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DOSSIER : Douce pour les profits, salée pour la population : le scandale de l’eau

Le développement durable... des catastrophes

Mis en ligne le 10 novembre 2005 Convergences Société

L’épuisement des ressources en eau, la remise en cause d’équilibres écologiques, la détérioration de leur qualité par la pollution sont dus avant tout à l’agriculture intensive et à l’industrie qui représentent à elles deux 90 % de la consommation d’eau, loin devant les usages domestiques des particuliers.

L’eau poubelle

Les cultures et l’élevage intensifs entraînent des rejets massifs de nitrates (provenant des engrais chimiques, des déjections animales), de pesticides. L’industrie est source de rejets non contrôlés de produits polluants (hydrocarbures, métaux lourds, solvants chlorés, etc). Et les nappes phréatiques, qui reçoivent ces infiltrations, sont touchées par ces pollutions, autant que les eaux de surfaces. Dans les pays dits en voie de développement, le taux de pollution des nappes phréatiques est de 30 à 100 fois supérieur aux normes internationales. Mais les pays riches ne sont pas épargnés.

En France, selon un rapport de l’Institut français de l’environnement en 2003, 45 % des mesures faites sur les rivières ou les eaux souterraines indiquent une qualité moyenne, médiocre ou mauvaise. Le rejet de nitrates a doublé en 20 ans et plus de la moitié du territoire est classée en zone souffrant d’un excès de cette pollution. 25 % des captages d’eau potable délivrent une eau dont la teneur en nitrates dépasse la norme européenne. Seuls 40 % de la pollution des eaux usées sont correctement traités par les stations, qui n’épurent notamment pas les métaux lourds dangereux pour l’organisme comme le cadmium, le mercure, le plomb ou le zinc.

Des catastrophes planifiées

Les États interviennent depuis longtemps dans le domaine de l’eau, en particulier au travers de grands travaux publics. Des digues sont érigées contre les crues ; de grands barrages pour leur contrôle, la production hydroélectrique ou l’irrigation ; des canaux afin d’assurer la continuité des transports par voie d’eau sur des centaines de kilomètres. Ces travaux ont apporté des progrès incontestables, des profits non moins considérables aux entreprises privées de construction (voir en ce moment Alstom en Chine)... et des nuisances encore plus considérables pour une partie au moins des populations. Car, au moins dans le tiers-monde, ils sont souvent menés dans le mépris total des habitants déplacés. Ce fut le cas en Égypte ou en Inde, mais aussi en Chine où le barrage des Trois Gorges provoque l’évacuation de 11 millions de personnes. Sans compter que, réalisés dans des buts de rentabilité immédiate, ils posent des problèmes d’environnement sans doute encore plus dramatiques à long terme.

L’irrigation massive, un des buts de ces grands travaux, a des conséquences dramatiques sur les sols et les fleuves. La moitié des prélèvements mondiaux pour l’irrigation est effectuée par la Chine, l’Inde, les pays de l’ex-URSS, les États-Unis et le Pakistan. Ces mêmes pays concentrent les deux tiers des terres mondiales dégradées par la minéralisation, l’excès de salinité, qui diminuent leur fertilité. Ironiquement, en Égypte, un tiers de l’électricité produite par le barrage d’Assouan sert à fabriquer des engrais chimiques compensant la baisse de fertilité du sol due... au barrage, suite à l’absence de dépôts de vase. L’ex-mer d’Aral, le quatrième lac du monde, victime du détournement des eaux fluviales qui l’alimentaient, disparaît tandis que le rendement des cultures du riz et du coton en Ouzbékistan a chuté d’un tiers en 20 ans !

Par ailleurs, dans les lacs formés par les barrages, outre l’accumulation indésirable de sédiments, de nouvelles espèces se développent, notamment en milieu tropical, favorisant l’apparition de vecteurs de maladies graves (bilharziose, paludisme). Les conséquences catastrophique de captages excessifs sont innombrables et de toutes sortes : au Mexique, l’assèchement de la nappe phréatique de Mexico entraîne un affaissement de terrain et l’enfoncement progressif de la ville.

Soif de profits, menaces sur l’eau

Le cycle de l’eau peut aussi être perturbé par des produits a priori non polluants, comme le phosphore. Alors que l’azote, est dans la terre, le nutriment le plus fertilisant, c’est le phosphore dans les systèmes aquatiques. Sa présence favorise la prolifération d’algues au détriment du reste de la faune et de la flore, phénomène dit d’eutrophisation, qui peut rendre l’eau toxique. Ce fléau touche maintenant une grande partie des lacs, des rivières lentes et des eaux maritimes côtières.

Car il n’y a pas que les entreprises intervenant directement dans la filière dont l’activité peut être catastrophique pour l’eau. Ainsi, les forêts sont détruites à des fins commerciales : vente du bois, exploitation de ressources minières situées sous leur sols (or, cobalt, nickel, diamants en Amazonie), remplacement par des monocultures destinées au marché mondial (eucalyptus et canne à sucre en Inde, soja en Amazonie). Cette déforestation perturbe le régime des pluies et peut aboutir à l’assèchement des nappes souterraines et des rivières. Mais les glissements de terrain, les torrents de boue, qui font régulièrement des victimes, sont aussi le plus souvent la conséquence de cette déforestation qui fragilise les sols.

Le cycle de l’eau est un système global, planétaire. Il est touché par quasiment toutes les activités agricoles et industrielles, bien au-delà du seul secteur de l’eau. Si l’on veut régler les problèmes écologiques et humains liés à l’eau, c’est, qu’on le veuille ou non, une planification de tous les secteurs économiques, également globale, planétaire, visant à donner à tous l’accès à l’eau tout en protégeant les écosystèmes, qui est nécessaire.

Marc LANGEAIS


La peste ou le choléra ?

Au Bangladesh, 30 millions de personnes ont été empoisonnées à l’arsenic et 200 000 morts sont enregistrées chaque année depuis 1998. L’arsenic était contenu dans les 8 à 10 millions de puits que les autorités avaient fait forer ces 25 dernières années dans 68 000 villages. 900 000 de ces puits avaient été forés dans le cadre du programme Unicef pour réduire la mortalité infantile due à la consommation des eaux de surface fortement polluées. Mais les tests de présence à l’arsenic dans les nappes profondes n’avaient pas été effectués, car jugés trop coûteux.

Une étude, rapportée en janvier 2003 par Science et Vie, indiquait que la présence même de l’arsenic n’était pas un hasard, mais la conséquence de la pollution des eaux de surface. En passant dans les nappes phréatiques, les eaux polluées ont alimenté la prolifération de bactéries qui ont ensuite contribué à dissoudre les sédiments riches en fer et à libérer en profondeur l’arsenic associé.


La complaisance des États face aux industriels pollueurs

Aux États-Unis, des entreprises de distribution privées ont obtenu, ces dix dernières années, l’abaissement des normes de qualité de l’eau potable. La teneur de l’eau en arsenic permise aux États-unis est largement plus élevée que celle préconisée par l’OMS. Cela représente une économie pour les industriels du secteur du bois et du charbon, responsables des rejets de ce produit.

En France, près d’Amiens, GDF a vendu il y a quelques années les terrains d’une ancienne usine à gaz à Bouygues qui y a construit des logements, malgré la présence visible de mares d’hydrocarbures ayant pollué les nappes phréatiques. Avec l’aval des autorités publiques qui n’ont que tardivement imposé la dépollution des sols. Au travers de sa filiale Saur, Bouygues est pourtant un acteur du marché de l’eau, claironnant ses prétentions écologiques.

L’usine Metaleurope Nord a rejeté pendant des années des tonnes de plomb, de zinc, de cadmium, polluant l’eau et l’atmosphère, les autorités publiques gardant le silence, malgré le cortège de maladies dues aux métaux lourds touchant la population locale. À la fermeture de l’usine en janvier 2003, le groupe a licencié les 800 salariés et laissé la dépollution des terrains à la charge du contribuable.

Au-delà de ces deux cas, on recense près de 100 000 « friches industrielles » en France. Polluées pendant des décennies par l’industrie, elles sont convoitées par des promoteurs ou industriels pressés d’obtenir les certificats de « terrain non pollué », afin de pouvoir les rentabliser, y loger ou y faire travailler des salariés sans souci de la salubrité réelle de ces terrains et des eaux souterraines.

M.L.

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