Initiés ou pas : délit de capitalisme
19 juin 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Alors que le dirigeant d’EADS Noël Forgeard vendait en mars une part de ses actions en faisant 2,5 millions de plus-value, de gros actionnaires comme Lagardère se débarrassaient en avril d’un gros paquet, passant leur participation de 15 % à 7,5 %, et Daimler Chrysler, l’actionnaire principal, passait de 30 % à 22,5 %. L’Etat français restait lui à 15 %. Après l’annonce de retards de livraison de l’A380 et en conséquence de paiement d’indemnités aux compagnies ayant passé commande, ce qui devrait diminuer les bénéfices à venir d’EADS, le prix des actions perdait 26,32 % la semaine dernière.
Dans ce casino des jeux boursiers où s’envolent des milliards, c’est aux travailleurs qu’on veut présenter la note. Arnaud Lagardère annonce que le conseil d’administration va « répondre tant sur le plan industriel qu’humain ». On sait ce que ça signifie. Déjà les patrons d’EADS avaient annoncé la fermeture la Sogerma de Mérignac mettant en jeu l’emploi de 1000 salariés. Une opération qui induit des milliers d’autres licenciements parmi les sous-traitants et pèsera lourd localement. EADS n’est pas pour autant sur le sable. Son chiffre d’affaires de 2005 était en hausse de 10 %, son bénéfice de 39 %, avec + 20 % pour Airbus ! Et avant de dégringoler, le prix des actions grimpait à chaque annonce des commandes d’Airbus.
Sommés de se justifier de délits d’initiés après la chute brutale du prix de l’action, les deux principaux dirigeants d’EADS ont fait leurs confidences. Arnaud Lagardère a ainsi déclaré à la presse « J’ai le choix de passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J’assume cette deuxième version ». Il est vrai qu’il vaut mieux jouer au c... que de risquer de tomber sous le coup des lois. Noël Forgeard reprend le même son de cloche « Nous n’étions pas au courant, ni les actionnaires ni les dirigeants d’EADS ».
Tiens donc ! Il n’y aurait donc plus de pilote à bord chez EADS ? Difficile à croire. Dans les usines de production, des salariés témoignent : il était évident que les délais ne seraient pas tenus. L’encadrement ne pouvait pas ne pas le savoir. Alors, si, en haut lieu, la direction d’EADS a fait mine de l’ignorer, cela ressortait plus sûrement d’un choix, qui pouvait rapporter aux plus importants actionnaires.
C’est toute l’économie qui fonctionne au gré de la bourse, imposant licenciements et restructurations au rythme des profits des actionnaires et des dirigeants. Que ce soit par le biais de stocks-options ou par d’autres moyens, les patrons s’enrichissent au détriment de ceux qui produisent. Le Parisien du 17 juin rappelle les dix plus hauts revenus en France : Pour 2004 cela va du patron de l’Oréal avec 22 630 000 € (soit plus de 1570 fois le SMIC !), à 7 012 000 € au patron de Lagardère, en passant par 13 270 000 € pour le patron de Vinci. On est loin du SMIC à 1 500 € pour 2012, « en brut mais pas en net », que nous promettent les socialistes, s’ils parviennent au gouvernement en 2007...
Les profiteurs ont tout le soutien de l’Etat. Prenant parti pour les dirigeants d’EADS dans l’accusation de délits d’initiés, Chirac a déclaré qu’il « faisait toute confiance » à Airbus. Et pas seulement en paroles ! Combien de subventions ont été versées non seulement par l’Etat français, mais aussi par les Etats allemand, espagnol et britannique, au constructeur Airbus ?
Le plus gros est qu’après avoir arrosé de subventions les patrons licencieurs, l’Etat prétend devoir diminuer ses dépenses. En France, le gouvernement annonce la suppression 15.000 emplois de fonctionnaires, dont la moitié dans l’enseignement : autant de chômeurs en plus, et de services publics en moins !
Pour trouver de l’argent, c’est dans les grandes fortunes qu’il faut taper. Si l’Etat doit économiser, c’est sur les aides au patronat et sur les dégrèvements d’impôts aux plus riches. Ni la gauche ni la droite n’ont la moindre intention de s’attaquer au système et c’est pourtant la seule solution.
Ce qui reste à l’ordre du jour, comme lors de la grève générale de juin 1936 que l’on commémore actuellement, c’est de mener, tous ensemble, la lutte contre le patronat et l’Etat.


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