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Dans l’industrie automobile, une journée de mobilisation qui en appelle d’autres

(Photo : Rassemblement devant l’usine Renault du Mans le 6 mai)

Jeudi 6 mai, une mobilisation des salariés de l’automobile a donné lieu à 2 rassemblements, devant les usines PSA de Douvrin (Nord) et de Renault au Mans. Une mobilisation modeste et très « syndicale », mais qui a été l’occasion de se retrouver pour les équipes militantes qui veulent s’opposer à l’offensive patronale alors que des luttes se multiplient ces dernières semaines.

Renault, PSA, sous-traitants : même combat contre la casse sociale

Les attaques pleuvent sur les salariés dans le secteur automobile, où les constructeurs Renault et PSA-Stellantis ont pris le prétexte de la transition vers les véhicules électriques pour restructurer leur appareil productif en taillant dans les effectifs, en fermant des sites et en liquidant des sous-traitants. Qu’ils soient Renault, PSA, prestataires, intérimaires ou travaillent chez les nombreux sous-traitants, tous les salariés sont concernés par cette saignée, tant dans les usines que dans la R&D.

Dans ce contexte, la journée de mobilisation « centrale » appélée notamment par la CGT (Fédération Métallurgie, CGT PSA et Coordination CGT Renault) est certes juste, mais tardive et d’ambition modeste. C’est notamment le cas chez Renault. Alors que les salariés de la Fonderie de Bretagne sont actuellement en grève contre la vente de leur usine par le constructeur, que l’ingénierie était mobilisée début avril en Île-de-France et que des salariés se sont très récemment mis en grève chez les sous-traitants, que ce soit ceux de MBF dans le Jura ou ceux de la SAM dans l’Aveyron… le rassemblement devant l’usine du Mans n’était pas de nature à amplifier et surtout coordonner ces luttes, même si de nombreuses délégations avaient fait le déplacement, à l’instar de celle Fonderies du Poitou, des usines de Flins et de Cléon… Au total, 300 personnes ont participé au rassemblement devant l’usine, que la direction avait pris soin de vider en mettant les salariés en chômage partiel pour éviter qu’ils ne se joignent à la manifestation.

À Douvrin, la direction de PSA avait eu recours à la même stratégie de « lock-out » (preuve que les patrons ne manquent pas d’imagination quand il s’agit d’utiliser l’argent public que l’État leur offre sous prétexte de crise sanitaire !). Malgré tout, il y avait presque autant de monde qu’au Mans, dont plusieurs dizaines de salariés de l’usine, accompagnés de nombreuses délégations CGT des sites PSA, mais aussi d’usines nordiques Toyota et Renault.

Alors que la direction de PSA a annoncé que la nouvelle génération de moteurs produits dans cette usine serait fabriquée en Hongrie, Bruno Le Maire et les élus locaux avaient joué sur la corde du « Made in France »… pour justifier de nouvelles subventions aux patrons. Des cadeaux aux patrons et plus de compétitivité, en échange d’une soi-disant « relocalisation » de la production. Mais comme il l’a été dit devant l’usine de Douvrin, « relocalisation » ne veut pas dire maintien ou création d’emplois : quand PSA a retiré à l’usine Opel de Vienne-Aspern en Autriche la fabrication de boîtes de vitesse pour les faire produire à Valenciennes, il n’y a pas eu une seule embauche sur place, seulement une surcharge de travail pour les ouvriers. Autre exemple récent : l’Opel Mokka a été délocalisée de l’Espagne à l’usine de Poissy, où les suppressions de postes continuent tandis que les cadences deviennent infernales. La preuve que le Made in France n’est pas une perspective pour les travailleurs. Que ce soit à l’échelle de l’Europe ou du monde, la mise en concurrence des salariés est l’arme des patrons, pour imposer des reculs sous prétexte de « compétitivité ».

Comment passer à l’offensive ?

Quelles étapes envisager au lendemain de ces deux rassemblements ? La CGT Métallurgie et la Coordination CGT Renault s’acharnent à proposer aux patrons et à l’État un « projet industriel », censé relancer le secteur automobile en France. Une proposition dont les constructeurs n’ont évidemment que faire. Leurs plans industriels, Renault et PSA-Stellantis les ont déjà préparés dans la perspective de la transition vers l’électrique… et ont précisément commencé à les appliquer, en supprimant des milliers de postes. Ce n’est que la pression des salariés qui les fera bouger, pas l’interpellation polie par les directions syndicales, au nom de la « cohérence de la filière automobile » ou de la défense de l’industrie française (et tant pis pour les quelque 10 000 salariés Renault ailleurs le monde dont le poste va être supprimé…).

Chez les constructeurs comme chez les sous-traitants, il y a plutôt urgence à passer l’offensive. Certes les réactions sont modestes pour l’instant sur de nombreux sites : le contexte de la crise sanitaire et le chômage partiel qui va avec n’aident pas à se mobiliser. Cependant, des luttes, il y en a. Les grèves à MBF, à la SAM ou à la Fonderie de Bretagne montrent qu’isolés boîte par boîte, les salariés sont plus faibles face aux patrons. Notamment quand les constructeurs liquident les sous-traitants et que les salariés en sont réduits à se battre pour des commandes ou un « repreneur »… en échange de contreparties, comme à la SAM, où après 23 jours de lutte les grévistes ont obtenu des promesses de la part des donneurs d’ordres et quelques garanties, à condition d’accepter 100 suppressions de postes sur les 350 actuels ainsi qu’une nouvelle floppée de subventions.

Au lendemain de ces rassemblements, l’heure serait à la coordination de ceux qui veulent riposter pour sauver les emplois. En premier lieu les travailleurs de la Fonderie de Bretagne, de MBF et de tous ceux qui ne veulent pas rester l’arme au pied. Ceux de MBF ont d’ailleurs ont engagé un « tour de France » pour populariser leur mouvement. Une initiative qui mériterait d’être poursuivie pour renforcer les liens entre les sites et prévoir ensemble les prochaines étapes de la riposte. Car des mobilisations collectives, il en faudra au plus vite pour s’opposer clairement aux suppressions de postes qui condamnent les salariés au chômage.

Pas en défendant le Made in France, mais en partageant le travail entre tous, en France comme ailleurs, sans baisse de salaire et sans aucun emploi supprimé. Pour cela, il faut prendre sur les profits des grands groupes, au premier rang desquels les constructeurs. Pas question que les travailleurs payent le prix des restructurations des capitalistes. Oui, il faut remettre en cause le pouvoir des patrons qui liquident « leurs » sites et « leurs » salariés, avec le soutien de l’État. Cela nécessite un certain rapport de force. Alors pour les faire reculer, il faut passer à la vitesse supérieure !

Correspondants

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