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Un aperçu de la campagne des révolutionnaires, d’un bout à l’autre du Grand Buenos Aires

17 novembre 2021 Article Monde

Pendant cette campagne, militants et candidats des différentes composantes du FIT-U ont sillonné le pays à la rencontre des travailleurs et des habitants des quartiers populaires, pour diffuser leur programme et défendre la nécessité pour les travailleurs de s’organiser.

Journal de bord des derniers jours de la campagne passés auprès de militants du Parti ouvrier.

« Quel dommage, tu as raté le meeting ! » C’est un peu le leitmotiv depuis mon arrivée. Il faut dire qu’un meeting de 33 000 personnes, organisé par une organisation trotskiste sur la symbolique Plaza de Mayo de Buenos Aires, ça n’arrive pas tous les jours. Le PO a réussi ce tour de force le 30 octobre dernier, en réunissant une bonne partie du milieu qui s’organise et qui lutte au sein du Polo Obrero dans les quartiers les plus démunis de Buenos Aires et de sa banlieue, pour obtenir aide alimentaire, logement et un vrai travail.

Jeudi 4 : Direction Llavallol, au sud de Buenos Aires, pour une « diff » devant l’usine de pneus Bridgestone. Les camarades de la « liste noire » du SUTNA, qui viennent de remporter les élections syndicales en « récupérant » la section des mains de la bureaucratie péroniste, sont là aussi, et saluent chacun des ouvriers qui sortent au compte-gouttes par la toute petite porte de l’usine, avant de leur fourrer dans la main un tract qui synthétise les principales propositions du PO et du Front de gauche et des travailleurs : pas un salaire sous les 100 000 pesos, interdiction des licenciements, répartition du travail, stop à la flexibilisation… L’accueil est bon. Depuis une voiture, on entend quelqu’un qui crie : « Pitrola, je vote pour toi ! » Même sous sa casquette, on reconnaît l’ancien délégué du secteur de l’imprimerie et député de 2013 à 2015, en troisième position sur la liste de la province de Buenos Aires.

Quelques jours plus tôt, à l’usine Toyota de Zárate où la direction, main dans la main avec la direction du syndicat péroniste SMATA, et avec le soutien du président Fernández lui-même, vient d’imposer une augmentation du temps de travail en rendant obligatoire le travail du samedi en échange d’un tout petit plus sur le salaire, une centaine de camarades du PO s’étaient déplacés pour discuter à la porte avec les salariés. Romina del Plá, également candidate pour la province de Buenos Aires, avait pris la parole pour dénoncer une réforme du travail demandée à cor et à cri par l’opposition de droite, et imposée de fait boîte par boîte par le gouvernement péroniste et sa bureaucratie. L’occasion de prendre au dérobé quelques contacts d’ouvriers énervés par cet accord, malgré la surveillance stricte de la part des dirigeants syndicaux.

Samedi 6 : dernier week-end de campagne. Ma journée commence du côté de San Martín, au nord-ouest de Buenos Aires, où les militants prévoient de distribuer quelques tracts et discuter avec les habitants dans une des artères piétonnes de cette petite ville ouvrière, avant d’accueillir les principaux candidats du FIT-U. Une activité de campagne bien classique a priori… si elle n’avait pas été quelque peu perturbée par les provocations physiques de militants du Frente de Todos.

Quelques altercations plus tard, nous filons vers José C Paz, à une trentaine de kilomètres plus au nord-ouest. Après un passage éclair sur une foire pour saluer le PTS qui tient un stand avec Nicolás del Caño, direction le centre-ville, où les militants locaux du PO et du Polo Obrero ont monté une petite scène au milieu d’une rue, et où 600 habitants du coin sont déjà massés et entonnent au rythme de la batucada  : « Concejala de los trabajadores / ahora que la crisis la paguen los patrones » [1]. Sandra Becerra, référente locale du Polo et candidate au conseil municipal, s’adresse, un peu émue, à ses camarades de combat, avant de laisser la parole à Romina del Plá, qui ne s’attardera pas longtemps après la séance photo obligatoire avec les habitants du quartier, car elle fonce saluer un meeting de la Gauche socialiste dans une commune voisine.

Retour à Buenos Aires, où la Marche des fiertés s’élance de la place de Mai avec 300 000 personnes. Dans le cortège du PO, les enceintes crachent en alternance de la musique à la mode et des slogans : séparation de l’Église et de l’État, application des quotas trans dans le secteur public, éducation sexuelle, scientifique et laïque dans les écoles, apparition en vie de Tehuel, jeune trans disparu il y a six mois dans la province de Buenos Aires…

Dimanche 7 : la campagne ne prend pas de pause ! D’autant que ce midi, dans la Villa 20, l’un des principaux bidonvilles de Buenos Aires, on inaugure deux nouveaux locaux du Polo Obrero. Dans une ambiance joyeuse, les militantes boliviennes du quartier appliquent méthodiquement leurs rituels pour inaugurer les lieux, et un cortège d’une centaine d’habitants (en grande majorité des femmes) circule entre les deux nouveaux locaux, au rythme de la comparsa. Gabriel Solano, candidat à la législature pour la ville de Buenos Aires et Vanina Biasi, qui tournera avec Myriam Bregman en tant que députée, sont là, comme souvent pour les événements importants du quartier.

Entre quelques parts de sopa paraguaya et de picante de pollo, on discute du chemin parcouru depuis vingt ans dans ce quartier, des mobilisations à venir du Polo, mais aussi des élections.

Ambiance moins populaire l’après-midi dans un parc du centre de Buenos Aires, où des journalistes « influenceuses » féministes ont convoqué une assemblée et font intervenir quelques figures des mobilisations féministes pour soutenir la campagne du FIT-U et la candidature de Myriam Bregman à Buenos Aires. La victoire récente sur le droit à l’avortement est encore dans toutes les têtes, mais les présentes ont bien conscience qu’après la loi, c’est l’application effective qu’il faut obtenir, des moyens suffisants pour la santé.

Lundi 8 : Sous un soleil de plomb, plusieurs centaines de camarades du PO, du Polo, mais aussi du mouvement piquetero Teresa Rodríguez, du PSTU ou de IS sont massés devant le tribunal Comodoro Py, les yeux rivés vers un écran géant qui retransmet en direct le procès de César Arakaki et Daniel Ruiz. Ce n’est pas la plus grosse mobilisation qu’il y ait eu, mais en cette période de campagne, les camarades sont sur le front toute la journée, et mènent plusieurs activités en parallèle. Lorsque la sentence tombe, une clameur monte : « A Ruiz y Arakaki los vamos a liberar con piquetes y la huelga general ! [2] »

Mardi 9 : c’est à San Fernando que se rendent aujourd’hui Romina del Plá et Néstor Pitrola, à l’usine de pneu Fate. Comme à Bridgestone quelques jours plus tôt, l’accueil est très bon et les marques de soutien sont nombreuses de la part des ouvriers. À Fate, le courant « classiste » a repris la direction du syndicat depuis bientôt quinze ans.

Pendant cette période de campagne, c’est devant plus d’une centaine d’entreprises que les militants du PO, bien souvent accompagnés d’activistes locaux du Polo et d’au moins un candidat, auront été à la rencontre des travailleurs. Des sites sur lesquels le parti apparaît de toute façon plus ou moins régulièrement hors période électorale.

Mercredi 10 : Devant le Congrès, des militants s’activent à installer quatre blocs de 250 chaises. Ce soir, c’est le meeting de fin de campagne du FIT-U. Un meeting commun, pour clôturer une campagne où les activités communes entre les différentes composantes du FIT-U auront été finalement peu nombreuses. Comme à chaque meeting ou manif, les chants, aux airs tout droit venus des stades de foot, et soutenus par la batucada, viennent donner une ambiance combative particulière : « No al ajuste de Alberto, Cristina y el fondo monetario / Ni un despido, reparto de horas, aumento de salario / Va creciendo va creciendo en la Argentina una lucha sin parar / Compañero piquetero vamos todos a la huelga general [3] »

Jeudi 11 : Fin de campagne ? Pas encore tout à fait. La veille électorale ne commençant que le vendredi à huit heures, la journée du jeudi est encore l’occasion d’une multitude de « caravanes » et de meetings locaux comme à Merlo, La Matanza ou Moreno. C’est dans cette ville de l’ouest de Buenos Aires que je participe à une caravane : une vingtaine de voitures, camions, aux pare-chocs décorés d’affiches de campagne et aux drapeaux coincés dans les vitres, escortés de quelques motos, parcourent les rues principales de la ville, et regroupent de plus en plus de monde. Après un arrêt devant l’hôpital pour une prise de parole, la caravane termine son parcours sur la place centrale de Moreno où il y a bien maintenant 400 personnes, et Lorena Pereira, enseignante et tête de liste pour le conseil municipal, et Romina del Plá déroulent leur meeting depuis le toit d’un camion.

Vendredi 12 : Au petit matin ce vendredi, militants et sympathisants organisent depuis chaque local de quartier un dernier collage d’affiches : il faut profiter du temps de campagne jusqu’au bout !

Samedi 13 : Il n’est plus question d’activités publiques, ce n’est pas pour autant qu’on arrête toute activité. En cette veille d’élection, il s’agit de réunir les sympathisants qui ont accepté de prêter main forte pour le contrôle – nécessaire ! – des élections, afin de bien expliquer la marche à suivre. Dans les bastions péronistes de la province de Buenos Aires notamment, il va falloir être attentifs pour garantir la présence des bulletins de vote dans les bureaux tout au long de la journée, mais aussi s’assurer que chaque vote pour le FIT-U sera bien comptabilisé.

Dimanche 14 : Après une longue journée à contrôler les élections, les militants de la capitale ont rendez-vous au « Bunker » du FIT-U, situé dans un hôtel du centre-ville. À l’intérieur, sous les lustres géants, c’est l’agitation : plusieurs équipes s’activent derrière leurs écrans d’ordinateur pour compiler les résultats que les fiscales font remonter des bureaux de vote, tandis que d’autres suivent les différentes chaînes de télévision qui pourraient commencer à livrer des résultats officiels. Les journalistes sont là, en nombre.

À l’extérieur, la foule des militants grossit peu à peu, entonnant des chants les uns après les autres. Deux ambiances, mais qui s’unissent dans un même chant quand les premiers résultats tombent : « Frente de izquierda / patrones a la mierda ! [4] ».

S.B.


[1« Conseillère (municipale) des travailleurs / maintenant c’est aux patrons de payer la crise »

[2« On va libérer Ruiz et Arakaki par des piquets et la grève générale »

[3« Non à l’accord d’Alberto, Cristina et le Fonds monétaire / Pas un licenciement, répartition des heures, augmentation des salaires / La lutte n’en finit pas de grandir en Argentine / Camarade piquetero allons tous vers la grève générale ! »

[4« Front de gauche / patrons allez vous faire foutre ! »

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