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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 73, janvier-février 2011 > DOSSIER : L’Europe de la crise : Mêmes attaques, mêmes colères

DOSSIER : L’Europe de la crise : Mêmes attaques, mêmes colères

Chez Fiat, les attaques contre les travailleurs continuent

Mis en ligne le 29 janvier 2011 Convergences Monde

Après l’usine Fiat de Pomigliano d’Arco près de Naples, c’est au tour de celle de Mirafiori à Turin d’être « restructurée ». Une usine hautement symbolique de l’essor industriel mais également des combats de la classe ouvrière italienne.

À Pomigliano, la direction de la Fiat avait, en juin dernier, soumis la reprise d’activité à l’approbation par référendum d’une aggravation des conditions de travail (voir CR n°71). À Mirafiori, le PDG du groupe Sergio Machione a d’abord fait part de son intention de produire le nouveau modèle monospace non pas à Turin, mais en Serbie. Reprochant aux syndicats de ne pas se plier aux « exigences de la productivité ».

Puis il a annoncé sa décision de changer complètement les « règles du jeu ». Les travailleurs de Pomigliano et Mirafiori seraient réembauchés, par une nouvelle « joint venture » Fiat-Chrysler qui verrait le jour en 2012. Cela bien sûr à de nouvelles conditions. Le Contrat collectif national du travail ne serait plus appliqué à l’intérieur de l’entreprise. Marchione a d’ailleurs déclaré que la joint venture sortirait de la Confindustria (organisation patronale italienne). Elle n’y reviendrait que si un nouvel accord était trouvé dans l’automobile, en place de l’accord actuel concernant toute la métallurgie... et bien sûr si celui-ci se faisait aux conditions de la Fiat. En attendant, le personnel sera mis en chômage pendant toute l’année 2011, à l’exception de ceux qui pourraient être rappelés en cas de commandes supplémentaires de certains modèles.

L’accord Fiat-syndicats

À Mirafiori, comme au printemps à Promigliano, les syndicats à l’exception de la FIOM (Fédération de la métallurgie de la CGIL) ont signé le 23 décembre l’accord proposé par la direction. Il prévoit entre autres :

  • la diminution des pauses (sur les chaînes : trois pauses de 10 minutes, au lieu de deux pauses de 15 minutes et une de 10 minutes) ;
  • en cas d’absentéisme : non paiement du 1er premier jour d’absence en cas d’ arrêt maladie inférieur à 5 jours accolé à un week-end ou à un jour de repos, ou si le taux d’absentéisme est supérieur à 4 %. Puis après 2012, non paiement des 2 premiers jours d’arrêt si le taux d’absentéisme est supérieur à 3,5 % ;
  • le quota annuel d’heures supplémentaires passerait de 40 à 120 heures, auxquelles pourraient se rajouter encore 80 heures négociées avec les syndicats ;
  • la grève serait interdite contre les dispositions de l’accord ainsi que pendant les jours travaillés en heures supplémentaires ;
  • en cas de chômage pour rupture d’approvisionnement les travailleurs devraient récupérer sur leurs jours de repos.

En outre, le droit syndical est entièrement remis en cause. Seules les organisations signataires de l’accord seraient considérées représentatives. La FIOM qui est le premier syndicat en serait donc exclu. Dans la pratique, c’est le droit des travailleurs d’élire leurs délégués qui disparaîtrait.

Chantage à l’emploi

En cas d’acceptation de cet accord, un milliard d’euros serait investi dans l’usine et la fabrication de nouveaux modèles Alfa Romeo et Jeep se ferait à Mirafiori. Selon la direction, cela permettrait à l’usine de tourner à sa pleine capacité, alors qu’elle connaît, depuis des années, des périodes de chômage à répétition.

« Je ne veux obliger personne à travailler, a déclaré Marchione, mais si la réponse est négative, les investissements ne se feront pas », ajoutant qu’il ne voulait pas faire de menaces, mais que « évidemment pour Mirafiori, il existe un plan B ».

Toute la classe politique, de Berlusconi à l’opposition de centre gauche s’est félicitée de cet accord. Les uns criant victoire et les autres estimant que « le bon sens l’a emporté ».

En ce qui concerne la CGIL, son soutien à sa Fédération de la Métallurgie est des plus modérés. Dans une interview au Corriere della Sera, la secrétaire confédérale, Susanna Camusso, tout en jugeant l’accord négatif a déclaré qu’il faudrait de toute façon respecter le résultat du référendum et que si le « oui » l’emportait, la FIOM devrait accepter de donner une sorte de « signature technique ». Elle a par ailleurs reproché à la FIOM de se considérer comme une avant-garde et d’oublier qu’un syndicat ne pouvait ignorer les craintes des travailleurs.

Vers une grève de la métallurgie

C’est dans ce contexte que, les 13 et 14 janvier, les 5 500 travailleurs de Mirafiori ont été appelés à se prononcer par référendum sur l’accord. La participation au vote a été de 95 %. Malgré le chantage à l’emploi et les pressions de tous les milieux politiques, le « oui » ne l’a emporté qu’à une petite majorité, 54 %. Surtout dû au vote des employés et des cadres. Car parmi le personnel ouvrier, et en particulier sur les chaînes de montage, le « non » était majoritaire.

La FIOM et des syndicats « de base » appellent à une grève dans toute la métallurgie et à des manifestations le 28 janvier, contre les attaques du patronat et en premier lieu celle de la direction de la FIAT.

19 janvier 2011

T.F.


Les bonnes affaires de la Fiat en Serbie

On coupe…

Fiat a choisi la Pologne et la Serbie pour délocaliser une partie de sa production. L’ancienne usine d’automobile Zastava à Kraguejevac, proche de Belgrade, a été scindée en deux en février 2010. D’une part la Fiat Auto Serbia, devenue propriété du groupe Fiat, qui a embauché avec un nouveau contrat un millier d’ouvriers et effectue aujourd’hui le montage de la Punto, Fiat s’étant réservé le privilège de sélectionner sur la base de tests le personnel qu’elle souhaitait garder. De l’autre la Zastava Auto, toujours propriété publique, mais dans les faits « coquille vide », bien que les quelque 1 600 travailleurs non embauchés par la Fiat en fassent encore partie.

… on licencie…

Récemment le ministre de l’économie, Mladan Dinkic, a annoncé la fermeture de la Zastava Auto à compter du 5 janvier. Des mesures « d’accompagnement » sont prévues pour les travailleurs qui sont à moins de cinq ans de la retraite, les 938 autres n’auront droit qu’à une indemnité de licenciement de 300 euros par année d’ancienneté (sachant que le salaire moyen chez Zastava Auto est d’environ 260 euros par mois). L’État de son côté leur versera une compensation mensuelle d’un peu moins de 200 euros la première année et moins de 150 euros la deuxième, et il paiera les charges sociales pendant ces deux ans. Le taux de chômage en Serbie étant de près de 20 %, il est probable que ces travailleurs ne retrouvent pas de travail avant longtemps.

… on empoche

La direction de la Fiat, elle, affirme que l’effectif de Fiat Auto Serbia pourrait atteindre 2 500 personnes à la fin 2012 mais qu’elle n’a aucune obligation de réembaucher les travailleurs licenciés. Leur sort selon elle regarde le gouvernement.

Par contre elle a obtenu la partie la plus rentable de Zastava, avec un personnel dont le salaire moyen est de 320 euros. Elle a de plus bénéficié d’aides du gouvernement, dont une prime de 1 000 euros versée en 2010 pour chaque achat d’une voiture neuve.

T.F.

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