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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 22, juillet-août 2002 > DOSSIER : Actualité du trotskisme

DOSSIER : Actualité du trotskisme

Une force politique d’extrême gauche ?

Mis en ligne le 9 juillet 2002 Convergences Politique

La construction en France d’un parti qui représente réellement les intérêts politiques du monde du travail est une nécessité posée depuis bien longtemps, en réalité depuis que le Parti communiste a cessé d’être un parti révolutionnaire. Cette nécessité paraît aujourd’hui encore plus urgente quand après de 20 ans de politique antisociale - menée en particulier par les partis de gauche au gouvernement - l’extrême-droite a fait près de 20 % des voix lors des dernières élections présidentielles et le mouvement ouvrier apparaît plus délabré que jamais.

Sa nécessité n’en rend pourtant pas la construction immédiatement possible. Se pose donc la question des étapes possibles et utiles.

Un projet sans ambiguïtés

Un parti révolutionnaire d’envergure (même relative) sera forcément différent de ce que sont aujourd’hui les petites organisations d’extrême gauche, dans son fonctionnement, par la multiplicité et la diversité de ses interventions et par un recrutement non seulement bien plus large mais aussi de militants plus divers tant par l’engagement que la culture politique. Mais il n’existera qu’à la condition de gagner une implantation réelle dans les couches les plus exploitées de la population et de maintenir sur cette base une orientation politique claire de lutte de classe.

Et c’est pour cela qu’un parti communiste et révolutionnaire ne sera pas simplement un parti de la gauche… même « radicale et anticapitaliste ».

D’abord parce que la notion de « gauche » est source de toutes les confusions. Elle sert depuis toujours à masquer la division fondamentale de la société : celle qui oppose le camp des travailleurs au camp de la bourgeoisie. D’ailleurs aujourd’hui la gauche, ce sont des partis de gouvernement (notamment le PS et le PCF) au service de la bourgeoisie.

L’expérience de ces vingt dernières années a sans doute fait perdre à bien des travailleurs tout enthousiasme mais les illusions peuvent vite revenir, surtout lorsque ces partis sont à nouveau dans l’opposition. Et même lorsque la rupture semble consommée avec ces partis, bon nombre de ceux du « peuple de gauche » – même des plus critiques – rêvent encore d’une « vraie » gauche, différente de la droite, honnête, voire « radicale », mais finalement bien réformiste, qui pourrait faire quelque chose pour les travailleurs sans qu’il y ait besoin de s’affronter avec les patrons et leur gouvernement. Malheureusement cela n’existe pas et cela n’a jamais existé ! Et ce n’est évidemment pas à l’extrême gauche d’entretenir ces illusions, comme s’y essaie de nouveau la LCR.

Quant à être anticapitaliste… Il existe aujourd’hui toute une frange de militants qui sont à la fois anticapitalistes et réformistes, à ATTAC, à SUD, dans le « mouvement social », tous ceux qui espèrent explicitement ou implicitement en l’Etat actuel et ses possibilités de réguler et même de transformer le capitalisme au nom d’un prétendu intérêt général [1].

Des étapes et des chausse-trapes

La construction d’un parti révolutionnaire dans une période non révolutionnaire est certes une véritable gageure, un combat politique d’autant moins facile à mener que dans un pays impérialiste comme le nôtre les expériences révolutionnaires remontent à un passé plutôt lointain !

Des étapes sont peut-être indispensables, et même certains détours, comme la construction d’une force politique où les trotskistes ne représenteraient qu’une fraction minoritaire. L’histoire montre pourtant que des étapes de ce genre se sont la plupart du temps transformées en impasse. Un parti hybride, à mi-chemin entre la révolution et le réformisme, ne peut demeurer longtemps sans tomber d’un côté ou de l’autre. Et le temps est généralement compté aux révolutionnaires pour gagner sinon sa majorité, en tout cas les nouvelles générations qui viennent à lui. Autant dire que l’étape a toutes les chances d’être brève, d’autant plus brève que la radicalisation politique est faible et l’afflux de militants peu important, sauf bien entendu pour les révolutionnaires à y perdre leur âme.

Et l’impasse est assurée quand il s’agit d’un remake du processus bien connu qui amène des politiciens de gauche défaits à se proposer de refaire une nouvelle gauche qui pourrait servir de tremplin à leur nouvelle carrière. Alors, momentanément, des forces militantes, même révolutionnaires, ne sont pas de trop, même des trotskistes, surtout s’ils sont prêts à mettre de l’eau dans leur vin. C’est l’opération que les refondateurs du PCF, et sans doute quelques autres à la gauche de la gauche, envisageraient, nous dit-on, en direction de la LCR sous le nom de code de « pôle de radicalité ».

Un « pôle de radicalité » qui ne pourrait être qu’un obstacle, espérons-le pas trop radical, sur la route de la construction d’un parti communiste et révolutionnaire, au cas où ce pole développerait quelque capacité d’attraction envers ceux honnêtement à la recherche aujourd’hui d’une force politique réellement nouvelle.

Un front d’extrême gauche et un programme pour les luttes ouvrières

Depuis quelques années, les organisations d’extrême gauche ont acquis (surtout LO et la LCR) un petit crédit électoral que le revers des récentes législatives a peut-être écorné, certainement pas éliminé. Même s’il est évident que la force de l’extrême gauche n’a pas été multipliée, il est évident aussi que certains militants ouvriers ou de gauche, politiques, syndicaux, ou associatifs, regardent enfin ou à nouveau vers elle et attendent directement d’elle la construction d’un nouvelle organisation politique.

Ces succès électoraux ont permis aussi de paraître un peu plus crédible aux yeux d’une partie de la classe ouvrière, et de pouvoir proposer une politique pour les luttes en ayant quelques chances d’être entendu. Une opportunité à saisir par une extrême gauche qui pendant si longtemps n’eut d’autre choix que d’essayer de se développer à contre-courant et de militer dans une position marginale, dans laquelle on peut malheureusement finir par s’enkyster si on ne cherche pas à explorer systématiquement toutes les possibilités d’en sortir.

Or les résultats électoraux de l’extrême gauche, même à relativiser, sont de ce point de vue un élément nouveau qui lui ouvre des possibilités et en même temps lui impose des responsabilités. En particulier celle d’agir à la hauteur des attentes de la fraction des travailleurs et des militants ouvriers qui regardent vers elle et la considèrent comme une des forces avec qui il faut compter dans les luttes politiques ou sociales.

A l’extrême gauche de ne pas les décevoir ! Il ne dépend certainement pas d’elle de déclencher les luttes qui permettraient de répondre aux problèmes vitaux qui se posent à la classe ouvrière (comme les licenciements, la précarité, les salaires, les retraites). Mais il dépend d’elle de prendre des initiatives, d’être à l’offensive, de savoir proposer de préparer et d’organiser en commun la contre-offensive aux militants du mouvement ouvrier, à leurs organisations comme à l’ensemble des travailleurs. De telles initiatives chacune des composantes de l’extrême gauche peut les prendre mais elles auraient certainement d’autant plus d’impact qu’elles seraient le fait de l’ensemble, quelques soient les désaccords souvent importants qui séparent LO et la LCR (et bien sûr le PT).

Cela correspondrait d’abord à l’intérêt du monde du travail. Ce serait ensuite autant d’occasions de s’associer de nombreux militants du mouvement ouvrier et des travailleurs du rang qui ne sont sans doute pas prêts à rejoindre une organisation révolutionnaire, mais prêts néanmoins à agir avec et aux côtés de l’extrême gauche. Ce serait un moyen aussi de construire des relations de confiance avec eux qui sont encore loin d’exister, notamment avec les militants du Parti communiste. Et ce serait enfin un pas dans la construction d’un nouveau parti qui défende réellement les intérêts politiques du monde du travail et qui n’a de chance de voir le jour que s’il répond aux besoins de la classe ouvrière et se révèle vraiment utile pour ses luttes.

Bien sûr, il faudra bien d’autres pas pour aboutir à ce parti que l’intervention systématique de l’extrême gauche dans la lutte politique et sociale ou même qu’un bloc de ses organisations, aussi utile que serait celui-ci dans la situation actuelle. Le programme d’un parti révolutionnaire, posant la question de l’Etat, de la prise du pouvoir, du socialisme et du communisme, sera bien autre chose aussi que la liste de quelques mesures d’urgence, aussi important que pourrait être leur aboutissement pour les travailleurs. Mais une étape qui permettrait d’aller dans cette direction tout en donnant au mouvement trotskiste un crédit qui lui fait encore défaut sur le terrain des luttes serait bien de première importance.

R.G.


[1Bien entendu des réformes sont toujours possibles dans le cadre du système capitaliste : c’est alors une question de rapport de force ou d’intérêt bien compris pour la bourgeoisie. Mais le projet de réformer le capitalisme jusqu’à le transformer complètement en un autre système social est tout autant une illusion que celle qui existe encore aujourd’hui dans une gauche qui serait vraiment de gauche. Quant aux partis de la gauche gouvernementale, ils ne sont qualifiés de réformistes que par un abus de langage, car ce sont de simples gérants loyaux du système capitaliste.

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Réactions à cet article

  • Je réagis à votre caractérisation d’anticapitalistes réformistes de Sud et d’Attac. Je pense que nous ne sommes pas en période prérévolutionnaire. Que seulement lors de ces périodes et aussi lors des grandes mobilisations, les idées 100% révo devienent évidentes aux militants puis aux^masses. Donc je ne fais pas la fine bouche. Je milite sur Brest, hier nous étions 3/400 à crier notre haine du Medef à Seillère. C’était tout ce que Seillère avait mobilisé contre lui, preuve que le retour de 95 n’est pas pour le mois d’octobre... Mais qui était là ? Syndicalement : Sud et la Cfdt de force égale et la cgt marginale avec la fsu. Et un autre tiers anar : sud éducation et leur collectifs locaux. Forces politiques : pas de Ps, Lo avec ses journaux, le PT dans fo qui n’appelait pourtant pas, le Pcf ridicule. La lcr avait la seule banderolle politique : « Interdiction des licenciements » qui nous restait du printemps et tout le monde connaissait nos militants dans leur syndicats : fsu, cfdt, et surtout sud et cgt qui ne pouvaient etre dans notre cortège. Bref il y avait deux groupes bien délimités : un pole anar « radical » entrainant : sud educ, cnt, fo, pt et Lo un pole « syndical » anticapitaliste : sud et cgt, ou se trouvait la lcr et les assos ac, apeis, attac... la cfdt au milieu. je ne generalise pas mais j’y ai vu une bonne alégorie de la situation politique, de nos allies potentiels, de la recomposition... philippe Rogel

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    • Cher camarade,

      Tout à fait d’accord avec toi pour dire que nous ne sommes pas en période prérévolutionnaire, et que beaucoup de militants ne se reconnaissent pas dans les idées révolutionnaires… Alors quand nous disons qu’ATTAC ou SUD sont réformistes, c’est un constat que tu fais toi-même : par exemple, ATTAC ne réclame pas l’interdiction des licenciements, à la différence des organisations révolutionnaires, comme la LCR ou LO. Bien que ce soit une revendication qui peut être entendue et approuvée par bien des travailleurs.

      Ce n’est pas faire la fine bouche mais plutôt ne pas se mentir sur la réalité de SUD ou ATTAC. Evidemment, cela ne nous empêche pas de mener des luttes avec des militants d’ATTAC, de SUD, mais aussi de la CGT, de la CFDT, du PCF… Ni de chercher à convaincre ces militants de la justesse des perspectives des trotskistes.

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