Syrie : un peuple dans l’étau
20 août 2012 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La population syrienne, insurgée contre la dictature d’El Assad depuis 17 mois, continue de payer un lourd tribut. La partie de l’armée et les milices restées fidèles au régime sèment la terreur et bombardent les civils sans discontinuer. Les grandes puissances y vont de leurs larmes de crocodile, conférences et appels au cessez-le-feu, mais le fait est que le massacre de la population syrienne est le cadet de leurs soucis.
Fabius, actuel ministre des affaires étrangères, s’est rendu dans un camp de réfugiés à la frontière turque et a affirmé, avec une émotion de façade, que Bachar El Assad ne « méritait pas d’être sur terre »… Mais en réalité, l’État français tout comme celui des États-Unis, de l’Arabie Saoudite ou de la Russie ne sont préoccupés que d’une chose : rétablir l’ordre en Syrie.
Faut-il pour cela appuyer Assad jusqu’au bout, quoiqu’il en coûte, comme le pensent la Chine et la Russie ? Ou faut-il au contraire lâcher leur allié de trente ans pour le remplacer par un régime plus acceptable par le peuple, mais qui appliquera le même programme avec des méthodes comparables ? C’est cette dernière solution que préconisent à présent les puissances impérialistes occidentales.
Voler la lutte du peuple syrien
Mais certainement pas pour encourager ou appuyer la lutte de la jeunesse pauvre de Syrie contre l’arbitraire policier, contre les inégalités et pour les libertés démocratiques.
Non, il leur faut trouver des forces politiques qui seront en mesure de remplacer le régime musclé du clan Assad dans son rôle de gendarme contre son propre peuple. Ce ne sont pas les candidats à la succession qui manquent : anciens officiers ou ministres d’Assad faisant défection ou bien islamistes sunnites liés aux frères musulmans. Tout ce petit monde tente d’organiser et mener la dite « Armée Syrienne Libre » afin de s’assurer une place au futur gouvernement. On voit le résultat en Egypte et en Tunisie où les régimes dirigés par l’armée et les islamistes serrent la vis, des grèves et des manifestations ont eu lieu dernièrement contre les pouvoirs en place.
Obama, mais aussi Fabius, ont affirmé qu’ils ne fourniraient pas d’armes aux rebelles. Ce serait de la faute des russes et des chinois qui ont voté contre au conseil de sécurité de l’ONU, ou bien des islamistes qui pourraient se les accaparer. Mais tous ces dirigeants s’accordent tacitement sur une chose : plus la population syrienne restera sous les bombes, plus les jeunes combattants révoltés embrigadés par les ex-officiers d’Assad ou par des islamistes s’épuiseront au combat, plus le risque de la révolution s’éloignera.
La peur de la révolution
Car ce risque, ils le mesurent : la population pauvre de Syrie ne manque pas d’alliés potentiels, tout d’abord dans les pays arabes où des débuts de révolutions ont eu lieu et où les revendications politiques et sociales n’ont pas été satisfaites. Parmi ses voisins aussi, au Liban, en Palestine, en Israël où s’étaient déroulées des manifestations contre la vie chère pendant le printemps arabe. Les revendications partagées par la classe ouvrière de tous ces pays sont les mêmes, elles n’ont pas de frontières : le pain, la liberté, le logement, le travail.
Les puissances impérialistes et les régimes locaux comme celui de Bachar El Assad, de l’État d’Israël, du roi de Jordanie ou des ayatollahs iraniens n’ont eu de cesse de dresser des murs entre les peuples, d’attiser des conflits confessionnels ou ethniques. Le pouvoir des Assad a notamment réprimé et ostracisé le combat du peuple palestinien en raison de la trop grande sympathie qu’il rencontrait parmi la population syrienne, de peur que leur révolte ne fasse tache d’huile.
La lutte héroïque du peuple syrien risque fort d’être écrasée sous les bombes ou de tourner au conflit confessionnel. Pour balayer les régimes inféodés à la bourgeoisie, qu’ils soient militaires ou islamistes, les peuples arabes devront se doter d’une force politique révolutionnaire et internationaliste au service des luttes de la classe ouvrière et des masses pauvres.

