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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 87, mai 2013

Hôpitaux publics : Face aux amputations d’effectifs, sortons les scalpels !

Mis en ligne le 30 avril 2013 Convergences Entreprises

Des tracts, des brassards et des blouses blanches marquées « En grève » : voilà le décor habituel des luttes qui éclatent dans bien des hôpitaux du pays. Même si la plupart des grévistes assurent les soins, réquisition du personnel oblige, les infirmiers, aides-soignants, et parfois médecins entendent manifester leur colère en déployant banderoles et badges dans les services. Sans oublier les luttes des autres salariés de l’hôpital, femmes de ménage, brancardiers, gardiens, ouvriers, laborantins, manips radio, personnel administratif, cuisiniers, etc.

Pour la première semaine de ce mois d’avril 2013, ce sont, à la lecture de la seule presse régionale, pas moins de 11 hôpitaux dont au moins certains services entrent ainsi en grève. Si la plupart de ces combats ont un certain retentissement local, ils restent généralement invisibles à l’échelle nationale.

À Blois et à Lagny (Seine-et-Marne), contre la fermeture de lits et le manque d’effectif.

À Pontoise et à Quimper, contre l’allongement de la durée de travail et la réduction des RTT…au point d’envahir le Conseil de surveillance pour se faire entendre.

À Perpignan, pour la première fois, contre le « travail à la chaîne », à grand renfort de pétitions et de manifestations.

À Saintes (Charente-Maritime), en lutte depuis un mois contre une direction qui refuse de créer un minimum vital de… 2 postes !

À Clermont-de-l’Oise, où c’est plus de la moitié des 1 000 lits de l’hôpital qui risquent de disparaître.

À Rambouillet (Yvelines) où les grévistes ont décidé, en plus, de refuser collectivement les heures supplémentaires pour dénoncer le manque de personnel. La liste serait longue.

Les raisons de la colère

Pas de semaine sans qu’un mouvement ait lieu dans tel service, tel hôpital, telle région. Les personnels s’élèvent contre les regroupements d’hôpitaux, transferts d’activités ou simples déménagements qui permettent avant tout de sabrer le nombre de lits et de tirer au maximum sur les effectifs. La réalité, c’est que les services transférés ont une fâcheuse tendance à fondre à l’arrivée. Comme ces 400 lits qui disparaissent avec le regroupement en cours entre les hôpitaux Bichat (Paris XVIIIe) et Beaujon (Clichy, Hauts-de-Seine), dénoncé par des rassemblements de centaines d’usagers et de soignants.

Mais c’est surtout contre les réorganisations et leur cortège d’aggravations des conditions de travail que protestent les agents. « On est des robots dans un camp de travail », explique un agent du nouvel hôpital géant de Corbeil-Essonnes [1], construit en partenariat public-privé au plus grand profit d’Eiffage [2]. La direction menace de dizaines de suppressions de postes si les salariés n’acceptent pas 37 licenciements, le passage en journée de 12 heures et la réduction des RTT.

Cela s’appelle du chantage, comme les patrons le font dans le privé, notamment avec leurs nouveaux accords dits de « compétitivité ». Dans la fonction publique, on préfère parler de rentabilité plutôt que de compétitivité, mais le but est le même. Alors, les heures sup’ au forcing, l’augmentation du temps de travail avec gel des salaires, c’est PSA, Renault ou Toyota… avec des blouses blanches.

De la même manière, la direction de l’hôpital Henri-Mondor (Créteil) vient tout juste de supprimer 20 % de leur rémunération (sous forme de prime) à quelque 70 agents pour « réorganiser les blocs ». Une politique qui échauffe les sangs, comme récemment à Montereau (Seine-et-Marne) où l’accueil du directeur de l’Agence régionale de santé par une centaine d’agents en colère a pris des airs de règlements de comptes. « C’est une casse organisée de l’hôpital public pour justifier des économies de personnel ! », s’est insurgée une déléguée du personnel.

Marre de gérer, à sa place, une pénurie voulue par la direction. De s’échiner à trouver des lits à la place des cadres, de faire des remplacements à tour de bras faute d’effectif, d’être contraints de faire des stocks de médicaments dans les services, d’être chronométrés… voire de gérer son propre licenciement, avec les départs dits « volontaires », instrument qui a la cote auprès des directions.

Jusqu’aux médecins (du moins certains !) et aux élus locaux

Davantage sous les feux des projecteurs, les réactions de médecins se sont elles aussi multipliées. Les médecins des services d’urgences de Roubaix, de Grenoble, de Strasbourg, de Thonon-les-Bains, de Cambrai, d’Angers, de l’hôpital Saint-Louis (Paris Xe) et aujourd’hui ceux de l’hôpital Bichat ont menacé de démissionner en raison des conditions de travail, de la saturation des services et du manque d’effectif [3].

Plus largement, les protestations autour de la défense d’hôpitaux de proximité, avec le soutien d’habitants du quartier et d’élus locaux, qui prennent la forme de réunions publiques, de manifestations locales, d’adresses au ministère, prennent une certaine ampleur, à l’instar de la mobilisation autour de l’Hôtel-Dieu à Paris ou de la maternité de Vire dans le Calvados.

Certains collectifs et réseaux se sont créés, qui ont le mérite de relayer l’information, comme la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité ou encore le mouvement plus militant et très dynamique « Ni bonnes, ni nonnes, ni pigeonnes » [4]. En revanche, si le soutien des équipes syndicales au niveau local est réel, peu d’efforts sont réalisés dans la perspective de coordonner des mouvements pourtant intimement liés, comme c’est le cas en région parisienne où l’énergie se concentre davantage sur de périodiques manifestations au siège de l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris).

Comme partout ailleurs, ces mobilisations restent dispersées, isolées, et du même coup quasiment invisibles. Ce qui n’a rien de fatal. Les hôpitaux publics pourraient s’avérer étrangement vulnérables à la contagion… sociale.

20 avril 2013, Joan ARNAUD


Un gigantesque plan de suppressions de postes

La logique budgétaire implacable imposée depuis des années aux hôpitaux continue d’entraîner des milliers de suppressions d’emplois [5]. On ne licencie pas à l’hôpital public, on pousse au départ et on ne remplace pas les partants. La très officielle Fédération hospitalière de France a fait le calcul : pour éponger le fameux déficit d’ici 2014, il faudra supprimer 35 000 postes de plus. « On avait déjà gratté tout le gras. Maintenant, on attaque l’os ! », résume un délégué CGT-Santé.

Arrêts maladie, burn-out, souffrance physique… Les brancardiers de Lagny parcourent aujourd’hui 18 km par jour, la surface de ménage des agents de Corbeil-Essonnes a explosé… Pas étonnant que l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) ait connu huit suicides ou tentatives en 2012. Sans compter les agressions physiques à l’encontre du personnel qui se multiplient, conséquences directes de la surcharge. À l’hôpital de Dijon, en endocrinologie, une infirmière a été agressée une nuit où elles n’étaient que deux pour quarante malades. En psychiatrie, le personnel a déclenché un droit d’alerte, les urgences ayant tout bonnement déménagé ailleurs avec les vigiles ! Simples exemples parmi une multitude d’autres.


[1« L’hôpital d’Évry est un fiasco… », Le Journal du Dimanche du 3 mars 2013.

[2Hôpital construit par Eiffage pour un montant astronomique et un loyer passé en un an de 38 millions d’euros à 46.

[3L’Association des médecins urgentistes a fini par fixer un ultimatum au 15 octobre, date à laquelle ses membres cesseront de chercher des lits pour « placer » les patients après la prise en charge. Elle avait déjà demandé un moratoire « sur toutes les restructurations et fermetures » en décembre 2012.

[4Inspiré du mouvement des infirmières de 1988, voir Convergences Révolutionnaires n°84.

[5Depuis 2005, les hôpitaux ont été poussés à réaliser 2,7 milliards d’euros d’économies, ce qui a entraîné la disparition de milliers d’emplois.

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