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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 38, mars-avril 2005 > DOSSIER : Amérique du Sud : une nouvelle gauche… contre les travailleurs

DOSSIER : Amérique du Sud : une nouvelle gauche… contre les travailleurs

Le mirage du Mercosur

Mis en ligne le 10 mars 2005 Convergences Monde

Le marché commun régional des pays du Cône Sud de l’Amérique latine, le Mercosur, mis en place il y a 15 ans à l’initiative du Brésil et l’Argentine, peut-il constituer un rempart aux visées expansionnistes de l’impérialisme américain sur le continent ? Les USA se proposent en effet de créer sous leur houlette une Zone de libre échange des Amériques (la ZLEA) regroupant tous les pays d’Amérique (à l’exception de Cuba). Ou bien ce Mercosur est-il seulement une manière pour les bourgeoisies des deux puissances dites « émergentes », Brésil et Argentine, de s’intégrer au futur marché commun américain, mais en y marchandant leur place ?

Et si le Mercosur était destiné à favoriser les affaires des grands patrons brésiliens et argentins, il était pour les mêmes raisons avantageux aux entreprises étrangères (nord-américaines et européennes) implantées dans ces pays. Il contribuait même d’une certaine façon à favoriser les investissements étrangers dans les pays du Mercosur destinés à offrir ainsi un plus vaste marché. Il était un des volets aussi de la politique de restructuration des économies nationales du Brésil et de l’Argentine de la décennie 1990. Déréglementations et privatisations ont amené l’explosion des investissements directs étrangers vers ces pays : au Brésil, ils passaient de 89 millions de dollars en 1991 à 2 milliards en 1992, pour culminer à 30 milliards en 2000 !

Au Brésil par exemple, la restructuration de la production automobile, avec délocalisations et gains de productivité, a ruiné l’industrie automobile de l’État de Sao Paulo - qui a perdu 916 000 emplois industriels entre 1991 et 1996. Le terrain était par contre favorable à l’installation de Renault début 1997, suivie des grands équipementiers et manufacturiers français (Valeo, Michelin), ainsi qu’au redéploiement de Chrysler, Volkswagen et sa filiale Audi. Ces constructeurs se sont installés dans l’État du Parana, au sud du pays, à proximité de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay, profitant de la position géographique d’une région cruciale pour l’exportation vers les autres pays du Mercosur. La zone de libre-échange sud-américaine ainsi que l’objectif d’une union douanière servaient leurs intérêts, tout autant que ceux des grandes bourgeoisies locales.

La population, elle, n’eut droit qu’au coût social des restructurations.

Un marché régional dépendant du marché commun voulu par les États-Unis

De toute façon, la fragilité du Mercosur vient aussi et surtout de l’extérieur : les crises qui ont secoué le système financier à la fin des années 1990, conséquence de la dépendance de ces pays vis-à-vis de l’impérialisme, l’ont montré. Le Brésil a procédé à la dévaluation de sa monnaie de 40 %, en accord avec le FMI sans consulter son voisin.

Après le ralentissement des échanges intra-régionaux à la fin des années 1990, Lula et Kirchner se proposent de donner à ce Mercosur un nouvel élan. Une bonne partie de la gauche et les syndicats brésiliens se complaisent à présenter le Mercosur et les propositions de Lula comme un « projet alternatif » s’opposant au ZLEA envisagé par les USA.

Mais Mercosur et ZLEA ne sont pas contradictoires. D’autant que si le marché commun américain se crée, un marché commun régional n’a aucune chance de lui faire concurrence. L’économie des USA constitue 70 % du PIB des Amériques, celle du Brésil seulement 10 % (et l’Argentine 3 %). Mais 10 %, ce n’est pas négligeable, par rapport aux petits pays avoisinants.

C’est pourquoi le Brésil de « l’alter-mondialiste » Lula a fait le choix de s’impliquer dans les négociations de mise en place du ZLEA tout en renforçant le Mercosur. Question de conserver sa marge de manœuvre dans la région, comme les négociations commerciale du Mercosur avec la communauté européenne. Et question d’avoir plus de poids dans ses marchandages avec les États-Unis.

Pour cela, la bourgeoise brésilienne (comme la bourgeoisie argentine ou uruguayenne), est prête, au nom de la rivalité entre Mercosur et USA aujourd’hui, au nom des contraintes du marché commun américain demain, à demander de nouveaux sacrifices aux travailleurs brésiliens.

Simone CANETTI

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