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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 148, novembre 2022

Pas une bassine de plus : « Fin du monde, fin du mois, même système, même combat »

7 novembre 2022 Convergences Politique

À Sainte-Soline dans le marais poitevin, plus de 7 000 manifestants se sont rassemblés samedi 29 octobre avant d’arriver à pénétrer sur le plus gros chantier de bassine en cours. Le dispositif policier inédit (1 700 policiers et 6 hélicoptères) et les arrêtés d’interdiction de manifester et de circuler n’ont pas dissuadé les opposants aux mégabassines : population locale, paysans, et tous ceux que rassemble ce combat emblématique contre la fuite en avant de l’agro-industrie qui accapare l’eau pour une minorité d’exploitants.

Les mégabassines (ou réserves de substitution) sont d’immenses cratères de plusieurs dizaines d’hectares, au fond recouvert de bâches plastiques, qui sont essentiellement remplis en pompant dans les nappes phréatiques pendant l’hiver [1]. Ces ouvrages, financés à 70 % par de l’argent public, ne concernent qu’environ 5 % des exploitations qui ont besoin de cette eau en été pour irriguer essentiellement… le maïs !

Comme l’expliquait le journaliste de l’émission En toute subjectivité de France Inter du 2 novembre dernier, sous le titre « Quand les méga-bassines entretiennent l’élevage intensif » : « On arrose CINQ FOIS plus de terres pour cultiver du maïs que pour faire pousser TOUS les légumes frais que nous consommons. […] 98 % [des cultures de maïs en France] sont soit du maïs fourrage soit du maïs grain, qui servent en très grande majorité à nourrir les animaux d’élevages […] intensifs de porcs et de volailles, ou d’exploitations laitières. »

Le maïs est aussi utilisé pour la méthanisation, autre aberration de l’agriculture capitaliste, tout comme les cultures, largement subventionnées, utilisées pour les agrocarburants. Alors qu’un quart de la population mondiale est en insécurité alimentaire (Oxfam 2021).

Qui sont les véritables « écoterroristes » ?

Ce combat n’est pas contre les agriculteurs ou toute forme d’irrigation ou de retenue d’eau, comme le laisse entendre Christiane Lambert, présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Ce syndicat [2] a promu ce modèle agro-industriel productiviste qui a concentré les terres, industrialisé les élevages, qui a vidé les campagnes de ses paysans et utilise massivement des intrants chimiques [3], détruisant la biodiversité et la fertilité, fragilisant les réseaux hydrologiques. Avec le soutien du gouvernement, ils continuent cette logique mortifère qui accentue la crise climatique en prévoyant la construction de 1000 bassines en France.

Cette lutte contre les mégabassines fait partie de toutes les luttes contre ce système capitaliste qui mène l’humanité dans le mur. Gérald Darmanin a qualifié les protestataires d’« écoterroristes » et promis qu’il s’opposerait à la création d’une zone à défendre « à la demande du président de la République ». Pour le ministre de l’Intérieur et son patron de l’Élysée, les « écoterroristes » ne sont pas les gros céréaliers qui ruinent les sols ou les compagnies gazières et pétrolières qui polluent la planète en s’en mettant plein les poches, mais celles et ceux qui protestent contre cette situation. Les premiers sont protégés par l’État, les seconds pourchassés par ses flics, pour imposer l’ordre dicté par la course au profit de quelques capitalistes exploitants terriens ou agro-industriels.

2 novembre 2022, Élise Moutier


[1Voir Convergences révolutionnaires n° 144, « L’eau, un bien commun vital à préserver : NON aux ‘‘méga-bassines’’ », mars 2022.

[2Le précédent président de la FNSEA, Xavier Beulin, était président du groupe Avril, un groupe industriel agro-alimentaire qui pèse 7 milliards d’euros et qui a parachevé l’orientation de l’agriculture dans un sens productiviste et industriel.

[3« Pesticides : de l’eau potable non conforme pour 20 % des Français », Le Monde, 21 septembre 2022.

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