Après les jeux, les pains
14 août 2012 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La Grande-Bretagne a récolté « suffisamment d’or pour rembourser la dette grecque », plaisantait le maire conservateur de Londres la semaine dernière, pendant les Jeux Olympiques. Mais il faudra d’abord songer à payer la facture salée des festivités : douze milliards d’euros de dépenses publiques qui ont profité aux géants du BTP, aux sponsors et autres publicitaires en tous genres. Et qui s’ajouteront au fardeau de la dette que les gouvernements européens font peser sur les plus pauvres en coupant dans les dépenses publiques. En tout cas dans celles qui n’intéressent pas directement les capitalistes !
Enterrer la crise sous les médailles ?
Passée la torpeur de l’été, la rentrée s’annonce chaude. Retardés volontairement pour ne pas déranger les candidats au trône présidentiel, les licenciements pleuvent. PSA, Air France, Alcatel, Sanofi, Bouygues Telecom, SFR sont les têtes d’affiche d’un drame qui concerne 80 000 travailleuses et travailleurs d’après la CGT. La partie émergée de l’iceberg puisqu’on estime que seulement 10 % des licenciements sont le résultats de plans sociaux. Ce sont donc des centaines de milliers d’emplois qui pourraient être détruits dans les mois qui viennent.
Dans cette hécatombe, personne ne sera épargné. Si par exemple le groupe PSA a annoncé 8 000 suppressions d’emplois, Le Monde estime que les conséquences en cascade chez les sous-traitants pourraient concerner 50 000 travailleurs. Les réductions d’effectifs, sous forme de licenciements secs ou de départs plus ou moins volontaires non remplacés, auront des conséquences même pour ceux qui passeront entre les gouttes. Il faudra faire toujours plus avec moins de moyens. Accélérer les cadences, augmenter la productivité, se serrer la ceinture.
Un poste supprimé, quelle que soit la méthode, c’est un chômeur en plus. Et cette pression du chômage s’exerce sur tout le monde du travail en poussant les plus jeunes comme les plus âgés à accepter la précarité, des salaires qui ne suivent pas le coût de la vie et des conditions de travail dégradées.
Un plan de sauvegarde pour notre classe
Les patrons prennent bien soin de maquiller les licenciements collectifs en « plans de sauvegarde de l’emploi ». Un mot est juste au moins dans l’expression : des plans, ils en font ! Une véritable politique, même, agressive et coordonnée pour sauvegarder leurs profits et nous faire payer la crise dont ils sont responsables.
De son côté, le gouvernement, avec Arnaud Montebourg comme ministre du baratin productif en tête de gondole, parle d’un plan pour « réindustrialiser » la France. En somme, il ne fera rien face à la vague actuelle de licenciements, sinon promettre des lendemains qui chantent aux nouveaux inscrits à Pôle Emploi. Une simple farce, si ce n’était pas le prétexte pour mettre les licencieurs sous perfusion d’argent public.
Quant aux dirigeants des grandes confédérations syndicales, si certains promettent presque à regrets une « rentrée tumultueuse », c’est qu’ils lorgnent surtout sur une nouvelle « conférence sociale » promise par Hollande à l’automne. La deuxième sous le nouveau gouvernement socialiste, enclin à multiplier les « tables rondes », « rounds de négociations » et autres discussions de salon. Tout pour que les comptes ne se règlent pas dans la rue !
Des luttes ne manqueront pas d’éclater dès la rentrée. La question est de savoir si elles seront menées au pied du mur et de manière dispersée, ou si au contraire elles convergeront pour former un mouvement capable d’entraîner une large partie du monde du travail. C’est cette dernière option que les salariés de PSA à Aulnay-sous-Bois ont proposé en juillet lors d’un débrayage pour protester contre la fermeture annoncée du leur usine.
Ils ont raison. Il faut unifier nos forces, non pas seulement par solidarité, mais parce que nous serions alors en mesure d’imposer un véritable plan de sauvegarde pour l’ensemble du monde du travail. Un plan dont les premiers objectifs seraient l’interdiction des licenciements et des suppressions de postes et l’augmentation de 300 euros par mois de tous les salaires et minima sociaux.

