Tous ensemble pour l’interdiction des licenciements
23 avril 2001 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La manifestation contre les licenciements, samedi dernier à Calais, a été un succès.
Au nom du Parti communiste, qui en avait pris l’initiative à laquelle s’étaient joints notamment Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire, Robert Hue annonce qu’il n’en restera pas là. Il envisage de proposer aux partis qui veulent défendre les travailleurs et à toutes les organisations syndicales et associations, une nouvelle manifestation, nationale cette fois, à Paris. Tant mieux.
Il réaffirme par contre que le PC entend rester au gouvernement. Sacrée contradiction ! Car le gouvernement, lui, n’a pas la moindre intention de s’en prendre aux trusts licencieurs, Jospin l’a réaffirmé à la télévision.
Jospin trouve le boycott des produits Danone de mauvais goût. D’après lui, nous devrions nous satisfaire d’apprendre de sa bouche qu’il y aurait eu ces derniers temps plus d’emplois créés que supprimés. Il se garde bien de dire que ce sont souvent des emplois précaires ou à temps partiel, à la place d’emplois fixes.
Devant l’avalanche des plans de licenciements les mesures qu’il prévoit d’annoncer cette semaine ne sont que des trompe-l’œil pour tenter de désamorcer la colère des travailleurs et permettre au patronat de licencier sans trop de peine. Augmenter un peu l’indemnité légale de licenciement n’est qu’une façon d’autoriser tous les licenciements. Demander aux grandes entreprises un plus gros effort pour promettre des reclassements ne les engage ni ne les oblige à rien.
Quant au clou des innovations qu’étudierait le député Eric Besson, « Monsieur emploi » du Parti socialiste, ce serait un bonus-malus sur les cotisations chômage des employeurs. Comme un vulgaire chauffard, le patron licencieur cotiserait un peu plus pour pouvoir casser les emplois aux frais des caisses de chômage ; cette pénalisation, qu’il inscrirait dans ses notes de frais, il la récupérerait en bonus les années où il ne licencierait pas. Une prétendue sanction qui serait en fait... une bonne affaire pour lui.
Le gouvernement et le patronat pourraient bien, cette fois, échouer. Car les travailleurs de LU, les employés de Marks & Spencer, les ouvriers de l’usine Péchiney de Marignac, qui ont séquestré pendant 24 heures leur patron, ne sont pas seuls.
La popularité qu’a eu l’appel au boycott des produits Danone montre l’ampleur de l’indignation soulevée par les licenciements.
Péchiney qui licencie à Marignac, les groupes Valeo ou Bosch qui suppriment des emplois dans leurs usines d’équipement automobile, Philips qui prévoit 7 000 licenciements en Europe (dont la fermeture de son usine du Mans pour laquelle il a touché des subventions d’Etat), Dim qui fait peser la menace sur trois usines du groupe, regorgent de bénéfices tout autant que Danone. Quant au baron Seillière qui menace de décréter AOM-Air Liberté en faillite, ni sa fortune personnelle, ni les affaires de son groupe, Marine-Wendel, ni celles de son associé Swissair ne sont en déficit.
Trop c’est trop. Cette multiplication des plans de licenciements pourrait bien se retourner contre le patronat. Car tous les travailleurs des entreprises menacées de licenciements peuvent cette fois se retrouver à lutter ensemble, et plus seulement entreprise par entreprise. Ils peuvent et doivent avoir le soutien de tous.
C’est l’interdiction des licenciements qu’il faut exiger dans toutes ces grandes sociétés, qui font d’énormes profits même quand elles déclarent telle ou telle activité particulière déficitaire, sous menace de réquisition des fortunes qu’elles ont accumulées et de leurs entreprises.
Pour l’imposer, il faut nous faire craindre du gouvernement et du patronat.
Après la manifestation de Calais, une journée nationale de manifestation pour l’interdiction des licenciements permettrait de mobiliser plus largement et serait une nouvelle étape pour faire grandir la riposte générale du monde du travail qui mettra un coup d’arrêt aux licenciements.
Préparons-là. Exigeons-là de tous les syndicats, les confédérations, les partis politiques et les associations qui disent vouloir s’opposer à ces plans de licenciements.

