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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 58, juillet-août 2008 > DOSSIER : Capitalisme du XXIe siècle : déjà la faim… bientôt la crise (...)

DOSSIER : Capitalisme du XXIe siècle : déjà la faim… bientôt la crise ?

Quand la finance… ne finance pas : un capitalisme de plus en plus parasitaire

Mis en ligne le 1er juillet 2008 Convergences Politique

À partir des années 1970 les flux financiers internationaux se sont immensément développés, bien plus que la production des richesses et les échanges commerciaux. Le volume des transactions financières internationales a été multiplié par 7 au cours des 25 dernières années et représentait en 2005 15 % du PIB mondial contre 4,6 % au début des années 1980.

C’est ce qu’on a appelé la « globalisation » et la « libéralisation » financières, libéralisation parce que les possesseurs de capitaux ont pu de plus en plus librement déplacer leurs capitaux, échanger par exemple des bénéfices en yens contre des bons du trésor américains en dollars contre des actions en euros contre du liquide en yuans, et ce à l’infini ; et globalisation parce qu’ils ont pu le faire d’un bout à l’autre de la planète.

Cela ne manqua pas très tôt de soulever des inquiétudes, et pas seulement chez des adversaires du capitalisme : en desserrant les réglementations des États, en libérant à ce point le jeu de la finance, n’allait-on pas revenir à l’instabilité du capitalisme d’avant la seconde guerre mondiale ?

Il était une fois une jolie fée…

Mais au diable la frilosité ! Après tout, comme les apologistes du développement de la finance n’ont cessé, à juste titre d’ailleurs, de le rappeler, il n’y a pas de capitalisme sans finance. Il faut faire le lien entre des capitalistes cherchant à placer des fonds de façon rentable avec des capitalistes cherchant des fonds à investir. La finance n’est au fond que la tuyauterie nécessaire à cette transformation de l’épargne des uns en investissement des autres. Elle permet de se projeter dans l’avenir en permettant des investissements qui ne rapporteront des revenus que dans le futur.

Or, à en croire les initiateurs de la libéralisation financière, elle devait avoir des vertus presque miraculeuses. Elle favoriserait l’investissement des entreprises, qui trouveraient davantage de capitaux à lever, et pour moins cher, en mettant les prêteurs en concurrence sur les marchés, plutôt que d’en passer par de grandes banques nationales hégémoniques. Mieux encore, l’ouverture des frontières de la finance favoriserait une circulation mondiale des capitaux qui leur permettrait une meilleure répartition : les pays (déjà développés notamment) disposant d’une épargne abondante pourraient plus facilement mettre leurs capitaux à la disposition des économies encore pauvres en capitaux, mais disposant d’un fort potentiel de croissance.

…qui se révéla volage et dépensière (de l’argent des autres)

Trente ans après l’envol de la libéralisation financière à l’échelle de la planète, le bilan de la bonne fée est… calamiteux.

D’abord, l’instabilité économique, on y a bel et bien eu droit, plus que jamais : crise de la dette en 1982, krach en 1989, crise du franc et de la livre en 1993, Mexique 1994, Asie 1997, Moscou 1998, Argentine 2000, krach Internet de 2001... Les financiers y ont pour leur part fort bien survécu. Mais des peuples entiers ont dû lutter pour leur survie, des millions d’hommes ont perdu leur emploi ou vu l’inflation laminer leurs faibles revenus.

Cela était-il au moins le prix à payer pour le long terme ? Loin s’en faut. Côté stimulation de l’investissement, le compte n’y est pas non plus. Dans la plupart des pays développés, les taux d’investissement ont sur le long terme été plus bas dans les deux dernières décennies que dans les années 1960 et même les années 1970 (années de « crise » !) même s’il y eut un sursaut aux États-Unis.

1961-1970 1971-1980 1981-1990 1991-1996 1997-1999 2000-2003
États-Unis 18,8 19,3 19,1 19,3 21,3 19,1
Japon 36,4 33,8 29,6 30 28,2 25
Allemagne 26,6 23 18,9 21,9 21,7 19,6
France 26,7 25,2 20,9 18,9 18,6 19,7
Royaume-Uni 18,9 19,6 16,8 16,5 18 16,6

Taux d’investissement brut national (en % du PIB) en moyenne sur la période

(source : Michel Aglietta, Macroéconomie Financière, Repères La découverte).

Il y a même un drôle de paradoxe à propos des marchés financiers : les entreprises qui s’adressent à eux a priori pour se financer ont tendance à leur apporter plus d’argent qu’elles n’en retirent ! Autant dire que la finance (les « investisseurs ») ne finance pas les entreprises, mais s’y finance, c’est-à-dire les parasite. Ce fut le cas en France ces dernières années. En 2007 les dividendes distribués aux actionnaires par les entreprises du CAC 40 ont augmenté de 35 %, alors que leurs profits ne progressaient « que » de 15 %. D’ailleurs les sommes versées aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’action (une forme de cadeau en leur faveur, aux dépens de la trésorerie des entreprises) ont été supérieures aux émissions d’actions par les entreprises, c’est-à-dire aux fonds levés à la bourse (39 milliards contre 37,5 milliards d’euros en 2006).

Le capitalisme financier

Plus que jamais les entreprises doivent servir les intérêts de leurs propriétaires, dont les capitaux peuvent se déplacer librement d’une entreprise à une autre, d’un pays à un autre. Elles doivent ainsi augmenter les dividendes et tout faire pour valoriser les actions, quitte à sacrifier l’investissement à long terme. Cette dictature du profit à court terme n’est d’ailleurs en rien une trahison d’un vrai et bon capitalisme, productif, sain, voyant loin… mais au contraire la manifestation de son essence même : le placement d’un capital n’a pour but que le profit le plus élevé, et c’est pourquoi par nature le capital doit être mobile. Nulle place pour la philanthropie dans cette affaire ! D’autant que cette mobilité accrue des capitaux est un levier redoutablement efficace pour mettre toujours plus les travailleurs, du monde entier, en concurrence les uns contre les autres. Elle a contribué, avec bien d’autres facteurs, à augmenter la part des profits dans la valeur ajoutée des entreprises au détriment des salaires, d’environ 10 points en moyenne en 25 ans dans les pays développés. À la grande joie de l’ensemble de la bourgeoisie.

Le monde à l’envers…

Et la répartition plus rationnelle des capitaux ? Le bilan international n’est pas plus brillant. Depuis 10 ans les pays en développement sont devenus créditeurs nets des pays développés : le Sud envoie au Nord plus de capitaux qu’il n’en reçoit. C’était déjà vrai des pays les plus pauvres étranglés par une dette qu’ils remboursent bien au-delà aux banques des pays riches. C’est vrai aussi des pays dits « émergents », qui connaissant une croissance importante devraient logiquement utiliser leurs surplus nés de l’épargne de la population, des profits de leurs entreprises et des excédents commerciaux pour développer leurs infrastructures. Bien au contraire, ils mettent des fonds gigantesques (un total estimé à 4 500 milliards de dollars en 2007) à la disposition du capitalisme des pays les plus développés. C’est particulièrement vrai de la Chine et des États producteurs de pétrole, qui placent massivement leur argent dans l’économie américaine qui captait deux tiers de l’épargne mondiale cherchant à se placer au niveau international avant la crise des subprimes , et la moitié encore aujourd’hui…

B. R.

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