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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 19, janvier-février 2002

Correspondance

Quand Fabius envoie les CRS contre les salariés de la Monnaie en grève

Mis en ligne le 1er février 2002 Convergences Entreprises

Rappelons que Convergences révolutionnaires ouvre ses colonnes à ses lecteurs comme aux militants syndicalistes ou politiques d’extrême gauche. Ces contributions, publiées dans des limites de la place dont nous disposons, peuvent être soit des opinions personnelles, soit des critiques de la revue, soit des témoignages sur les luttes des salariés ou de la population. Ainsi celui qui suit.

Les Monnaies et Médailles sont deux établissements. A Paris sont fabriqués médailles et outillages, l’usine de Pessac (banlieue de Bordeaux) comptant 390 salariés, est le seul lieu de frappe français des pièces d’euro. Le 15 novembre dernier, comme dans d’autres secteurs de la fonction publique, nous avons fait grève sur l’application des 35 heures sur les deux établissements.

Dans le public, comme avant dans le secteur privé, le gouvernement profite du passage aux 35 heures pour « remettre à plat » certains acquis, et pour introduire la flexibilité en décrétant le cadre des 1600 heures annuelles sans embauche. La direction s’est donc appuyée sur ce décret, prévoyant par exemple de transformer nos 30 jours de congés en 25 jours et 5 jours d’ARTT, qui pourraient être à sa disposition dans l’avenir… flexibilité oblige !

Sur l’usine de Pessac, la grève a démarré à l’appel de tous les syndicats, pour réclamer une base de 1526 heures, c’est-à-dire une réelle réduction du temps de travail, sans remettre en cause les acquis déjà existants. D’autant que ces dernières années, le boom de l’euro s’est traduit par une dégradation des conditions de travail et une productivité accrue.

Pendant une semaine et demi, le mouvement s’est fait en alternance avec les ouvriers et les fonctionnaires (petite maîtrise), et nous nous sommes relayés pour bloquer l’usine. Une première dans l’entreprise, qui a donné confiance, puisqu’il y avait une bonne participation au piquet de grève.

Bravo la gauche !

Mais le lundi suivant, à 2h du matin, les CRS envahissaient l’usine. Sur ordre de Fabius, plus d’une dizaine de cars de CRS sont intervenus, installant des barrages filtrants sur la zone industrielle, pour empêcher tout salarié de la Monnaie, gréviste ou non, d’approcher de l’usine. A Paris, par une intervention policière, le ministère a saisi également les outillages de frappe monétaire, en déclarant qu’il pourrait faire frapper l’euro ailleurs qu’à Pessac, s’il y avait besoin.

La colère était grande du côté des salariés : « bravo la gauche ! » et on se rappelait les belles phrases de Fabius sur les 35 heures, qui seraient appliquées dans une « démarche participative et de concertation »… Au bout du compte, c’est la « raison d’Etat » et les CRS contre les grévistes...

Le mercredi, à la réouverture des portes, le directeur s’est fait huer par les salariés, alors qu’il venait déclarer que les CRS étaient là pour notre « sécurité ». Mais à l’AG qui a suivi, le vote était pour la reprise, beaucoup considérant qu’on n’avait plus de moyen de pression, et que, malgré tout, nous avions au moins empêché la direction de faire ce qu’elle voulait, en obtenant 2 jours de congé supplémentaires de fractionnement, en conservant nos 30 jours de congés, ainsi qu’une prime de compensation de 1181 F, même si c’est du temps supplémentaire que nous voulions.

Ceci dit, on a tout de même attendu le jeudi pour rentrer dans les ateliers, et encore, pas trop vite car les discussions sont allées bon train. Les ruptures avec cette gauche gouvernementale sont profondes, en particulier sur la manière dont elle se sert de la loi sur les 35 heures et sur ses méthodes face aux grévistes.

Laurent DELAGE, militant LCR

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