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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 114, septembre-octobre 2017 > USA

L’élection de Trump : le point de ralliement de l’extrême droite

5 octobre 2017 Convergences Monde

Aux États-Unis, l’élection de Trump à conduit des millions de personnes à manifester contre sa politique. Parmi celles-ci, des milliers se sont politisés. Mais la politisation ne se fait pas que du côté des opposants à Trump. La campagne de Trump, ainsi que sa tournée de meetings post-électorale, a enhardi les éléments les plus réactionnaires de la société et l’extrême droite. Cette dernière est sortie de l’ombre, en organisant des rassemblements et des actions violentes, afin de recruter et de construire ses organisations.

L’extrême droite américaine, une vieille histoire

Une vieille histoire qui a connu plusieurs phases. Durant la période de la Reconstruction qui a suivi la fin de la guerre de Sécession, après 1865, le Ku Klux Klan (KKK) s’est développé dans le Sud des États-Unis. Son rôle était de réaliser des attentats barbares afin d’empêcher l’union des esclaves libérés et des blancs pauvres. Durant l’entre-deux-guerres, en réaction aux luttes ouvrières, de tels groupes nationalistes, racistes ou fascistes s’en sont pris aux travailleurs. Les années 1950 et 1960 virent une nouvelle croissance du KKK qui tentait de défaire le Mouvement des droits civiques.

Plus récemment, l’extrême droite s’est faite plus active durant la présidence de George W. Bush. Les mouvements anti-guerre furent la nouvelle cible d’éléments de l’extrême droite. De nombreuses personnes à la mentalité nationaliste ont rejoint l’armée, qui continue non seulement d’attirer mais aussi de fabriquer des militants d’extrême droite. À cette époque, ce courant a pris pour cible dans les universités les militants et les professeurs de gauche, en les menaçant physiquement ou en poussant à leur licenciement. Profitant de la crise économique de 2008, ainsi que de l’élection du premier président noir des États-Unis, l’extrême droite a pu recruter en stigmatisant l’image de Barack Obama.

L’un des leurs à la Maison-Blanche

L’élection de Trump a changé la donne. Son racisme décomplexé, sa misogynie, ses préjugés contre les homosexuels, voire contre les handicapés, couplés aux appels nationalistes à rapatrier les emplois délocalisés ainsi qu’à construire un mur pour empêcher l’immigration n’ont pas seulement attiré l’extrême droite, mais aussi de nombreux travailleurs blancs qui se sont sentis abandonnés pendant des années.

L’extrême droite considère Trump comme l’un des siens. Durant la campagne, des néo-nazis notoires et des leaders du KKK ont ouvertement soutenu Trump, ce dernier refusant de s’en démarquer, multipliant même les clins d’œil de ce côté. Des milliardaires et des groupes médiatiques d’extrême droite font partie des principaux soutiens de sa campagne. Régulièrement, de petits groupes ouvertement fascistes font le coup de poing contre les opposants aux meetings de Trump.

L’un des principaux groupes médiatiques d’extrême droite est Breitbart News Network. Breitbart est dirigé par l’idéologue d’extrême droite Steve Bannon, qui a mené les derniers mois de la campagne de Trump pour finalement intégrer son cabinet, aux côtés de deux rédacteurs majeurs de Breitbart. Ils n’ont quitté le cabinet de Trump que récemment, Bannon retrouvant la direction de Breitbart. Le principal bailleur de fonds de Breitbart, qui a aussi financé la campagne de Trump, est la famille de milliardaires d’extrême droite de Robert Mercer. Depuis l’élection de Trump, Breitbart est sorti de la marginalité et a trouvé une audience nationale.

L’administration Trump n’a pas fait qu’intégrer Steve Bannon. Le Ministre de la Justice Jeff Sessions est un raciste notoire, sa carrière d’avocat et de juge dans le sud des États-Unis en atteste. Il a soutenu des pratiques policières explicitement racistes, refusé de dénoncer le KKK, et désormais fait de ses vues anti-immigrés et anti-musulmans la politique nationale. D’autres membres de l’administration Trump sont connus pour leurs vues racistes et nationalistes extrêmes.

L’administration Trump a aussi pris pour cible, voire criminalisé, ceux qui ne partagent pas ses opinions. Par exemple, cette administration est pleine de climato-sceptiques, qui tentent d’en finir avec les réglementations environnementales. Des services entiers consacrés à la recherche sur l’environnement ont été fermés, ceux qui se sont opposés à ces fermetures ont été licenciés ou mutés d’office. Durant ses meetings, Trump encourage ses supporters à s’en prendre physiquement aux opposants sur place. Jeff Sessions a demandé à ce que Black Lives Matter soit qualifié d’organisation terroriste. Trump a encouragé la police aux pratiques racistes et à être plus agressive. Les amendes et les peines de prison longues s’abattent sur des militants, et de nouvelles lois tentent d’interdire diverses formes de manifestation, comme celles qui bloquent la circulation automobile.

Un signe encourageant pour l’extrême droite et les fascistes

Le racisme, le nationalisme et la répression de l’administration Trump ont constitué un encouragement pour les idées les plus réactionnaires et les groupes fascistes. Cela est apparu très clairement à la suite de la manifestation « Unite the Right » à Charlottesville (Virginie), où des centaines de militants d’extrême droite se sont rassemblés, et qui s’est terminée par un attentat à la voiture-bélier sur les contre-manifestants, faisant un mort et 19 blessés. Trump s’est refusé à condamner sans ambiguïté l’attentat et la manifestation, répétant que les responsabilités étaient des deux côtés et qu’il y avait beaucoup de « gens biens » parmi les manifestants d’extrême droite. Ni le contrecoup médiatique, ni les quelques condamnations de membres du Parti républicain ne l’ont fait revenir sur sa position. Son coup suivant fut de gracier et de faire libérer le shérif raciste Joe Arpaio, de l’Arizona, condamné plusieurs fois pour son zèle à arrêter et inculper les membres des minorités. Un clin d’œil de plus à l’extrême droite.

Un message reçu cinq sur cinq. Depuis le 11 septembre 2001, le nombre d’actions violentes de l’extrême droite a augmenté pour atteindre 300 actes par an en moyenne. De 2006 à 2016, 275 personnes ont été assassinées par l’extrême droite. Mais depuis l’élection de Trump, ces actes sont plus nombreux et reçoivent beaucoup plus d’attention médiatique.

Dans ce climat, l’extrême droite intensifie ses efforts de recrutement et accroît sa visibilité médiatique et sur les réseaux sociaux, notamment en organisant des rassemblements. Ils se cachent derrière la liberté d’expression, accusant ceux qui s’opposent à eux de s’opposer à cette liberté. Ils menacent aussi de plus en plus hardiment les militants et groupes de gauche qui s’opposent à eux.

Cela dit, ces groupes d’extrême droite ne représentent que quelques milliers, peut-être quelques dizaines de milliers de personnes. Ils ne jouent qu’un rôle très marginal dans la vie sociale. Mais leur présence médiatique leur donne les moyens de toucher plus de gens et ils pourraient s’enraciner.

San Francisco, 15 septembre 2017, Ken BUTLER

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