Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 38, mars-avril 2005

La SNCF, dévoreuse d’emplois !

Mis en ligne le 7 mars 2005 Convergences Politique

Environ 4 000 emplois bénéficiant du statut de cheminot seraient supprimés en 2005, après les 3 300 suppressions de 2004. C’est surtout dans le secteur commercial, aux guichets et à l’accueil dans les gares que la trouée serait béante. La direction commerciale du pôle Grandes Lignes prévoierait d’ici trois ans quelque 2 330 suppressions de postes, sur un total de 7 900 emplois.

La faute à Socrate ou la faute à Voltaire ?

L’introduction des technologies modernes serait responsable de l’hémorragie d’emplois. Ce serait la faute à Internet qui deviendrait le principal vendeur de billets, passant de 11 % en 2004 à 40 % en 2008. Ce serait la faute à la multiplication des automates en gares. La faute au développement des services d’envoi à domicile, à la multiplication des « bornes d’embarquement rapide » (échanges de dernière minute). Sans oublier le « ticketless », ou le voyageur sans ticket... support papier.

Avec tout ça, les retraits aux guichets et boutiques devraient passer de 47 % à 30 % ou 35 %, voire dégringoler à quelque 25 % en 2008. Les automates devraient doubler par rapport à 2003 et atteindre 20 %. La part de l’envoi à domicile quadrupler à 12 %. 35 boutiques seraient fermées, sur 236, d’ici 3 ans. Même compte tenu des départs en retraite, la SNCF évalue à 1550 le nombre d’agents des ventes à reclasser sur la période.

Certes, la révolution technologique est indéniable. Mais pourquoi les infernales files d’attente aux guichets ? Pourquoi le progrès n’allège-t-il pas la charge des salariés ? Pourquoi ne raccourcit-il pas la journée de travail ? D’autant qu’il y a à embaucher pour combler la désertification criminelle de certaines gares et rames. Internet et Cie ne sont que prétexte à renforcer une logique « commerciale » qui vise à faire le maximum de fric, sur le dos des usagers comme des salariés.

Les « usagers » se muent en « clients »

La SNCF ne sert plus des usagers, elle vend des produits diversifiés à des clients... pour leur plus grand bonheur, dit-elle. L’entreprise de grand papa, bêtasse, connaissait le tarif au kilomètre, somme toute logique, et ses « suppléments » (couchettes ou autres). Fini, le tarif selon la distance parcourue. Pour les voyageurs grandes lignes du moins, le « prix » correspond à une savante « segmentation » du marché. Selon le taux de remplissage du train. Selon la période creuse ou de pointe. Selon les promotions à 25 % ou 50 % dites Découverte, 12-25, Enfant +, Seniors, Escapades, prem’s, etc. Grande profusion où le client n’a aucun moyen de vérifier pourquoi tel tarif plutôt que tel autre, mais le fort sentiment d’avoir tiré un numéro au manchot.

La SNCF prétend mener une fine politique commerciale d’évaluation du « prix de marché », censé être lié au « service » (vitesse, confort, remplissage, etc.) mais aussi à l’alignement sur la concurrence - surtout aérienne. D’où l’introduction récente de cet espèce d’Easyjet SNCF (publicité non payée) ou ID-TGV... Remplir les trains pour le plus grand profit, cela implique autant de brader des places, longtemps à l’avance ou au dernier moment... que de les vendre cher, voire très cher, aux clients dont on sait qu’ils n’auront pas d’autre choix (sans compter que tout le monde n’est pas pauvre !).

Fini le service dit public (déjà sujet à caution). Vive la « force de vente » SNCF à but très lucratif ! Cette politique est arrivée à grande vitesse, depuis 15 ans, avec le boom du TGV, qui a correspondu à l’introduction du logiciel informatique Socrate en 1993. Dix ans après, la SNCF représentait 15 % du commerce électronique du pays. Et tout cela rapporte, effectivement : l’entreprise prévoit 113 millions d’euros de bénéfices pour 2005.

Les agents des guichets se muent en « vendeurs »

Qui dit « force de vente », implique des performances aux guichets ! La nouvelle politique commerciale consiste à « dégraisser », alourdir la charge de travail, rentabiliser par les procédés patronaux classiques de carotte et bâton : salaires au mérite, primes, challenges entre guichetiers à qui placera le plus de « plus » : train + hôtel ou train + voiture. Création de prétendus « NEV » (nouveaux espaces de vente), où les vendeurs dont le poste est supprimé deviennent « conseiller clientèle » et doivent aider les clients aux distributeurs. Comme s’il n’était pas plus simple de leur vendre directement le billet ! Pour assaisonner le tout : mises en concurrence des vendeurs, harcèlements de toutes sortes. Sans oublier les sanctions et pénalisations pour fait de grève. Seul le salaire n’a pas de « plus » : le salaire d’embauche des rares nouveaux s’établit à quelque 1000 euros nets.

Les guichetiers de la Gare de Lyon se muent en grévistes

La grève syndicale nationale du 19 janvier a été bien suivie. Ras l’bol des suppressions de postes, des salaires bloqués, des conditions de travail dégradées. Les guichetiers de la gare de Lyon à Paris, s’appuyant sur un préavis du syndicat SUD, ont continué la grève jusqu’au 28 janvier. Dix jours de grève à laquelle ont participé 70 % du secteur, dont une soixantaine se réunissait tous les matins en assemblée générale. Ils avaient déjà fait grève en juin 2004, sans obtenir satisfaction.

Les revendications restaient : des embauches, le statut cheminot pour tous les contractuels, des « roulements » (horaires) corrects, des conditions de travail améliorées. Le mouvement a connu ses moments cocasses, en particulier quand les grévistes ont envahi le bureau du directeur de l’établissement, où étaient présents son adjoint et la responsable des relations humaines. Ce petit monde s’est estimé « séquestré » et la direction a dépêché sur les lieux un huissier, deux flics...

À noter la rancœur des grévistes à l’endroit de la direction locale de la CGT, qui avait appelé le 19 à une grève dite « carrée », c’est-à-dire sans lendemain et a donc milité contre la poursuite. Des militants et sympathisants de la CGT ont été actifs dans le mouvement, mais le petit appareil hostile a pris position contre la grève par un tract, et est allé jusqu’à remplacer des grévistes dans les guichets et faire pression sur des jeunes embauchés pour qu’ils ne fassent pas grève.

La grève a néanmoins donné du moral. La direction a dû revoir les roulements sous la pression. Mais cherche à se venger... Prétextant ladite « séquestration », elle engage des sanctions contre une vingtaine de grévistes, dont de nombreux militants syndicaux. D’où l’émotion générale y compris chez les non grévistes et d’autres secteurs comme l’accueil ou la maintenance. La colère et la solidarité s’organisent, déjà autour d’une pétition...

Luigi PALESTRO

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article