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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 102, novembre-décembre 2015 > DOSSIER : COP 21 : avec de tels sauveurs, la planète est mal barrée

Programme REDD+ : L’art de « préserver la forêt »

9 décembre 2015 Convergences Société

Un des nouveaux programmes qui permet d’engranger des crédits carbone s’appelle REDD+. C’est l’acronyme anglais et français qui signifie : « Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement… » . Rien de moins. Cela fait partie de ce qu’on appelle le développement durable à l’échelle internationale. Merveilleux.

Parmi les bénéficiaires, Coca-Cola. En échange de crédits carbone, la multinationale finance une ONG états-unienne installée au Belize, qui possède et conserve une forêt tropicale de 53 000 hectares. Ces crédits rapportent plus à Coca-Cola que ce que lui coûte la conservation de la forêt… En pratique, voilà ce que cela signifie : la forêt tropicale de Belize est peuplée de Mayas Icaiche, qui rechignent à abandonner leur mode de vie traditionnel basé sur la cueillette et l’agriculture itinérante par brûlis. Atteinte anti-écologique inacceptable ! L’ONG financée par le pollueur Coca-Cola, fait donc patrouiller des vigiles armés qui chassent les Indiens. « En tant que propriétaires privés de la Terre nous avons à protéger les ressources naturelles, nous avons une mission à accomplir », déclare le coordinateur de l’ONG…

Il y a pire. Les REDD+ permettent aussi de distribuer des droits à polluer pour des entreprises d’agrobusiness qui rasent des forêts et en exproprient les populations indigènes… pour replanter des palmiers en monoculture afin d’en extraire la très prisée et très toxique huile de palme par exemple. Le bilan carbone ne fait pas la différence entre une forêt primitive qui abrite une biodiversité exceptionnelle et une plantation de monoculture intensive.

L’expulsion des petits paysans

Comme bien d’autres mécanismes financiers, les crédits carbone de type REDD+ aboutissent à l’expulsion de communautés paysannes au profit d’une agriculture capitaliste. Cela dans la droite ligne de l’idéologie qui avait présidé au premier sommet de la Terre à Rio : pour conserver la nature, il faudrait généraliser les droits de propriété. Marx décrivait l’éviction du paysan anglais au xviiie siècle par le mouvement des « enclosures », qui fermaient l’accès aux terrains communaux, transformés en parcelles privées. Nous assistons depuis les années 1990 à un retour en force de ce type d’enclosures, à l’échelle de la planète.

Les COP sont des conférences de marchandages, où se négocie l’appropriation par les impérialistes des nouveaux droits de propriété, créés au prix de l’expropriation des populations locales contraintes à grossir les bidonvilles. Même si les nouveaux mécanismes financiers mis en œuvre permettaient la transition vers une économie « verte », qui émet moins de gaz à effet de serre, ce qui est loin d’être démontré, cette économie n’aurait pas grand-chose de nouveau, mais tous les effets pervers et destructeurs de l’économie capitaliste. Peut-être une nouvelle étape de la reproduction du système capitaliste sur une base élargie par de nouveaux droits de propriété, de nouveaux marchés, de nouveaux petits producteurs expropriés.

St.M.

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