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Accueil > Éditos L’Étincelle > 2021 > novembre > 22

Si violence il y a, c’est bien celle de l’État colonial français

Face à une semaine de grève générale qui a débuté le lundi 15 novembre en Guadeloupe, et plusieurs nuits d’émeute et pillage de commerces, le gouvernement français répond par la violence de la répression : couvre-feu dès 18 heures et envoi à la rescousse de 200 policiers et gendarmes supplémentaires, et quelque 50 agents du Raid et du GIGN. Même des médias enclins à relayer la parole officielle et qui focalisent sur « des nuits de violence », soulignent qu’il s’agit bien d’une explosion de colère sociale, contre les inégalités et la pauvreté.

Là-bas, une crise sanitaire permanente…

La mobilisation lancée par un collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives, dépasse largement une simple opposition à l’obligation vaccinale et au passe sanitaire. Elle se dresse contre un État français et ses antennes locales qui méprisent la santé publique, accumulent les scandales sanitaires sur l’île, depuis des années. Ainsi, le réseau d’eau se dégrade faute d’entretien, privant de nombreuses familles d’eau potable… mais pas de factures d’eau. Les coupures sont incessantes. Certains jours, les écoles sont fermées parce qu’il n’y a pas d’eau ! Une situation qui ferait scandale dans l’Hexagone. Autre drame : celui du chlordécone, ce pesticide ultra-toxique utilisé dans les bananeraies jusqu’en 1993, sur dérogation spéciale pour les Antilles, et qui empoisonne aujourd’hui le sang de plus de 90 % des Antillais.

… qui s’ajoute à la crise sociale

À cela s’ajoutent un chômage de masse, une vie dans des quartiers populaires particulièrement délabrés et une jeunesse souvent contrainte à émigrer. Les prix des produits de consommation courante et de l’essence ont connu une hausse vertigineuse. C’était déjà la vie chère qui avait mis le feu aux poudres en 2009 et déclenché une grève générale de 44 jours, menée par le LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon ou Alliance contre l’exploitation). Un mouvement qui dénonçait aussi la mainmise des békés (les descendants des propriétaires d’esclaves) sur l’économie locale.

Colère des travailleurs et des jeunes

De nombreuses catégories de salariés sont mobilisés : les soignants et les pompiers, mais aussi les enseignants, les pompistes, les territoriaux et les travailleurs de l’hôtellerie-restauration. Sur leurs piquets de grève et barrages installés à de nombreux endroits, ils ont dû faire face à la répression des forces de l’ordre. Le gouvernement français voudrait les faire passer pour des antivax irresponsables, bloquant la circulation et même l’accès aux soins. Comme partout, bien sûr, les théories complotistes et autres fake news circulent dans la population. Mais les grévistes et les jeunes dénoncent d’abord et avant tout le chômage et les bas salaires, la déliquescence de l’hôpital public et le manque de moyens généralisé, un désastre sanitaire dont la population des Antilles n’est pas responsable mais victime. En Martinique aussi, les organisations syndicales ont appelé à la grève générale à partir de ce lundi 22 novembre.

Antilles, Kanaky… et nous aussi

Même colère dans d’autres territoires d’outre-mer : en Kanaky (Nouvelle-Calédonie), l’État français maintient pour le 12 décembre, et contre la demande de report de nombreuses organisations kanak, le troisième et dernier référendum sur l’autodétermination, en pleine pandémie de Covid. De quoi s’assurer un vote conforme à ses intérêts. Et là encore, sous la menace d’une répression renforcée : envoi de 2 000 gendarmes, militaires et policiers pour « sécuriser le scrutin »…

Ces régions du monde, comme aussi la Guyane et la Réunion, sont des « territoires français », nous dit-on. Ils sont effectivement exploités pour les intérêts économiques et stratégiques de l’impérialisme français, et la vie quotidienne y est encore plus dure qu’ici. Par leur mobilisation et leurs revendications, contre la dégradation sociale imposée par des moyens redoublés de violence d’État, les travailleurs des Antilles ou de Kanaky nous sont proches. Le succès de leur lutte est capital. Là-bas comme ici, l’alliance contre l’exploitation est à l’ordre du jour.

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