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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 25, janvier-février 2003 > DOSSIER : Les retraites en question : faux problèmes, vraies (...)

DOSSIER : Les retraites en question : faux problèmes, vraies arnaques

Gouvernement et Medef sur le sentier de la réforme

Mis en ligne le 19 janvier 2003 Convergences Politique

Chaque jour, ministres et dirigeants patronaux nous assènent leurs petites phrases visant à préparer le terrain de ce qu’ils appellent la « réforme » des retraites. Ainsi Raffarin s’est prononcé pour l’alignement de la durée de cotisation dans le public, pour l’obtention d’une retraite à taux plein, sur les 40 annuités du privé. Son ministre des affaires sociales, Fillon, lui, a évoqué la possibilité de 42 annuités pour tous. Au Medef, on se dit favorable à un allongement encore plus brutal de la durée de cotisation et son vice-président, Guillaume Sarkozy, a même avancé des chiffres inquiétants : « Toutes les études montrent que, s’il n’y a pas 6 ou 7 ans d’augmentation de la durée de cotisation, le système va exploser ». Sous le prétexte de « sauver » les retraites, gouvernement et patronat, d’une même voix, annoncent explicitement leur intention : allonger la durée de cotisation pour tous.

Le public, première cible du gouvernement

Dans l’immédiat, la cible prioritaire de l’offensive, ce sont les retraites des fonctionnaires et les régimes spéciaux : les fonctionnaires seraient d’affreux privilégiés et ce ne serait que justice d’aligner leur nombre d’années de cotisation sur celui des salariés du privé. Drôle d’équité que celle qui consiste à égaliser par le bas ! L’équité, ne serait-ce pas plutôt un retour de tous aux 37,5 années de cotisation ?

Le gouvernement espère bien grâce à cette propagande assimilant les fonctionnaires à des nantis avoir l’assentiment d’une majorité de la population pour pouvoir s’atteler au démantèlement des retraites du public et finir ensuite ce qu’avait commencé Balladur en 1993 en s’attaquant aux retraites du privé. Mais on se souvient de la tentative de Juppé en 1995, abandonnée à la suite de la grève des cheminots et d’autres du service public, soutenue d’ailleurs par une grande majorité des salariés du privé. Fort de cette expérience, le gouvernement Raffarin revient à la charge mais en changeant de méthode : il n’est pas question d’attaquer de front l’ensemble des régimes spéciaux comme l’avait fait Juppé et risquer à nouveau une réaction d’envergure. Les maîtres mots de Raffarin sont le temps et la concertation (car «  à chaque fois qu’on a bousculé le dialogue, on a eu à s’en mordre les doigts »), temps au terme duquel il soumettra un projet de loi au parlement au printemps 2003, concertation qu’il envisage comme « approfondie avec l’ensemble des partenaires sociaux », qui pourront « exprimer leurs souhaits ». En clair, tout en fixant clairement une échéance, il s’agit de faire participer les directions syndicales aux futures décisions forcément impopulaires.

En attendant la tactique de Raffarin consiste à morceler, échelonner les attaques afin de diviser, neutraliser les éventuelles ripostes. Ainsi il a commencé par annoncer la suppression progressive du « congé de fin d’activité » (CFA) de la fonction publique. Ce dispositif permettait aux fonctionnaires ayant cotisé 37,5 de partir en retraite avant 60 ans. Cette première attaque, passée comme une lettre à la poste, annonce la prochaine, déjà programmée : l’alignement de la durée de cotisation sur celle du privé.

Tout aussi habilement, il joue un régime de retraite contre un autre : ainsi se méfiant de la réactivité des cheminots, le gouvernement a choisi de remettre à plus tard (fin 2003) la réforme du régime de la SNCF et par contre d’engager celle du régime d’EDF-GDF. Mais qui pouvait douter que celle-ci est la porte ouverte au démantèlement des retraites du public, et même au-delà ?

Le Medef lorgne sur l’argent des retraites

Pourtant si le Medef se déclare pour l’allongement de la durée de cotisation, son but n’est pas forcément de garder des travailleurs jusqu’à 65 ou 70 ans. Dans une période de fort taux de chômage, les patrons préfèrent au contraire avoir une main d’œuvre plus jeune, plus robuste et moins payée, et se débarrasser des plus âgés. Ainsi lorsqu’ils parlent d’un départ retardé à la retraite, les patrons ne s’engagent aucunement à ne pas licencier les travailleurs avant l’âge légal de la retraite. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est débourser moins pour les retraites. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Medef ne veut pas entendre parler d’une augmentation des cotisations.

Le patronat n’a cessé ces dernières années de peser sur ce qu’il appelle les coûts salariaux, en réduisant les effectifs, en gelant les salaires, en réclamant toujours plus d’exonérations de cotisations sociales. Il entend bien continuer dans la même voie en s’attaquant maintenant aux retraites. Tant pis si les travailleurs partent avec une pension amputée (ce qui est l’hypothèse la plus plausible si ces projets passent : car qui, dans un contexte où les conditions de travail vont en se dégradant, avec de plus un chômage restant à un niveau élevé, pourrait physiquement continuer à travailler jusqu’à 65 ans ou plus ?) si les entreprises maintiennent ou plutôt grossissent leurs profits !

Les projets du Medef ne qe résument cependant pas à vouloir réduire les coûts salariaux des entreprises et faire reposer le financement des retraites sur le dos des travailleurs. Il lorgne avec envie sur l’argent des retraites qu’il rêve de transformer en capitaux mobiles, gérés par des fonds de pension, à la disposition des entreprises. En dévalorisant les pensions, en repoussant l’âge de la retraite, le patronat veut rendre le système de retraite par répartition insuffisant en lui-même et créer ainsi, en guise de complément, la nécessité d’un système de retraite par capitalisation. Devant la perspective d’une retraite diminuée, les travailleurs n’auraient en effet pas d’autre choix que de souscrire à un de ces fonds. Or si à l’avenir la part de retraite par capitalisation devait augmenter au détriment de la retraite par répartition, ce serait la porte ouverte à une retraite à deux vitesses : ceux qui auraient les moyens d’y souscrire toucheraient une pension à peu près correcte tandis que les autres devraient se satisfaire d’une pension insuffisante pour survivre.

Il est grand temps que les salariés du privé comme du public répondent au plan d’attaque et de conditionnement du gouvernement et du Medef par un plan de défense des retraites. Un plan qui commencerait par refuser que l’argent de nos retraites puisse être mis à la merci des aléas des marchés financiers, mais aussi par réclamer le retour du privé aux 37,5 années de cotisation, l’indexation de toutes les retraites sur l’évolution des salaires ainsi que l’augmentation générale de ceux-ci.

Agathe MALET

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