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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 42, novembre-décembre 2005

Quand la SNCF veut intéresser les cheminots... contre les syndicats

Mis en ligne le 10 novembre 2005 Convergences Entreprises

À la SNCF les esprits ont été agités ces dernières semaines par la dénonciation par la majorité des syndicats (CGT, FO, Sud-Rail, Fgaac, Unsa) de l’accord sur l’intéressement proposé par la direction et signé par quelques autres (CFDT, CFTC, etc.).

Cette dénonciation a eu pour effet d’annuler légalement l’accord (la direction s’engageait à verser annuellement une prime de l’ordre de 100 € à 200 € par cheminots... en cas de bénéfices) et, du même coup, de permettre à la SNCF de revenir sur la promesse faite d’une prime unique de 160 € au titre de 2004.

Colère de certains cheminots

Dès l’annonce par la SNCF de cette annulation, un grand nombre de cheminots ont exprimé leur colère... mais pour s’en prendre aux syndicats. Colère attisée bien sûr par la propagande de la SNCF qui s’est précipitée pour informer sur les discussions, la signature... et la dénonciation.

Des militants de la CGT ont bien tourné sur les chantiers pour convaincre, mais souvent sans succès. Au contraire ils ont trouvé beaucoup d’hostilité (surtout dans les catégories les plus mal payées, celles prises à la gorge... par les bas salaires pratiqués par la SNCF elle-même). Et quand ils devaient annoncer dans le même temps des grèves locales ou catégorielles (le 3 novembre Ligne C, le 9 novembre pour les commerciaux, à la mi-novembre pour les agents de conduite...) ou proposer une pétition réclamant tout de même les 160 € - que les syndicats non signataires faisaient circuler en contre-feu - l’exaspération est encore parfois montée devant ce qui est vue comme une politique syndicale incohérente.

Le jeu de la SNCF

La manœuvre est intervenue quelques jours seulement après la grève du 4 octobre, la troisième grève de 24 heures à la SNCF cette année pour les mêmes revendications salariales et d’effectifs. La journée, comme les précédentes, a été très largement suivie même si beaucoup de cheminots souhaitent une « vraie grève qui dure le temps qu’il faut pour gagner ».

Dans ce contexte il était évidemment tentant pour la direction de jouer la division, entre les syndicats comme entre les travailleurs.

En juin, elle avait relancé elle-même et conclu par des signatures, des négociations... qui avaient pour objet de hisser les plus bas salaires au niveau du SMIC ! Avec l’intéressement elle entendait faire franchir aux syndicats un pas supplémentaire dans l’approbation de sa gestion au détriment du service au public et des cheminots.

Car signer un accord sur l’intéressement en ce moment, c’est clairement approuver la politique de suppression d’effectifs (7 000 entre 2004 et 2005), de bas salaires, de restructurations... et de prochaines privatisations. Une politique résumée par le PDG adjoint Guillaume Pepy qui considère le train comme « un produit comme les autres ».

Le piège dénoncé, après coup seulement, par les syndicats, c’est pourtant eux-mêmes qui se le sont tendu, en repoussant jusqu’ici la seule réponse qui pourrait être comprise de tous les cheminots (partisans ou non de l’intéressement) : engager une lutte déterminée pour l’augmentation générale des salaires.

L’annonce, en ce début novembre, par les principaux syndicats, d’une perspective de grève reconductible dans la deuxième quinzaine de novembre est-elle vraiment l’indice d’un changement de politique syndicale ?

Quelques soient les arrière-calculs des appareils, ce sera peut-être une nouvelle occasion pour la base d’engager cette « vraie grève » avec d’autres objectifs, comme une augmentation générale des salaires mensuels de 300 € par exemple, et une organisation à la base qui permette le contrôle de celle-ci sur ses luttes. En tout cas, aux militants de faire ce qui est en leur pouvoir pour qu’il en soit ainsi.

4 novembre 2005

Bertrand LEPAGE

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