Contre la loi des patrons, la loi des travailleurs !
9 juillet 2001 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Fabius et Jospin sont aux petits soins pour le patronat. La loi Aubry sur les 35 heures – qui permet d’imposer davantage de flexibilité aux salariés et assure aux patrons des cadeaux sur les charges sociales – devrait être assouplie pour les petites et moyennes entreprises. Le gouvernement veut augmenter le contingent d’heures supplémentaires autorisé et alléger les conditions permettant d’encaisser les abattements de charges sociales. Les travailleurs en tant que contribuables et cotisants à la Sécurité sociale, paieront pour être flexibles.
Les patrons vont aussi être soignés en tant qu’actionnaires. Le plafond du « plan d’épargne en actions », un système qui permet déjà de faire échapper une grande partie des revenus du capital à l’impôt, va être relevé et les détenteurs de titres de propriété des entreprises pourront aussi y loger des actions de sociétés étrangères, lesquelles bénéficieront ainsi également de la générosité de l’Etat français.
Autre cadeau, cette fois aux patrons en tant que dirigeants d’entreprises, les « stocks-options » – ce système qui permet de payer les « plus hauts salaires » en actions, avec une fiscalité allégée et sans charges sociales – vont encore être bonifiées par Jospin-Fabius.
On ne peut pas dire que le gouvernement de la gauche plurielle manque d’imagination quand il s’agit de légiférer au bénéfice des riches. Pour s’opposer aux licenciements, c’est autre chose !
La loi Guigou, même amendée et votée par le Parti Communiste, n’empêchera pas un seul licenciement. Pas plus dans les grandes entreprises qui avaient annoncé des plans avant même la discussion parlementaire, comme LU-Danone, Marks & Spencer, AOM-Air Liberté, Moulinex, Dim et bien d’autres, que dans celles qui l’ont fait depuis. Ni dans toutes les entreprises plus petites, sous-traitantes ou pas, qui licencient, sans plans, et accroissent le contingent des chômeurs de demain. Ni pour freiner les fins de contrats précaires, qui n’en sont pas moins de vrais licenciements, comme dans l’automobile ou la téléphonie mobile.
Les licenciements non seulement n’ont pas été stoppés, mais une nouvelle vague arrive. Il y a quelques jours c’est Alcatel qui annonçait vouloir de débarrasser d’une cinquantaine de ses usines. Tous les salariés concernés ne seront sans doute pas licenciés, certains seront vendus avec l’usine – à laquelle ils sont attachés comme jadis les serfs à la glèbe – et priés d’accepter pour un temps, incertain, des conditions encore plus défavorables, tout en continuant d’engraisser les actionnaires d’Alcatel. Mais l’opération se fera aussi à grands coups de suppressions d’emplois.
Avant même que tous ces licenciements soient comptabilisés, les statistiques annoncent que le chômage officiel repart à la hausse, que la croissance est en panne. Après nous avoir expliqué que c’est quand les entreprises font du profit qu’il faut penser à réduire les effectifs, et que ce n’est pas grave d’être licencié quand l’économie fabrique des nouveaux emplois, on nous avertit maintenant, la croissance n’étant pas celle annoncée, qu’il va falloir accepter de nouveaux licenciements. Expansion ou récession, tout est bon pour justifier de faire payer aux travailleurs les frais de ce système pourri au service du profit.
Il n’y a pourtant pas de fatalité économique, il n’y a que des choix politiques et des rapports de force. Nous ne pouvons en aucun cas compter sur le gouvernement pour interdire les licenciements. Mais la loi que celui-ci n’a pas voulu faire au Parlement, nous pouvons la faire dans les usines et dans la rue.
Le 9 juin il y avait 20 000 manifestants à Paris, c’était un début. Après l’annonce d’Alcatel, Bernard Thibault au nom de la CGT, a parlé de la nécessité d’une riposte d’ensemble à la rentrée contre les licenciements. Mieux vaut tard que jamais, et si on peut regretter que ni la CGT ni aucune des grandes centrales syndicales n’aient cru bon d’appeler le 9 juin, il est encore temps de s’y mettre.
Oui il faut que tous les travailleurs et toutes les organisations de la classe ouvrière, syndicales, politiques, associatives, se retrouvent ensemble pour empêcher les licenciements.

