« Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère », faut qu’ça pète !
12 juin 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Après sa tentative d’imposer davantage de précarité pour les jeunes - avec le succès que l’on sait pour le CPE - c’est maintenant aux vieux que Villepin s’attaque. Il a présenté son plan la semaine dernière : un CDD renouvelable de 18 mois sera créé à l’attention des plus de 57 ans. En somme un « contrat vieux », nouvelle dérogation au code du travail. Autre mesure, le plafond pour le cumul emploi retraite sera relevé à 1,6 fois le SMIC : avec la réforme Fillon, plus nombreux sont ceux qui se voient avec des retraites de misère, qu’à cela ne tienne ils seront plus nombreux à avoir le droit de travailler après 60 ans. Le droit et pas forcément la possibilité. Enfin, cerise sur le gâteau, la « contribution Delalande », cette taxe que les patrons doivent payer en cas de licenciement d’un salarié de plus de 50 ans, sera progressivement supprimée. Puisqu’on vous dit que Villepin se charge du bien être des vieux !
Le gouvernement prétend user les vieux jusqu’à la corde mais il est incapable de donner du travail aux jeunes ! L’institut de la statistique vient de publier une étude montrant que l’accès au premier emploi des jeunes est de plus en plus difficile. Un débutant sur trois est en contrat temporaire. En 20 ans les CDD ont été multipliés par trois et le nombre d’intérimaires a quasiment doublé. Aussi quand Villepin a voulu présenter son plan à l’usine PSA de Peugeot-Poissy, il s’y est fait accueillir par des manifestants CGT au cri de « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ! Le plan seniors on n’en veut pas ! »
Contrairement aux mensonges des différents gouvernements successifs, davantage de précarité, n’a pas fait reculer le chômage. Aujourd’hui Villepin et Borloo prétendent que le chômage baisse... mais c’est à grands coups de radiations de chômeurs. Il en disparaît des statistiques mais pas dans la réalité. Quant aux licenciements, chaque semaine apporte son lot : de Sogerma à Dim, de France Télécom aux constructeurs automobiles et à leurs sous-traitants, et à bien d’autres. Villepin montre encore l’exemple en annonçant la suppression de 10 000 postes de fonctionnaires. On peut lui faire confiance pour que ce soit en rognant sur des services au public !
Avec le chômage et la précarité, tous les salaires sont tirés à la baisse. Alors que la principale insécurité aujourd’hui est celle de l’emploi, que celle-ci plonge dans la misère toute une partie de la classe ouvrière, en particulier dans les cités où même quand ils ont des diplômes les jeunes restent sur le carreau et subissent bien souvent les discriminations à l’embauche, tout ce que le gouvernement offre comme perspective c’est davantage de répression, Sarkozy courant derrière Le Pen avec comme seul horizon de rafler le plus de voix en 2007.
Au Parti socialiste, Ségolène Royal en proposant de mettre les allocations « sous tutelle » pour les familles dont les enfants commettraient des délits et en préconisant de confier ces jeunes aux militaires, fait la course en tête parmi les autres candidats à la candidature. Elle court derrière Sarkozy, lequel se dit même « dépassé sur sa droite ». Et les « éléphants » du PS courent derrière elle. Elle rappelle que la loi des 35 heures a causé avec la flexibilité des dommages à bien des travailleurs. Mais ce n’est pas pour revenir sur la flexibilité, c’est pour réclamer la « liberté » de faire davantage d’heures ! Le parti socialiste promet par ailleurs s’il arrive au pouvoir le SMIC à 1500 €... pour 2012 ! « En brut », pas en net, comme l’a précisé François Hollande sur France 2. Le patronat fait semblant de grimper aux rideaux, mais Villepin lui-même reconnaît qu’au rythme actuel de 3 à 4 % d’augmentation annuelle, on y sera automatiquement à cette date.
Tous ces gens-là, s’ils se relayent au pouvoir, c’est en gros pour y faire la même politique. Ce n’est pas de l’alternance en 2007 - si alternance il y a - que dépend l’amélioration du sort des travailleurs, mais seulement de nos luttes. La grève générale de juin 1936, dont c’est le 70° anniversaire, est là pour nous le rappeler.

