre ce gouvernement, il ne faut pas que les xénophobes démagogiques du Front national monopolisent la protestation. Il faut que s’exprime la colère ouvrière, la vraie, qui porte un programme de luttes et de mesures radicales pour les classes populaires.

3 mai 2015

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