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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 82, juillet-août 2012

Grèce : L’austérité à l’européenne, tu l’aimes ou tu la quittes ?

Mis en ligne le 3 juillet 2012 Convergences Monde

C’est avec un grand ouf de soulagement que les bien-pensants de toute l’Europe ont accueilli la – courte – victoire de la Nouvelle démocratie (ND), le parti de la droite conservatrice grecque, aux élections législatives du 17 juin. Aux élections précédentes, le 6 mai dernier, les partis de l’austérité, Nouvelle démocratie (droite) et le Pasok (socialistes), n’avaient pas trouvé une majorité de députés suffisante pour constituer un gouvernement de coalition favorable au mémorandum, train de mesures d’austérité dicté par la Troïka (Union Européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

Alors on a fait revoter le peuple, pour qu’il vote « bien » la seconde fois ! Mais la crainte des bourgeois de toute l’Europe était de voir arriver en tête le parti de la gauche radicale, Syriza, qui a mené campagne contre les mesures d’austérité imposées aux travailleurs grecs depuis maintenant deux ans et demi. Et les dirigeants de la Troïka n’y sont pas allés de main morte, multipliant les déclarations pour signifier aux Grecs que leur choix se limitait à respecter les accords ou quitter l’Union Européenne.

Mais il n’y a probablement qu’en football que l’Allemagne peut faire sortir la Grèce de l’Euro ! Finalement, la ND est arrivée en tête des élections avec 30 % des voix, ce qui lui vaut l’octroi de 50 sièges en plus des 79 obtenus à la proportionnelle. Syriza arrive en seconde position, pas bien loin derrière, avec 27 % des voix et 71 sièges. Le Pasok ne se relève toujours pas d’avoir orchestré l’austérité lors des précédents gouvernements et n’obtient que 12 % des voix et 33 sièges. Cela est suffisant toutefois pour former un gouvernement de coalition avec la Nouvelle Démocratie et la Gauche démocratique (centre gauche) qui obtient 17 députés.

Syriza, l’espoir pour les travailleurs ?

La coalition Syriza est battue donc, mais sa progression électorale n’en reste pas moins spectaculaire, passant de 4,6 % en 2009 à 17 % en mai 2012 puis 27 % en juin.

En effet, depuis deux ans et demi maintenant, le couperet s’abat sans relâche sur le monde du travail pour lui faire payer la crise. En moyenne, les salaires ont baissé de 25 % en 2011 et d’un tiers depuis le début de la cure de rigueur. Nombreux sont les fonctionnaires, employés d’hôpitaux ou ouvriers de l’industrie qui ne sont même plus payés depuis des mois. Le chômage n’en finit plus d’augmenter atteignant 22,6 %. Les impôts sont de plus en plus lourds à supporter : tous les revenus supérieurs à 5 000 euros par an sont imposables ! S’acheter un médicament devient un luxe depuis que la sécurité sociale ne rembourse plus le tiers payant. Et, comme si ça ne suffisait pas, journaux, patrons et politiques s’acharnent à faire endosser aux Grecs (sans distinction de classe !) la responsabilité de l’endettement du pays. Les qualificatifs n’ont pas manqué : voyous, fraudeurs, voleurs, fainéants. La pression a été si forte que les scènes de suicides font désormais partie du quotidien. Quant aux vrais fraudeurs et pilleurs des caisses de l’État, armateurs et église orthodoxe entre autres, ils n’ont guère été inquiétés par le mémorandum. Rien d’étonnant, dans ce contexte, à ce que le parti Syriza soit devenu une figure symbolique, le flambeau du front du refus de l’austérité, et ait suscité l’espoir de millions de travailleurs de voir enfin le bout du tunnel. Dans tous les quartiers populaires, Syriza est arrivée en tête, ravissant même la place au parti communiste grec, le KKE, dans les quartiers ouvriers où traditionnellement il faisait ses meilleurs scores. Le KKE n’obtient d’ailleurs finalement que 4,5 % des voix au lieu de 8,5 % en mai.

Ou la canalisation de la colère populaire vers les urnes ?

Pourtant, aussitôt les élections terminées, et malgré ce succès, le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, a tenu à rassurer : « Je n’appellerai pas nos supporteurs à protester dans la rue contre les mesures d’austérité ». Car, pour apparaître aux yeux de la bourgeoisie grecque et des dirigeants de la Troïka comme une force politique responsable, prête à gouverner, Syriza n’a eu de cesse d’infléchir sa politique entre les deux élections. Et si Syriza se retrouvait vraiment en position de gouverner, ce qui était donné comme possible ? Il fallait pour ceux qui dirigent Syriza clairement annoncer la couleur, canaliser la colère populaire contre l’austérité, la détourner du terrain des luttes afin de la ramener sur un terrain exclusivement électoral et parlementaire ? Et donc très exactement le contraire de ce qui serait nécessaire, à savoir renforcer le camp des luttes. Or, depuis des mois, force est de constater que c’est bien l’effet inverse qu’ont eu les campagnes électorales permanentes : la dernière grosse journée d’action date de février et les mouvements sectoriels semblent se faire plus épars depuis mars.

On prend les mêmes et on recommence

Les travailleurs grecs devront pourtant inverser la tendance s’ils ne veulent pas subir le déferlement d’attaques de la nouvelle coalition. Car, même si la Nouvelle Démocratie a annoncé pendant la campagne vouloir renégocier certaines clauses du mémorandum, le gouvernement allemand a d’ores et déjà décrété qu’il n’y aurait de négociable que les « délais ». De toute façon, la Nouvelle Démocratie, dont le ton s’est encore durci et droitisé, comme le Pasok, ont signé un agrément assurant la poursuite de l’austérité en vue d’économiser entre 11 et 14 milliards d’euros en 2013 et 2014. Aux travailleurs maintenant de contrecarrer ces plans.

23 juin 2012

Arthur KLEIN


Syriza : une organisation respectueuse du capitalisme

Depuis le 6 mai et son entrée dans la cour des négociations avec la Nouvelle Démocratie et le Pasok en vue de former un gouvernement de coalition, Syriza a infléchi son discours politique. C’est peut-être ce qui explique que d’anciens hauts dirigeants du Pasok aient quitté ce dernier pour rejoindre Syriza.

Florilège des principales concessions de Syriza  :

  • Plus question d’annuler le mémorandum qui fixe les mesures d’austérité. Seulement de renégocier un plan économique avec les créanciers et l’Union Européenne dont on sait qu’elle est pourtant peu encline à toute négociation favorable aux classes populaires.
  • La nationalisation des banques (pourtant sans mention d’un contrôle des travailleurs) s’est muée en « contrôle public », notamment grâce à leur recapitalisation sur fonds publics. Syriza proposerait donc finalement que les banques grecques, déjà gavées d’aides financières à hauteur de 200 milliards, se gavent un peu plus ?
  • Annuler la dette ? Il n’en est plus question non plus ! Place à une négociation avec les créanciers pour obtenir un effacement de la plus grande partie de la dette puis, si les négociations n’aboutissent pas, à un moratoire avec remboursement de la dette… une fois que le pays retrouverait de la croissance ! Syriza renvoie l’annulation de la dette... aux calendes grecques !
  • Syriza ne promet plus d’annuler toutes les mesures d’austérité mais seulement de rétablir les salaires au niveau où ils étaient avant février 2012… c’est-à-dire au terme des deux premières années d’austérité qui ont amené le salaire minimum à 751 euros.

A.K


Montée de l’extrême droite et durcissement de la droite

L’absence de luttes collectives marquantes entre les élections du 6 mai et celles du 17 juin a laissé le champ libre au parti de l’extrême droite l’Aube dorée. Celui-ci a non seulement réalisé dans les deux cas le score non négligeable de 7 %, mais, surtout, ses militants se sont illustrés par des attaques musclées, et à répétition, contre des travailleurs immigrés et des militants d’extrême gauche. Ainsi, un groupe de vingt militants a passé à tabac six Égyptiens puis a menacé d’organiser des raids dans les hôpitaux afin d’en chasser les immigrés. D’autres s’en sont pris à un chef de cuisine albanais, à un militant du Parti communiste grec, propriétaire d’un petit kiosque, ou encore à un conseiller municipal Syriza de la ville du Pirée. Ces pratiques de nervis fascistes se répandent de plus en plus, y compris au sein de la police qui cible les immigrés, notamment dans la ville portuaire de Patras. D’autant que 50 % des effectifs de la police, selon des sondages, auraient voté pour l’Aube dorée.

Dans ce contexte, la Nouvelle Démocratie, qui a vu ses rangs se gonfler de cadres dirigeants d’un autre parti d’extrême droite, le Laos, mène une campagne de surenchère anti-immigrés. Elle propose la mise en place d’une ceinture de barbelés et de caméras au nord de la Grèce, à la frontière turque, l’expulsion de tous les détenus étrangers et l’ouverture de nouveaux établissements pénitentiaires. Le chef de la Nouvelle Démocratie du Nord de la Grèce, Panagiotis Psomiadis, a même affirmé que l’Aube dorée était une sœur de la Nouvelle Démocratie.

Seul un mouvement puissant des travailleurs grecs et immigrés, unis dans la lutte contre l’austérité, pourra empêcher l’essor de ces chemises brunes.

A. K.


L’Europe tu l’aimes ou tu la quittes, version Hollande

Extraits du discours de Hollande lors d’une interview à la télévision grecque, à quatre jours des élections, appel implicite à voter pour Nouvelle Démocratie :

« L’abandon pur et simple du mémorandum serait regardé par beaucoup de participants de la zone euro comme une rupture (…) nous devons aussi avoir des garanties pour que les banques puissent être préservées et financées. (…) C’est ce que doivent comprendre les Grecs aussi. (…) Je veux préserver la zone euro… [et les pays qui y sont] doivent pouvoir (y) rester, à condition de le vouloir et de le décider. C’est ce que vont faire les Grecs le 17 juin ».

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