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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 145, mai 2022 > Dans les entreprises

Projet de scission de Renault : la Bourse ou la vie ?

Les dirigeants de Renault ont récemment officialisé leur projet de scission du groupe en plusieurs entités, l’une centrée sur les véhicules électriques baptisée « Ampère » et l’autre sur les véhicules à moteur thermique ou hybride qui a hérité du nom de « Horse » (pour « cheval », une référence au cheval-vapeur). Une division de plus entre les salariés… et de nouvelles attaques en perspective.

Électrique : le pire Ampère

Cette division est en partie un ravalement de façade qui vise à appâter les « marchés financiers » dans l’espoir d’attirer des milliards de capitaux « frais » pour leur nouvelle entreprise dédiée à l’électrique, sur le modèle de Tesla qui a levé des fonds gigantesques en se présentant comme l’entreprise automobile du futur. Mais derrière ces manœuvres capitalistes, il y a aussi la volonté patronale de durcir l’exploitation des travailleurs dans le cadre de la vaste restructuration du secteur automobile qui est en cours.

Mettre à part l’entité « électrique » permettrait au constructeur de remettre à plat l’ensemble des droits sociaux des salariés concernés. Temps de travail, rémunération, congés, mutuelle, etc. : tout serait soumis à « négociation » avec les organisations syndicales – en premier lieu les bureaucraties syndicales plus promptes à palabrer avec les patrons qu’à organiser le rapport de force.

C’est ce qu’a déjà esquissé Renault en juin 2021 en fusionnant trois sites du nord de la France (Ruitz, Maubeuge et Douai) dans une filiale créée à cet effet subtilement nommé « ElectriCity », dans laquelle ont été transférés l’ensemble des salariés des sites. L’accord signé avec la bénédiction de tous les syndicats (CGT et Sud compris), prévoit le transfert des salariés de Renault à cette nouvelle entreprise avec maintien de leur rémunération, mais les salariés nouvellement embauchés (depuis 2022) sont eux embauchés à des conditions moins avantageuses !

Une sorte de « clause du grand-père » [1] qui accroît encore un peu plus la division entre salariés. C’est une étape de plus dans la stratégie développée depuis longtemps par le patronat. Notamment dans ce secteur où le recours à des salariés prestataires a explosé dans l’ingénierie [2], tandis que les intérimaires sont majoritaires sur les chaînes de production dans les usines. Mais cette division des salariés entre anciens et nouveaux n’était qu’une étape : Renault veut aller plus loin en répartissant ses effectifs en deux entités distinctes… et en renégociant l’ensemble des conditions de travail, avec un rapport de force dégradé pour les salariés.

L’objectif patronal est clair : détruire les droits sociaux sous la menace, puisque le salarié qui refuserait d’être transféré serait automatiquement licencié. La voiture électrique est peut-être le véhicule du futur mais pour les droits des salariés, la marche arrière est engagée.

Horse : restructuration au grand galop

Quant aux travailleurs qui basculeraient dans la partie « thermique », leur sort serait encore plus incertain : le nom de code interne de la nouvelle entité (Horse, pour « cheval ») montre que pour les dirigeants de Renault elle a plus de passé que d’avenir. Par le même mécanisme que pour la partie « électrique », les travailleurs verraient ainsi leurs droits sociaux remis en cause. Mais c’est l’avenir de leur emploi qui est menacé avec la fin annoncée en 2035 de la production des moteurs thermiques et hybrides à l’échelle de l’UE. Ce sont les emplois de milliers de travailleurs qui sont menacés, chez Renault comme chez les sous-traitants.

Au lieu de reconvertir tous les salariés travaillant actuellement sur les voitures à moteur thermique vers les voitures électriques, Renault les sépare et poursuit sa politique de casse de l’emploi, en France mais aussi dans d’autres pays (les deux tiers des 15 000 suppressions de postes prévues par le plan d’économie du groupe de 2020 ont été réalisées à l’étranger). Dernière trouvaille de la direction de Renault : user de cette scission du groupe pour diviser les travailleurs à l’échelle internationale. Face à la grogne montant dans l’ingénierie, la direction a récemment promis que les sites français seraient quasiment tous intégrés à l’entité « Ampère », tandis que « Horse » concernerait essentiellement les sites étrangers (notamment en Espagne et en Roumanie, mais aussi usines de production en Argentine, en Turquie, au Brésil…). Manière de « rassurer » les salariés en France aux dépens de leurs collègues étrangers ! La direction de Renault a peut-être raté le coche du tournant vers l’électrique, mais pour ce qui est du nationalisme franchouillard, elle est dans la tendance !

Des directions syndicales au garde-à-vous devant les patrons

Les partisans habituels du « dialogue social » comme FO ou la CFDT font ouvertement la pub des plans de la direction, tandis que celles réputées un peu plus combatives comme la CGT et Sud (très minoritaire à l’échelle du groupe) critiquent la casse de l’industrie française, mais ne font rien contre les plans patronaux. La CGT Renault s’est d’ailleurs récemment illustrée en signant un accord d’intéressement particulièrement minable à l’échelle du groupe, malgré l’opposition de nombreux syndicats de sites. Un geste de bonne volonté destiné à la direction, qui n’avait même pas besoin de la CGT pour faire passer cet accord [3].

Certes elle dénonce la scission du groupe en deux entités, mais c’est en vantant le Made in France (directement orienté contre les salariés des sites à l’étranger) ou en revendiquant site par site de nouveaux modèles à développer pour la R&D ou à fabriquer pour les usines. À force de fréquenter la direction, la bureaucratie syndicale finit par imiter sa stratégie de division des salariés ! Rien à voir avec la défense collective des travailleurs contre la casse des conditions de travail et les suppressions de postes.

Les salariés n’ont donc rien à attendre des directions syndicales, engluées dans des années de compromissions ou de fumeux « projets industriels alternatifs » censés faire passer la pilule des attaques patronales. Ils devront compter sur leur propre force et s’imposer sur le devant de la scène par leur mobilisation pour s’opposer à l’appétit vorace des actionnaires. Des mobilisations ont eu lieu l’an dernier dans l’ingénierie Renault et plus récemment chez des sous-traitants comme PEI. Elles restent bien sûr à amplifier, mais montrent la voie à suivre pour résister au bulldozer patronal. Même s’il roule à l’électrique, la lutte des travailleurs peut le faire caler !

Hugo Weil et Lucien Massa


[1 Pour reprendre le nom de cette tactique utilisée par Macron et Philippe en 2019 pour tenter de faire passer leur réforme des retraites en assurant que les salariés actuellement en poste n’en feraient pas les frais.

[2Ils formaient près de la moitié des effectifs sur certains sites, comme celui de Lardy (91), avant d’être massivement mis à la porte à partir de 2020 par leurs entreprises, sur ordre de Renault. En première ligne de la restructuration, les prestataires actifs dans de nombreux domaine comme l’ingénierie, les fonctions support, la maintenance, le nettoyage… ne sont pas restés sans réaction, comme le montre la récente grève des salariés du nettoyage de PEI au Technocentre Renault de Guyancourt (78).

[3La prime d’intéressement proposée par la direction est inférieure aux années précédentes, à tel point que même les syndicats traditionnellement signataires ont critiqué Renault, tout en signant l’accord. Mais la Coordination des syndicats CGT Renault a sauté sur l’occasion pour rompre avec la ligne habituelle, qui consiste à refuser la logique des accords d’intéressement. Malgré l’opposition de nombreux syndicats CGT Renault, elle a signé l’accord à l’échelle du groupe.

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