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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 87, mai 2013

PSA Aulnay a entamé son quatrième mois de grève

Mis en ligne le 30 avril 2013 Convergences Entreprises

Le succès médiatique de l’intrusion de salariés de PSA Aulnay au Conseil national du Parti socialiste il y a huit jours, a rappelé que la grève, entrée dans son quatrième mois depuis le 16 avril, est toujours bien vivante. Et qu’elle demeure un sujet d’embarras pour la gauche au gouvernement, ses ministres, pas seulement Montebourg, ses députés et ses notables. En fait toujours décidés de devenir le cauchemar de PSA et du gouvernement et donc de ne leur laisser aucun répit, les grévistes ont multiplié les actions durant toutes ces dernières semaines, comme l’envahissement du siège du Medef le 28 mars, dont ils sont repartis en panier à salade. En tout cas ils continuent de leur mieux pour faire une réalité de leur slogan : « On ira où on veut, quand on veut ! »

La production toujours en panne

Certes le nombre de grévistes a diminué. Ils étaient minoritaires depuis le début, mais tout de même plus de 500 au plus fort du mouvement. Mais même à 150 (peut-être un peu moins après la défection d’une partie des syndicalistes et du principal dirigeant de Sud), ils tiennent toujours bon face aux provocations de la direction : procédures de licenciement engagées contre huit grévistes et licenciements effectifs pour quatre d’entre eux. Et jusqu’à ce jour leur mouvement a assez d’influence et fait suffisamment pression pour que la direction, qui a tenté depuis le 8 avril de relancer la production, n’arrive pas à remplir le nouvel objectif de 250 voitures par jour (nous en étions à 700 avant la grève). Pour faciliter la reprise du travail (et vider l’usine une partie de la journée) elle a décidé en effet de fonctionner avec une seule équipe et de mettre celle de l’après-midi en APLD (Activité partielle de longue durée, financée par l’État). Peine perdue, quelques dizaines de véhicules au plus sont produits chaque jour.

Les salariés qui ont pour seul horizon la fermeture de l’usine mettent, on s’en doute, peu de cœur à l’ouvrage. Ils refusent par solidarité avec les grévistes de tenir plusieurs postes. Pour les non-grévistes qui ont cru aux promesses de la direction de leur assurer un emploi après la fermeture d’Aulnay, s’ajoute de plus un nouveau motif d’inquiétude : ils commencent à voir certains d’entre eux revenir de l’usine PSA de Poissy, où ils avaient été « prêtés » pour quelques semaines, dégoutés par la dureté des conditions de travail. Là-bas ils ont travaillé sans aucune garantie d’y obtenir un poste définitif, et se sont entendu dire qu’ils doivent d’abord « faire leur preuves », eux qui souvent les ont faites à Aulnay… depuis 10 ou 20 ans et même davantage.

Pas question d’abandonner les copains licenciés

C’est donc autour de la situation de nos camarades licenciés qu’a lieu l’épreuve de force actuelle avec la direction de PSA. Le noyau dur qui reste en grève n’entend pas laisser des copains payer le prix fort de cette grève et est toujours déterminé à faire lever toutes les sanctions. Quant à la direction de PSA, elle veut sans doute faire un exemple de combativité patronale, vis-à-vis des salariés de PSA mais aussi de tous ceux, confrontés aujourd’hui aux plans de licenciements, qui pourraient être tentés de suivre la voie de la lutte.

Aussi jusqu’à aujourd’hui refuse-t-elle d’envisager de revenir sur le cas des quatre licenciés. C’est sur ce point que portent les discussions avec la CGT, rouvertes depuis une quinzaine de jours mais sans conclusion pour le moment. En fait les deux parties attendent le jugement du TGI de Paris qui doit rendre sa décision vendredi 26 avril : annulation ou pas du PSE. Jugement qu’appréhende d’ailleurs la direction de PSA, puisqu’elle vient de proposer plus ou moins ouvertement un deal : annulation de toutes les sanctions contre l’engagement de la CGT ou de la CFDT de ne pas continuer leur action en justice… c’est-à-dire acceptation du PSE, que refuse justement le syndicat.

Le soutien populaire se maintient

Outre la volonté de n’abandonner personne, ce qui pousse à continuer, c’est le large soutien politique et financier qui est manifesté de tous côtés. Des sommes d’argent, petites ou grandes, parviennent de toute la France, en particulier de salariés et de syndicats. D’autres sont récoltées par les grévistes eux-mêmes à la porte des entreprises, dans les gares ou les péages.

Assez pour avoir pu verser par deux fois un « salaire de grève », soit à la fin mars 900 euros par gréviste, complétés de 300 euros pour ceux qui n’ont touché aucune aide de leur municipalité, presque un mois de salaire normal pour les plus mal payés. Notons d’ailleurs que ce soutien a été aussi exprimé, à leur façon, par les non-grévistes de l’usine. En versant aux collectes, mais pas seulement : en signant massivement une pétition qui a tourné contre le PSE et qui en moins de deux jours a réuni 1 000 signatures.

Quelles perspectives ?

Evidemment la grève n’a pas réussi à faire tache d’huile ni entraîner d’autres usines de PSA ou de l’automobile, même celles qui sont menacées de licenciement ou de fermeture comme Aulnay. Sans doute pour cela aurait-il fallu que les grévistes d’Aulnay s’adressent très explicitement et fassent appel à ces salariés et à leurs organisations. Rien ne dit que cela aurait marché, bien sûr, d’autant plus que rares ont été les boîtes qui se sont de leur côté adressées à Citroën Aulnay. Mais les principaux dirigeants CGT de la grève ont constamment repoussé cette politique, qui ne s’opposait pourtant pas aux actions des grévistes d’Aulnay seuls et au contraire les auraient complétées dans l’intérêt même de leur grève. Aujourd’hui la grève n’est plus dans la meilleure situation pour la tenter.

Mais même si la grève elle-même s’arrête demain, toute perspective n’est pas bouchée. Ne serait-ce que parce que la fermeture n’est pas prévue avant 2014. Et que d’ici là PSA a besoin de la production de Citroën Aulnay.

Dans le groupe PSA l’annonce faite au mois de février qu’il y aurait 0 % d’augmentation générale des salaires a suscité partout le mécontentement, avec des débrayages sur de nombreux sites comme à Saint-Ouen, Poissy, Sochaux ou Mulhouse. De plus, le PSE prévoit 11 200 suppressions de postes réparties sur tous les sites. Et, comme à Renault et le reste du secteur automobile, PSA veut faire signer des accords dits « de performance » qui prendront comme ailleurs la forme du chantage à l’emploi en échange de la dégradation de nos conditions de travail.

Enfin, malheureusement, la vague de licenciements et de fermetures d’usines n’est pas terminée, bien au contraire. Si 266 usines ont été fermées en France en 2012, le record pourrait être battu en 2013.

Tout pousse à un mouvement d’ensemble. Si les directions syndicales n’y œuvrent pas, et elles ne semblent pas vraiment vouloir le faire, il pourrait partir d’une ou de quelques entreprises en lutte, vers laquelle pour une raison ou une autre les salariés de ce pays tourneraient leur regards, voire leurs espoirs. À la condition (sans doute pas suffisante mais nécessaire) qu’elles prennent sur elles d’y appeler et de s’atteler à le construire. Comme Aulnay aurait pu le tenter à certains tournants clés de son mouvement et de sa grève.

Le 19 avril 2013

Pierre BECKER

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