Aux Antilles comme en métropole, Jospin au service du patronat
1er novembre 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Serait-ce parce que l’aéroport de Fort-de-France était quadrillé par les forces de police que Jospin, mercredi dernier, à peine débarqué d’avion, s’est senti l’assurance de lancer : « j’arrive l’esprit tranquille » ?
La raison d’une telle protection renforcée : des conflits sociaux qui se succèdent depuis plusieurs mois aux Antilles, les manifestations récentes en Martinique et les émeutes du mois précédent en Guadeloupe. En début de semaine, c’était toute l’agglomération de Fort-de-France qui était bloquée par des barrages routiers. Cette action visait à protester contre le licenciement de seize salariés de Toyota en grève pour des augmentations de salaires depuis l’annonce, au mois de mai, d’une augmentation des bénéfices de cette entreprise. Tandis que des travailleurs nombreux avaient débrayé dans différentes entreprises de la Martinique.
En Guadeloupe cette fois, Jospin a accusé le syndicat pro-indépendantiste, l’UGTG, d’être derrière les conflits, voire même de s’arroger « le droit de penser à la place du peuple ». Comme si Jospin et ses pairs n’étaient pas les premiers à parler au nom et à la place du « peuple » ! Il a eu beau disserter sur le fait que noirs, métis, mulâtres, indiens et blancs « doivent vivre tous ensemble dans la République », n’empêche qu’aux Antilles, mieux vaut être né blanc et riche que pauvre et noir… Et ce que Jospin ne dit pas non plus, c’est que derrière le racisme et l’arrogance des patrons « békés », c’est-à-dire des blancs descendants des esclavagistes, qui possèdent les plus importantes entreprises des Antilles, il y a en plus tout le mépris des patrons exploiteurs contre la classe ouvrière.
Jospin s’est employé pendant son séjour à rassurer le patronat inquiet. Celui-ci avait loué des panneaux publicitaires pour afficher : “ la Martinique a-t-elle le droit à l’Etat de droit ? ”. S’agissait-il donc du droit des patrons à licencier des grévistes ? Pour Jospin : « Autant le droit de manifester, de faire grève doivent être respectés, autant on ne doit pas accepter des actions qui débordent le cadre normal de l’action syndicale. Le recours à la violence est un aveu de faiblesse ».
Mais qui utilise la violence ? N’est-ce pas d’abord le patron de Toyota en Martinique qui a fait appel à une milice privée et à des chiens d’attaque contre les grévistes ? Ou encore, cette fois en Guadeloupe, les patrons planteurs de bananes qui ont licencié deux ouvriers après la création par l’un d’eux d’un syndicat ?
Le gouvernement français a eu sans nul doute la « faiblesse » d’utiliser la violence et d’envoyer les gardes mobiles contre les travailleurs, comme il l’a déjà fait de nombreuses fois dans le passé. Et que ceux des patrons antillais qui se croient toujours dans la période esclavagiste se rassurent : ils pourront continuer sans crainte à exploiter « leurs ouvriers ». La compassion du gouvernement pour les travailleurs s’arrête dès que ceux-ci luttent pour changer leur sort.
Pour prouver sa bonne disposition à l’égard du patronat antillais, Jospin n’était d’ailleurs pas venu les mains vides. Il a appuyé ses dénonciations des actions grévistes d’un “ plan d’urgence ” de 120 millions de francs comprenant des aides aux planteurs de bananes et de nouvelles baisses de charges pour les entreprises. On connaît la chanson. Ces subventions iront grossir les profits du patronat qui continuera de toute façon à supprimer des emplois. Et, alors que le chômage touche 30 % de la population aux Antilles, le gouvernement continuera lui aussi à réduire les effectifs dans les services publics et à ne recruter que des emplois-jeunes et autres contrats précaires.
Les travailleurs antillais ont raison de se révolter. Aux Antilles comme ici, face aux licenciements et aux réductions d’effectifs, face aux attaques sur les retraites, à la flexibilité et à la dégradation des conditions de travail découlant de la loi Aubry, ou encore face au blocage – voire la baisse – des salaires, c’est tous ensemble que militants syndicaux, politiques, ou simples travailleurs, il nous faut préparer une riposte à la mesure des attaques du patronat et du gouvernement Jospin à son service.

