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DOSSIER : Douce pour les profits, salée pour la population : le scandale de l’eau

Le spectre de la pénurie

Mis en ligne le 10 novembre 2005 Convergences Société

En ce début de XXIe siècle, on estime que le nombre d’êtres humains privés d’eau potable est compris entre 1,2 et 1,5 milliard, soit le quart ou le cinquième de l’humanité. Et 3,5 milliards n’ont pas accès aux services sanitaires élémentaires ou au traitement des eaux usées.

L’OMS juge ainsi qu’environ 3,1 % des morts (1,7 millions) dans le monde ont pour cause l’eau non potable et le défaut d’assainissement et d’hygiène. À quoi il faut ajouter les maladies hydriques telles que le paludisme, l’acaride, l’ankylostome, la bilharzioze, le trachome ou la dengue, toutes maladies qui sévissent quasi exclusivement dans le tiers-monde.

Or ça risque fort de ne pas s’arranger. Selon le Secrétariat international de l’eau, les réserves d’eau renouvelables et disponibles par habitant auraient diminué de 50 % lors des 50 dernières années, passant de 17 500 m3 en 1950 à 7 500 m3 en 2000. Les projections prévoient que la demande pourrait devenir supérieure à l’offre d’ici 20 ans. Une vingtaine de pays connaissent aujourd’hui une situation de « stress hydrique » (c’est-à-dire un niveau de consommation supérieur aux capacités naturelles de renouvellement des ressources en eau). Mais d’ici 20 ans, 35 pays pourraient être touchés, notamment au Moyen-Orient ou en Afrique. Cette pénurie pourrait même concerner des zones qui ne sont pas considérées comme arides, tels la Californie ou certains pays d’Europe de l’Est.

Inégalité des ressources ? Problème démographique ?...

La première explication invoquée à cette situation dramatique est la répartition naturelle des ressources très inégale selon les régions. L’Amazonie, par exemple, où vivent 0,3 % de la population mondiale, reçoit 15 % des précipitations, alors que la Chine doit se contenter de 7 % des pluies pour 21 % de l’humanité. Mais les experts s’accordent à dire que l’Inde, exemple extrême, si elle ne bénéficie que de 4 % des eaux du globe pour un sixième de la population de la planète, pourrait largement satisfaire les besoins de son milliard d’habitants. Les inégalités géographiques posent des problèmes, mais ceux-ci seraient, semble-t-il, solubles.

Autre explication : la croissance démographique. D’après un rapport du Fonds des Nations-unies pour les activités en matière de population daté de novembre 2001, « si la consommation demeure stable, nous pourrions utiliser 70 % [de l’eau douce] du seul fait de la croissance démographique. Si la consommation atteignait partout le niveau des pays développés, nous pourrions utiliser 90 % de l’eau disponible en 2025. »

En un siècle, la consommation dans les trois secteurs qui se partagent l’eau disponible - l’agriculture, l’industrie et les agglomérations urbaines - aurait été multipliée respectivement par 5, par 26 et par 18. Pendant ce temps la population, elle, n’était multipliée que par 3. L’augmentation de la consommation d’eau a donc largement excédé l’augmentation de la population. De plus, elle n’a pratiquement pas concerné une grande partie de ces milliards d’humains supplémentaires qu’on voudrait rendre responsables... d’une pénurie d’eau à laquelle ils n’ont toujours pas accès !

La démographie n’est donc pas une explication des pénuries. En revanche, elle pose bien le problème de l’organisation de la société. Car, si l’on veut amener les 6 milliards, ou plus, d’habitants de l’ensemble du globe au niveau actuel des pays développés à avoir accès à une eau suffisante - comme c’est nécessaire et souhaitable et comme ils en ont le droit - la répartition de l’eau entre la consommation des agglomérations, l’industrie et l’agriculture (aujourd’hui respectivement 10 %, 20 % et 70 % du total) devra sans doute être modifiée d’une façon drastique.

Alors quelle ressource consacrer à quoi ? On devine que l’organisation capitaliste de l’agriculture comme de l’industrie entraîne beaucoup de gaspillages, en matière d’eau comme du reste. Mais comment produire davantage tout en polluant moins et utilisant moins d’eau ? Car, pour nourrir correctement tous les humains et leur procurer le niveau de vie auquel ils ont droit et aspirent, il ne faudra certainement pas diminuer la production agricole ou industrielle, même s’il faudra produire différemment ou d’autres choses ; plus probablement même l’augmenter. À cette question l’organisation capitaliste actuelle est tout à fait incapable de répondre. Et d’ailleurs elle s’en fiche. Une gestion rationnelle implique la planification et la gestion collective, à l’échelle mondiale, non seulement de l’eau mais de toutes les ressources de la planète.

...Ou problème de société ?

En attendant les besoins restent très loin d’être satisfaits. Or, s’ils ne le sont pas, les problèmes qui découlent de cette situation vont non seulement perdurer, mais s’aggraver : maladies, mortalité, violences de toutes sortes, conflits armés... Jusqu’à certaines formes d’aliénation des femmes : selon l’OMS, dans de nombreux pays, en Afrique notamment, la fourniture d’eau potable - pas même à domicile, mais dans un rayon d’un kilomètre - permettrait de lever l’un des principaux obstacles à la scolarisation des filles.

Les sommets internationaux sur l’eau se succèdent depuis des décennies, dressant et redressant les mêmes constats sur l’état chronique d’une pénurie et le risque de son aggravation. Les mêmes rencontres chiffrent les investissements, dérisoires, que demanderaient l’accès à l’eau potable et un assainissement adéquat pour l’ensemble de la planète : il suffirait de 36 milliards de dollars, soit 4 % des dépenses militaires et d’armement mondiales. C’est sans doute un minimum, et une solution à long terme exigerait bien plus, en terme d’investissements et en terme de réorganisation de l’économie mondiale. Mais, tout de même, que notre monde ne trouve pas ce minimum est bien une condamnation du capitalisme.

Benoît MARCHAND

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