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DOSSIER : Douce pour les profits, salée pour la population : le scandale de l’eau

Quand la coupe est pleine

Mis en ligne le 10 novembre 2005 Convergences Société

Pollution, hausse des tarifs, spoliation des ressources en eau : ces conséquences de l’appropriation privée de l’eau ont suscité l’indignation des populations partout dans le monde.

En France, face à la privatisation massive intervenue dans les années 1990, des centaines d’associations se sont constituées et parfois coordonnées pour dénoncer les hausses des factures et la gestion privée. Quelques succès remportés devant les tribunaux ont conforté leur action. En mai 1995, 36 usagers de Trégueux faisaient condamner la CGE par le Tribunal d’instance pour avoir délivré de l’eau non potable présentant un taux de nitrates supérieur à 50 mg/L ; puis, en décembre, 150 consommateurs de la région de Guingamp assignaient avec succès la Lyonnaise des eaux pour le même motif.

Fondé en 1995, le réseau CACE (Coordination des associations des consommateurs d’eau) rassemblait 38 associations en 1999, 160 à l’automne 2002. Si les associations sont de taille très variable, elles peuvent atteindre la centaine d’adhérents dans certains villages très mobilisés. En Bretagne, la contestation s’est organisée autour du réseau « Cohérence » qui regroupe depuis 1998 une centaine d’associations. Lancée en 1996, une opération de boycott partiel des factures d’eau a réussi à y mobiliser plus de 2 000 foyers. En mai 2003, la Cour d’appel de Rennes a donné raison à de telles « rétentions » opérées sur des factures d’une eau reconnue non potable. L’opération se poursuit sous le nom de « Nénuphar », en référence à la prolifération d’algues sur les côtes bretonnes du fait de la pollution agricole. Un exemple qui depuis a fait des émules, notamment en Corse.

Des mouvements de masse

Mais si en France, des collectifs d’usagers mènent ces actions locales tenaces, dans certains pays, comme en Inde ou en Bolivie, il est arrivé que l’action de la population prenne une tout autre ampleur, celle d’un mouvement de masse s’affrontant à l’État et aux trusts privés.

En Bolivie, en avril 2000, la vallée de Cochabamba est ainsi entrée en ébullition quand le trust américain Bechtel a pris possession du réseau public. La population est descendue dans la rue, a construit des barricades, occupé pendant plusieurs jours la place principale et obligé le gouvernement à annuler la loi autorisant la privatisation. Une Coordination de l’eau s’est mise en place, regroupant des organisations d’ouvriers, d’étudiants, de producteurs de coca, de cultivateurs. Cette Coordination, toujours sur pied de guerre, a continué à jouer un rôle dans les mobilisations de 2003 et 2005. Et la lutte pour l’eau a repris ailleurs dans le pays, notamment en 2005 à El Alto, contraignant Aguas de Illimani, filiale de Suez, à partir précipitamment.

En Inde, dès les années 1980, des populations avaient engagé des combats contre l’installation d’exploitations minières qui tarissent les sources des rivières ; et, en 2000 encore, la région d’Orissa était le lieu de manifestations anti-mines violemment réprimées. Mais, ces dernières années, la lutte pour l’eau a surtout été marquée par la lutte engagée par les femmes de la tribu de Plachimada dans l’État du Kerala contre Coca-Cola, responsable de l’assèchement de nappes phréatiques - de 45 à 150 m de profondeur ! - et de rejets toxiques massifs dans les rivières. Leur détermination, organisant inlassablement des sit-in, a contraint le chef du gouvernement du Kerala d’ordonner la fermeture de l’usine en février 2004. Dès lors, la mobilisation s’est étendue à d’autres régions, conduisant, le 20 janvier 2005, à la formation dans toute l’Inde de chaînes humaines autour d’une cinquantaine d’usines de Coca et de Pepsi, pour exiger leur fermeture aux cris de « Quit India ». Des tribunaux populaires prétendent même imposer aux « hydro-pirates » de quitter le pays.

De l’eau à tout le reste

Bien sûr, les luttes des populations à travers le monde ne permettent pas toujours d’imposer aux trusts de tels reculs. Si, dans les années 1990, en Argentine, la grève des factures a contraint Vivendi à quitter la ville de Tucuman et chassé du pays une filiale de la Lyonnaise des Eaux, en Afrique du Sud, les arrestations et les mesures interdisant les rassemblements ont eu raison de la révolte des habitants de Soweto contre les compteurs prépayés instaurés par la Johannesburg Water.

Et les reculs imposés restent partiels. Si, à Cochabamba, la population a repris le contrôle de la gestion de l’eau, elle a aussi hérité des dettes des compagnies privées. Pourtant, même limitées, ces luttes ont le mérite de mettre un frein, même provisoire, à la rapacité des trusts. Et aussi, espérons-le, de préparer la population à des luttes plus générales, la question de l’eau étant reliée à celle de toute l’exploitation de la classe ouvrière et des peuples. En Bolivie, Cochabamba a été le prélude d’un mouvement général de contestation de l’oppression des paysans, des Indiens et des travailleurs. Parfois, tant vont les trusts à l’eau qu’à la fin... ils se brisent !

Clara SOLDINI

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