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Lecture d’été

Réédition de Fontamara, d’Ignazio Silone

Éditions Grasset, 243 pages, 12,90 €

30 juin 2021 Article Culture

Un petit village des Abruzzes en 1922. Le ruisseau qui permet à ses paysans d’irriguer leurs terres est détourné par le nouveau podesta qui veut alimenter en eau les terres qu’il rachète petit à petit. Le décor est planté : la réédition du grand roman d’Ignazio Silone sorti en 1933 nous plonge dans l’Italie fasciste du point de vue des cafoni, des paysans pauvres, opprimés et illettrés, qu’ils soient petits propriétaires ou simples métayers. Avec l’arrivée de celui qu’ils appellent « L’Entrepreneur », ils voient leur misère s’aggraver et oscillent entre illusions et extrême lucidité quant à la nécessité de ne compter que sur eux-mêmes pour améliorer leur sort. C’est à travers une narration originale et précieuse – puisqu’une famille de paysans raconte tour à tour – que nous suivons la mise en place du pouvoir fasciste, dont les causes et les conséquences sont finement mises en scène. On voit les cafoni en butte à une sempiternelle exploitation, qui prend toutefois la forme inédite du fascisme. Certains se demandent juste, comme une rengaine, s’ils vont devoir payer plus. Mêlant l’humour au tragique, Silone raconte à merveille leurs échanges et rencontres avec les notables et bureaucrates faux-amis qui les trompent constamment, les policiers provocateurs qui les poussent à se révolter pour mieux les arrêter, les villageois tout aussi pauvres mais qui revêtent la chemise brune pour les humilier et pouvoir conjurer leur soumission.

L’auteur décrit comment un pouvoir qui s’exerce au nom de la loi (« c’est légal » apparait comme un leitmotiv cynique) cherche en dernier ressort à affamer et mettre au pas ceux qu’il veut exploiter. « Tout était légal. Seule notre protestation eût été illégale ». Il est aussi intéressant de constater que les personnages du roman sont dépeints selon un certain matérialisme : ils évoluent, s’affirment au gré des événements et de leurs intérêts… ou de ce qu’ils pensent être leurs intérêts. Mais la conscience s’élargit peu : le but de l’Entrepreneur – et de tous les autres comme lui – à travers la coupure de l’eau qui accompagne de nombreux rachats de terres et d’usines, est de transformer les cafoni en prolétaires à sa merci, quitte à les obliger à travailler loin de chez eux, et il ne laissera passer aucune contestation. Pour résumer, Silone met en récit la lutte de classes, toujours d’actualité bien sûr, et l’émancipation qu’elle nécessite pour que les couches populaires soient victorieuses. Et pour cause, ce roman vaudra à son auteur quelques lignes d’analyses de Trotsky qui en recommande chaudement la lecture dans son ouvrage Littérature et Révolution. Malgré les revirements et les doutes des cafoni qui n’ont jamais eu confiance en leur force, le paternalisme des notables ou des autorités est finalement mis à mal par trop de trahisons. Reste la révolution… à la fin du roman !

Barbara Kazan

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