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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 87, mai 2013

À Paris : Lutte des urgences à l’Hôtel Dieu

Mis en ligne le 30 avril 2013 Convergences Entreprises

À Paris, les services d’urgences reçoivent plus d’un million de patients par an. Un lundi ordinaire, selon le Bison futé des urgences [1], les « taux d’occupation » s’élèvent jusqu’à… 242 %, soit dix heures d’attente avant d’être ausculté. Et les choses ne risquent pas de s’améliorer, l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) étant sur le point de fermer les urgences de l’Hôtel-Dieu, au cœur de l’île de la Cité, qui accueillent chaque année 45 000 patients, lesquels seront répartis sur d’autres hôpitaux plus que saturés.

Un hôpital « debout », c’est le personnel couché

« Nous allons créer un « hôpital debout », un hôpital de santé publique où l’on ne dormira pas », c’est ainsi que Jean-Marie Le Guen, le président du Conseil de surveillance de l’AP-HP, voit ce qui doit rester de l’Hôtel-Dieu, après la fermeture des urgences en novembre 2013. Des urgences qui diagnostiquent, des malades allongés, des soins postopératoires ? Ce n’est pas son truc à la directrice de l’AP-HP, Mireille Faugère, ancienne de la SNCF formée à HEC. Elle penche plus pour l’ambulatoire, la « bobologie » comme disent les agents, bref le pas cher. À la place des urgences, il y aura donc le siège de l’AP-HP et un maigre centre de prévention. Tel doit être l’« hôpital du xxie siècle ».

Satisfaction… ou réquisition !

Après avoir menacé d’un droit de retrait en 2012, le personnel des urgences avait déjà sauvé l’astreinte de chirurgie et la garde de radiologie. Aujourd’hui, les agents dénoncent cette opération immobilière visant à vendre l’actuel siège de l’AP-HP, avenue Victoria, pour transférer ses services à l’Hôtel-Dieu. Ils protestent contre les transferts de service, imposés au personnel à grand renfort de pressions. Pour les équipes envoyées au Val-de-Grâce (Paris Ve), ce sont des distances à parcourir bien plus grandes, des chambres de patients sans toilettes, 45 minutes de travail de plus par jour et des médecins de garde qui manquent… ce qui oblige ceux de l’hôpital Cochin (Paris XIIIe), juste en face, à traverser le boulevard la nuit pour venir en renfort [2]. Enfin, les équipes condamnent cette aberration médicale qui prive tout le centre de Paris d’hôpital, alors même que des millions d’euros y avaient été investis.

Fin mars, une réunion publique a réuni plusieurs centaines d’usagers et de soignants en colère, suivie d’une opération portes ouvertes le 18 avril, organisée par un comité de lutte soutenu par la CGT et quelques élus. En attendant une mobilisation d’ampleur ? De quoi, par exemple, réquisitionner… Notre-Dame juste en face ? De la place, il y en a, il suffit de la prendre.

J.A.


Hôtel-Dieu et septième ciel

Dans un billet humoristique, la réalisatrice Anne Gallois a raconté sa nuit d’hôtel, en 2010, au 6e étage de l’Hôtel-Dieu, à la suite d’une opération. « Allégée d’un sein et de 105,50 euros », ironise-t-elle.

C’est le chirurgien qui lui avait suggéré l’idée : au lieu de se morfondre dans une banale chambre AP-HP, autant aller dans un hôtel privé, sur place. L’Hospitel, c’est son nom, est le dernier lieu branché de la capitale : 14 chambres en plein cœur de Paris, dans ce bâtiment historique qu’est l’Hôtel-Dieu, vue sur Notre-Dame. 139 € la chambre seule, 150 € pour un couple, mais rabais pour les patients envoyés par l’hôpital, visite du médecin assurée. L’AP-HP a donc déjà sous-traité une partie des locaux de l’hôpital à cet hôtel privé, qui y fait son beurre. Elle veut maintenant vider l’Hôtel-Dieu de plusieurs services pour y transférer ses locaux administratifs. Les directeurs, surchargés de travail nous n’en doutons pas, veulent-ils pouvoir passer la nuit sur place… à l’Hospitel ?

O.B.


[1Logiciel hospitalier Cyber-urgences.

[2Comble de l’absurdité : en raison de ces transferts, l’Hôtel-Dieu sera redevable au Val-de-Grâce d’un loyer annuel de 800 000 euros !

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