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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 73, janvier-février 2011 > DOSSIER : L’Europe de la crise : Mêmes attaques, mêmes colères

DOSSIER : L’Europe de la crise : Mêmes attaques, mêmes colères

Grande-Bretagne : Face au plan d’austérité de Cameron, l’irruption de la jeunesse

Mis en ligne le 29 janvier 2011 Convergences Monde

La fin de l’année 2010 a été marquée en Grande-Bretagne par un mouvement étudiant d’une ampleur jamais vue dans ce pays depuis les années 1960. La raison de la colère est le relèvement des frais d’inscription – 3 300 livres (3 800 euros) à 9 000 livres (plus de 10 000 euros). Pour la plupart des étudiants, en particulier les plus modestes, cela signifie avoir recours à des prêts bancaires et terminer sa scolarité avec une dette considérable. Le 10 novembre, plus de 50 000 jeunes ont manifesté dans les rues de Londres, occupant même brièvement le siège du parti conservateur du premier ministre David Cameron. Le succès et la radicalité de cette manifestation ont surpris ses organisateurs, le NUS (syndicat étudiant) et le CUC (syndicat des enseignants du supérieur), qui ont vite cherché à se démarquer de ces « débordements ». Pendant plus d’un mois, jusqu’aux congés de fin d’année, c’est un véritable mouvement qui s’est développé dans de nombreuses universités britanniques. Après la manifestation londonienne du 10 et en vue d’une journée nationale d’action le 24 novembre, le mouvement a commencé à s’organiser sur les campus avec, notamment, la multiplication des occupations d’universités. Malgré un certain retrait du syndicat étudiant, la journée d’action du 24 novembre a confirmé dans tout le pays le succès initial du mouvement. Les organisateurs estiment entre 35 000 et 45 000 le nombre d’étudiants du pays impliqués dans les diverses actions du 24 novembre.

Développement de la contestation... et de la répression

Cette journée a permis au mouvement de prendre une ampleur nationale. Elle a aussi été marquée par la violence de la réaction policière. À Whitehall à Londres, 4 000 manifestants sont restés bloqués, encerclés par la police pendant plusieurs heures. Et les journées d’actions suivantes, les 30 novembre, 9 et 11 décembre, ont été marquées par le déchaînement de la répression. Ni cela ni le vote de l’augmentation des frais d’inscription à la Chambre des Communes le 9 décembre n’ont fait faiblir la détermination. Ainsi, le jour du vote, plusieurs groupes de quelques milliers d’étudiants chacun sillonnaient le centre de Londres, jouant au chat et à la souris avec une police lourdement armée. Et si, lors de la dernière journée d’action du 13 décembre (essentiellement lycéenne, la plupart des universités étant fermées), l’émoi qu’avait suscité la brutalité de la police a contraint celle-ci à plus de discrétion, Cameron a annoncé que si le mouvement étudiant continuait, il n’hésiterait pas à recourir aux canons à eau contre les manifestants.

Depuis la rentrée de janvier, l’agitation militante a repris sur les campus du pays en vue de la préparation de nouvelles journées d’action les 26 et 29 janvier. Difficile de savoir aujourd’hui si le mouvement va continuer à se développer. Par contre, l’ampleur qu’il a prise en novembre et décembre, la vigueur de la réaction de l’État comme la sympathie que le mouvement a suscitée chez bien des travailleurs sont significatives : ce mouvement étudiant est le reflet d’un mécontentement plus général.

Une attaque massive contre les travailleurs britanniques

Les mesures que conteste la jeunesse – augmentation des frais d’inscription ou suppression d’allocations d’études pour les jeunes de milieu populaire – ne sont qu’une toute petite partie d’un plan d’austérité bien plus large. L’objectif annoncé par Cameron fin octobre, sous prétexte de combattre le déficit du budget de l’État, est de baisser les dépenses publiques de 93 milliards d’euros. Pour y arriver, il prévoit la suppression programmée de 460 000 emplois dans le public et d’au moins 500 000 dans le privé suite au désinvestissement de l’État. Ce plan de rigueur s’accompagne de nombreuses mesures contre les travailleurs : le recalcul à la baisse des pensions de retraite et le passage à la retraite à 66 ans en 2020 ; des sanctions contre les chômeurs qui refuseraient des « périodes de travaux d’intérêt général » non payées, prétendument destinées à les rendre plus « employables » ; ou encore la suppression d’allocations pour les études ou le logement. L’autre volet est l’augmentation des recettes de 38 milliards par une hausse générale de la TVA, et donc des prix.

Réaction ouvrière et inaction syndicale

Dans les jours qui ont suivi l’annonce de ce plan, à la fin octobre, des dizaines de milliers de travailleurs ont manifesté dans les principales villes du pays. Ces manifestations, comme plusieurs luttes locales (par exemple celle des travailleurs du métro londonien) montrent qu’il existe au moins une fraction des travailleurs qui ne veut pas se laisser faire. L’ambiance est par contre bien différente du côté des sommets syndicaux du TUC (Trade-Union Congress) : la seule réaction de la centrale à l’annonce du plan de Cameron a été d’appeler à une journée d’action... le 26 mars 2011, cinq mois plus tard !

Outre Manche comme ailleurs, les travailleurs seraient mal avisés d’attendre de ces dirigeants l’organisation d’une riposte à la hauteur des attaques. La détermination du mouvement étudiant de la fin de l’année pourrait les y encourager. D’autant qu’on a pu constater parmi les militants du mouvement étudiant, une certaine volonté de s’adresser au monde du travail. En a témoigné l’action conjointe des jeunes et des travailleurs municipaux de Lewisham au sud de Londres qui ont envahi le conseil municipal du 29 novembre qui s’apprêtait à voter des restrictions budgétaires.

22 janvier 2011

Yves LEFORT

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