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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 19, janvier-février 2002 > DOSSIER : Insécurité : des voyous, des flics et des démagogues...

DOSSIER : Insécurité : des voyous, des flics et des démagogues...

Mais que fait la police ?

Mis en ligne le 1er février 2002 Convergences Politique

Le nombre total des policiers et gendarmes serait de 250 000 en 2002. Approximativement, car entre les administratifs et les actifs, les titulaires et les précaires, les postes budgétaires et les postes sauvages, il y a des zones d’ombre et en juin dernier, la Cour des comptes épinglait « l’opacité des effectifs du ministère de l’Intérieur » ! Mais on peut dire qu’il y a 150 000 policiers et 100 000 gendarmes (qui dépendent du ministère de la Défense). Dont environ 20 000 emplois jeunes pour chacune des deux administrations. Les effectifs de la police nationale auraient augmenté de 4,8 % entre 1993 et 1997, sous un gouvernement de droite, puis de 6,2 % entre 1998 et 2002, sous un gouvernement de gauche.

C’est trop ou c’est trop peu ?

C’est subjectif ! Pour certains jeunes de banlieue, c’est trop ! Pour une partie de leurs aînés ou les syndicats de police, c’est trop peu ! Une chose est sûre : la France est un des pays les mieux lotis d’Europe. Selon un ouvrage d’un membre du syndicat de la magistrature, intitulé « Vos papiers » (que le ministre Daniel Vaillant n’a pas du tout aimé !), le pays compterait un policier ou gendarme pour 252 habitants, mais un pour 283 en Italie, un pour 296 en Allemagne et un pour 310 au Angleterre. Sans tenir compte des polices municipales, ni des polices privées (qui totalisent plus de 100 000 personnes).

Au vu des chiffres, on devrait être bien gardés ! Mais l’administration n’aurait pas suivi les mutations démographiques et sociologiques de la France. Pendant que les effectifs de policiers et gendarmes augmentaient en une cinquantaine d’années (inférieurs à 100 000 au lendemain de la guerre, ils se seraient donc accrus de 150 %), la population passait de 40,5 millions en 1946 à 59 millions au dernier recensement de 1999 (donc aussi une augmentation, mais de 50 % seulement). Qui plus est, la France devenait aux 3/4 urbaine, et les villes mordaient sur les campagnes. Selon certains, le mal viendrait aujourd’hui d’une mauvaise répartition des effectifs de policiers et gendarmes. Les nouvelles zones d’urbanisation seraient notoirement dépourvues de képis. D’où le concept de la gauche d’une « police de proximité », qui n’est guère nouveau puisque Peyrefitte en avançait déjà l’idée, en 1976, devant « l’augmentation de l’insécurité » !

Une bien mauvaise protection des citoyens

Les flics protègent mal la population. Mais ont-ils vocation à le faire ?

Le maintien de l’ordre reste la tâche prioritaire des quelque 18 000 gendarmes mobiles et 15 000 CRS de la police nationale. Une partie des « actifs » de sécurité publique (au total 78 210 personnes) et de la police de Paris (au total 19 532 personnes), assument également de telles tâches. Certes, il y a les 7 900 « équivalents emplois » de police secours, dont personne ne nie l’efficacité dans l’urgence. Mais la présence dans les quartiers populaires est la dernière roue des paniers à salade ! L’îlotage, qui remonte aux années 1970, mobilise quelque 3 % du potentiel policier total, soit un îlotier pour 8300 habitants, selon Dominique Montjardet (Ce que fait la police). Et les flics n’aiment pas les patrouilles pédestres !

Le « social » de la police est quantité négligeable par rapport à sa tâche répressive fondamentale. Même l’aide aux citoyens ordinaires est bâclée. En cas de vols de voiture, l’enregistrement au commissariat est une formalité sans suite, uniquement destinée à actionner l’assurance. En cas de cambriolage, la police ne se déplace plus qu’exceptionnellement sur lieux, etc.

Négligence, incapacité ? Non, mais la police fait ce qu’on lui dit de faire, là où on lui dit de faire ! Les flics ne sont là que très accessoirement pour protéger les citoyens. Ils forment un corps de répression qui a charge de préserver l’ordre social. De contenir la violence collective des exploités ou autres catégories lésées, contre ceux qui exploitent et oppriment. Il y a trente ans, la France arrivait juste après l’Espagne franquiste pour le nombre de policiers et gendarmes spécialisés dans la répression des manifestations. Et on a vu ses exploits pendant la guerre d’Algérie. Même si les interventions musclées de policiers ou gendarmes contre grèves et manifs sont devenues rares aujourd’hui, elles n’ont pas disparu. Les pompiers pourraient en parler.

La violence… policière contre les jeunes des cités

Les émeutes de jeunes qui ont émaillé la vie des cités populaires, depuis 20 ans, ont eu souvent pour origine des bavures policières. Dans un article du Monde Diplomatique de novembre dernier, Olivier Cyran dresse un bilan des « violences policières impunies » et pourfend le mythe que la police ne serait pas aidée par la justice ! Les flics qui ont la gâchette facile sont souvent acquittés. Les petits délinquants des quartiers pauvres, surtout d’origine immigrée, n’ont pas droit à la même mansuétude. Et l’impasse est généralement faite sur les cas où il n’y a pas mort d’hommes, « seulement » des brimades et brutalités. Selon le Monde diplomatique cité, un Comité européen pour la prévention de la torture, après enquête en France en 2000, a rapporté que « 137 personnes présentant des lésions traumatiques avaient été vues par le service des urgences médico-judiciaires en décembre 1999 et janvier 2000. Parmi elles, note le comité, au moins 39 personnes présentaient des lésions (hématomes, ecchymoses, excoriations, fractures) compatibles avec leurs allégations de mauvais traitements infligés par la police. Sur seulement deux mois, et pour un service d’urgence que la grande majorité des victimes ne consultent jamais, ce résultat a valeur d’indice. »

Les jeunes des banlieues et leurs familles ont quelque raison de ne pas aimer les flics. D’ailleurs, si ceux-ci n’avaient rien à se reprocher ou à reprocher à bon nombre d’entre eux, ils ne refuseraient pas à la quasi-unanimité de revenir au port obligatoire de l’uniforme sur le trajet domicile/lieu de travail, supprimé après 1968. Et pourtant, certains ont calculé que cette simple mesure augmenterait de façon sensible et aux moindres frais la présence policière tant vantée !

Les travailleurs ne seront protégés que par eux-mêmes

Il est incontestable que dans cette société d’exploitation qui pousse et incite l’homme a être un loup pour l’homme (y compris le malheureux contre le malheureux) il y a besoin de coercition (mais là par contre pas seulement contre le malheureux justement, mais autant sinon plus contre le puissant). Il faudrait être utopique pour le nier. Mais la question est de savoir qui l’exerce et contre qui. Des corps spécialisés, payés comme des mercenaires et attachés aux intérêts d’une minorité ? Ou bien la population laborieuse, avec en tête les travailleurs eux-mêmes, voire des policiers (c’est-à-dire des gens, quel que soit le nom qu’on leur donne, dont la tâche est pour un temps de veiller au respect des relations civiles et morales) mais alors désignés et contrôlés en permanence par cette population, et éventuellement révoqués par elle ?

On peut prendre comme exemple une entreprise, où ce sont des chefs, gardiens ou la police éventuellement qui exercent la répression. Ils sont payés pour. En cas de vols, ce sont eux qui interviennent. Mais dans des conditions de grève, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui prennent en charge les problèmes de leur lutte, dont des problèmes d’organisation et de maintien de l’ordre. Pas besoin d’un uniforme ni d’un salaire pour les assumer !

Ce n’est certainement pas la police de la bourgeoisie qui fera le bonheur des travailleurs, et encore moins si elle se « rapproche » d’eux ! La classe ouvrière ne peut puiser qu’en elle-même, dans ses propres luttes, la force nécessaire pour changer les quartiers où elle vit. Quand les travailleurs marqueront des points, collectivement, contre les patrons et le gouvernement, ils en marqueront aussi dans leurs cités. Quand ils se feront craindre, comme une classe rebelle et offensive, ils seront admirés par leurs enfants sauvageons (et sans doute craints aussi par les policiers). C’est là qu’ils deviendront un exemple… ainsi que ces repères et cette référence qui, nous dit-on, manquent tant à la jeunesse.

Michelle VERDIER


Vocabulaire

Le citoyen ordinaire ne parle pas de « policier » mais de « flic ». Il serait certainement étonné (les policiers aussi) d’apprendre qu’il emprunte à l’allemand. Voir le petit Robert ! « Flic » est probablement une déformation de « Fliege », qui veut dire « mouche » dans la langue de Goethe. Le sobriquet remonte à Fouché. Après une brève période où la révolution de 1789 avait instauré un « département de police » dont les membres étaient élus par la population, Fouché organisa une véritable administration policière en couvrant le territoire d’un solide réseau de « mouches » ou « mouchards ». Certes, « le flic » n’a pas le monopole. Les ouvrages autorisés citent le pandore, le perdreau, le poulet, la vache, l’hirondelle, le bourre, le cogne, le keuf, le poulaga, le poulard, le poulardin, le poulmann, le saute-dessus, le gorille ou l’ange gardien, auxquels se rajoutent l’aubergine, la primevère ou la pervenche depuis la féminisation de la profession. Et le condé ou lardu pour les échelons supérieurs… les bœufs-carottes pour la police des polices.

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