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La Guadeloupe en rouge

6 octobre 2020 Article Monde

Le 23 septembre, la Guadeloupe a été placée, comme Marseille, en alerte rouge par le gouvernement. Si c’est surtout la situation marseillaise qui a fait les gros titres, en Guadeloupe aussi la colère gronde.

Les différentes statistiques (incidences, prévalence) relatives à la Covid-19 étaient jusqu’à peu similaires à celles des grandes agglomérations françaises. Mais un détail change la donne sur place : le seul hôpital universitaire de l’île, touché par un très grave incendie en novembre 2017, n’a toujours pas été remplacé – une hâtive solution de fortune n’assure pas le minimum humain et matériel. Le chantier du nouveau CHU a d’ailleurs été retardé par le confinement et ne devrait pas s’achever avant 2022 voire 2023… L’hôpital de Pointe-à-Pitre n’a donc jamais retrouvé ses capacités d’accueil et de fonctionnement. Celles-ci étaient déjà insuffisantes en temps ordinaire, conformément à la situation de tout l’hôpital public. À l’été 2019, l’hôpital avait d’ailleurs été le lieu d’un mouvement social d’ampleur. Couplé avec une vague épidémique, sans possibilité de transferts rapides, la crainte que l’hôpital soit débordé est fondée. C’est ce qui explique que les différentes mesures gouvernementales aient été accueillies avec circonspection par la population, mais néanmoins suivies très largement, car les soucis pour la santé de toutes et tous sont grands.

Fermé aux petits, ouvert aux plus gros !

Pourtant les restrictions d’accès aux plages (qui ne manquent pas d’aération), le port quasi permanent du masque (difficile à supporter par une température de 30 °C et plus de 85 % d’humidité toute l’année) auraient pu susciter les mêmes mouvements de protestation qu’on a pu observer dans l’hexagone. Une première manifestation a d’ailleurs eu lieu lundi 28 septembre aprèsles annonces du ministre de la santé. Il s’agissait essentiellement de petits patrons du monde de la nuit et de l’événementiel, inquiets d’avoir à mettre la clé sous la porte et demandeurs d’aides mais pas que… Parmi les participants, on soulignait que les gros centres commerciaux, à la climatisation obligatoire, n’étaient pas inquiétés, au contraire des petits commerçants, et un sentiment de deux poids deux mesures se faisait jour. Des manifestants notaient que pour le groupe Hayot [1] rien ne fermait. Le McDonald de Destreland (le plus gros centre commercial de l’île) était plein à craquer ce lundi-là, et si ce n’était plus le cas deux jours plus tard, il resterait la possibilité de passer commande à emporter sur les bornes d’écrans… tactiles.

Écoles fermées…pour manque d’eau !

Tout cela après un mois d’école où les clusters scolaires ont formé la catégorie la plus importante de foyers épidémiques. Symboliquement, le Creps Antilles-Guyane, établissement choyé en Guadeloupe, a été touché et a dû fermer pendant dix jours en septembre. Il n’est pas le seul. Plusieurs dizaines d’écoles ont déjà perdu une semaine de cours en septembre. La Covid n’en est pas la cause, mais le manque d’eau. Le réseau, vétuste, est en attente de rénovation depuis plusieurs décennies et aujourd’hui, avec l’épidémie, l’impossibilité de maintenir une hygiène basique oblige les établissements à fermer en cas de coupures d’eau, parfois imprévues. Les parents et enseignants apprennent en général le matin même, sur place, que l’école est fermée. À chacun de se débrouiller.

Des protestations qui peuvent en annoncer une autre…

Dans cette situation, les mouvements épars de protestation se répandent. Le service de radiologie du CHU s’est mis en grève le lundi 28 septembre contre le manque d’effectif et de moyens ; les salariés de la chambre de commerce et d’industrie contre le non-respect des statuts du personnel ; la mairie de Basse-Terre bloquée elle aussi le même lundi, ou encore les employés de la clinique privée de Baie-Mahault en grève deux jours un peu plus tôt dans le mois. Ces mouvements, la plupart du temps à l’initiative de militants syndicaux, réunissent au maximum quelques dizaines de salariés. Cependant leur multiplication et leur diffusion sur tout le territoire rappelle immanquablement les mois qui ont précédé le vaste mouvement contre l’exploitation et la grève générale de 2009.

4 octobre 2020, Marc Oussis


[1Une famille de Békés, qui possède Carrefour, Décathlon, MrBricolage, etc. et dont l’origine de la fortune remonte aux plantations de cannes et à l’esclavage à la fin du XVIIe siècle.

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