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DOSSIER : Accidents du travail et maladies professionnelles : faux frais de l’exploitation pour le patronat et l’Etat

Les éthers de glycol chez IBM : crime d’empoisonnement encore impuni

Mis en ligne le 22 juin 2004 Convergences Entreprises

Dans ses usines de semi-conducteurs, IBM s’est toujours vanté de garantir d’excellentes conditions de travail à ses salariés. Impression renforcée sans doute par le fait de travailler dans des « salles blanches », d’une absolue propreté... pour éviter que des particules de poussière ne viennent endommager les puces électroniques.

L’affaire des éthers de glycol est venue montrer qu’IBM n’est pas si propre pour la santé de ses salariés. Ces solvants, couramment utilisés dans l’industrie, se sont clairement révélés responsables de cancers des testicules, avortements spontanés, stérilités, chez les personnes exposées, et de malformations chez leurs enfants. En 1999, un rapport de l’Inserm en France confirmait leurs effets toxiques. En janvier 2000, c’était au tour d’IBM d’être accusé, aux Etats-Unis : 140 plaintes de salariés de l’usine de Fishkill étaient jugées recevables !

L’affaire toucha l’usine de Corbeil-Essonnes, où IBM utilisa les éthers de 1970 à 1995, à l’automne 2000, parce que l’avocat des familles américaines tenta de renforcer leur dossier en sollicitant les salariés de l’usine française, semblable à celle de Fishkill. La presse ici se fit l’écho du scandale, et un journal télévisé montra le témoignage de Mina, dont l’enfant est né avec une grave malformation faciale : dans les ateliers sans aération d’une petite entreprise sous-traitante d’IBM, elle conditionnait des bouteilles d’éthers de glycol, et nettoyait, toujours à l’aide d’éthers, les boîtes servant à stocker les tranches de silicium. Puis Thierry Garofalo, embauché en 1988 à Corbeil, frappé de stérilité et d’intenses douleurs musculaires, portait plainte à son tour. On avait enfin l’impression qu’IBM allait avoir des comptes à rendre.

Mais pour cela, il fallait des témoignages, et donc que les salariés, actuels mais aussi anciens, en assez grand nombre, se signalent. Car pour démontrer un lien entre les éthers et des maladies aux causes multiples, il faut pouvoir mener une étude statistique, étudier les conséquences éventuelles des éthers sur la santé de tous ceux qui ont travaillé (CDD compris) depuis 1970 à Essonnes, et sur celles de leurs enfants, tout en dressant des listes précises des postes, des stockages, de la présence effective des éthers dans les différents secteurs de l’usine. Toutes ces informations auraient permis de mener l’enquête épidémiologique nécessaire.

Mais des syndicats, seule la CGT, minoritaire, ni la plus nombreuse ni la plus influente, s’empara du problème. La mobilisation des salariés était encore compliquée par le fait que l’usine avait subi, deux ans auparavant, un plan social massif, suivi d’un considérable rajeunissement de l’effectif. Nombre de salariés anciens, parmi les plus combatifs... et les plus concernés, étaient donc partis.

La direction de l’établissement, filialisé et devenu Altis, ne subit donc pas une pression assez forte pour être contrainte de donner les moyens de l’enquête. Devant l’inquiétude de certains salariés, elle a tenu des réunions où le médecin du travail expliquait aux salariés qu’ils ne couraient aucun risque, vu qu’il n’y avait plus sur le site les éthers supposés dangereux...Mais surtout, la direction, en réunion de CE et de CHS-CT, refusa la demande de la CGT de donner les informations nécessaires. Elle poussa le cynisme jusqu’à expliquer que cette enquête était inutile, puisque rien ne prouve irréfutablement la nocivité des éthers sur l’homme, étant donné que les études n’étaient pas assez nombreuses pour être probantes et statistiquement fiables ! Bref, le serpent qui se mord la queue !

IBM a donc pu, provisoirement espérons-le, étouffer l’affaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat français ne s’est pas pressé de lui imposer plus de transparence !

B. R.

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