Le rêve Obama
3 novembre 2008 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Tous les sondages donnent Barack Obama favori. Pour la première fois, un Noir sera peut-être le futur président des États-Unis. C’est évidemment un événement symbolique important. 40 ans après les luttes des droits civiques et l’abrogation de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, les discriminations sont loin d’avoir disparu. Alors que les Noirs représentent 12% de la population, ils sont près de 40 % des détenus dans les prisons américaines. Ils sont deux fois plus touchés par le chômage et le revenu moyen des foyers noirs est un tiers inférieur à celui de l’ensemble de la population américaine.
La popularité de la candidature Obama montre pourtant une réelle évolution des sentiments du peuple américain. Les élections locales ont porté dans les dernières années 641 maires noirs à la direction de villes américaines, représentant environ 10% de la population. Bien plus qu’en France où les maires de grandes villes issus de l’immigration se comptent sur les doigts d’une main... et encore !
Mais la popularité d’Obama est due aussi, et probablement plus encore, à un réel dégoût d’une grande partie de la population et en particulier des travailleurs américains, quelle que soit la couleur de leur peau, face à la politique menée par Bush. Avant même le déclenchement de la crise des subprimes, l’enrichissement sans limite de la petite minorité la plus riche s’est fait aux dépens de l’ensemble de la population américaine et avant tout des classes populaires, dont une bonne part n’a même pas accès aux soins de santé.
Depuis août 2007 et le démarrage de la crise, plus d’un million de ménages américains ont été expulsés de chez eux et leur logement saisis. Ils pourraient être entre 1 et 2 millions de plus dans l’année à venir. Avec l’effondrement de la bourse, des millions de salariés ont vu leur retraite partir en fumée pendant que le gouvernement mettait plus de mille milliards de dollars sur la table pour sauver les banques. Les annonces de plans de licenciements se multiplient à un rythme infernal et un million cinq cent mille personnes ont déjà perdu leur emploi depuis janvier selon les statistiques officielles.
Toute la campagne de Barack Obama, le candidat du parti démocrate, a consisté à parler de « changement ». Pourtant, il n’y a rien dans son programme qui puisse inquiéter en quoi que ce soit les grandes entreprises américaines ou apporter le moindre espoir de changement concret pour la population. Il s’est dit favorable au retrait des troupes américaines d’Irak (dans deux ans !), mais en annonçant le renforcement de l’intervention en Afghanistan. Il s’est engagé à rendre obligatoire la couverture santé, mais en faisant payer la population au bénéfice des compagnies d’assurances. Il est un des artisans du plan Paulson, le plan du gouvernement Bush qui se contente de renflouer les banquiers, mais qui laisse dans la détresse ceux qu’on a expulsés de leur maison et qui, comme ici, ne prévoit strictement rien contre les nouvelles vagues de licenciements. Le candidat démocrate n’a pas d’autre politique économique à proposer que celle de la grande bourgeoisie américaine. Elle lui a d’ailleurs d’ores et déjà montré sa confiance en apportant un soutien financier massif à sa campagne.
Il est très probable que la colère du peuple américain se traduise pour commencer par un vote important contre le candidat du parti républicain. Et la défaite de John Mc Cain ne pourrait bien sûr que nous réjouir. Mais la victoire de Barack Obama, tant espérée aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, pourrait bien n’être qu’un simple changement d’emballage de la politique du grand capital, avec les applaudissements de la bourgeoisie du reste du monde, France comprise. Le rêve Obama n’apportera aucune réelle solution à la faillite du système capitaliste, aux Etats-Unis comme ailleurs. Pour cela, comme ici, les travailleurs américains auront à engager la lutte contre leur nouveau gouvernement, quel qu’il soit, sur leur propre programme et sous leur bannière. Ils pourront dire alors, pour leur propre compte « Change, yes we can ! ».
Oui, les travailleurs de tous les pays, unis, peuvent changer le monde !

