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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 120, juin-juillet-août 2018

À lire

« Tout le monde déteste… ne pas tout savoir sur la police »

14 juin 2018 Convergences Culture

À chaque mouvement social, un acteur ne fait jamais défaut : la police. Le printemps 2018 ne fait pas exception. Pour déloger les facs occupées aux quatre coins du pays, réprimer des AG d’étudiants comme à Nanterre, mettre en garde à vue les lycéens qui cherchaient à occuper le lycée Arago à Paris ou noyer les manifestations sous des nuages de gaz lacrymogène, le gouvernement a encore une fois pu compter sur ses chiens de garde. Une bonne occasion de se replonger dans plusieurs livres – plus ou moins récents – qui montrent comment la police œuvre concrètement au maintien de l’ordre social. La lutte des classes vue de l’autre côté de la barricade !

Boris LETO



La force de l’ordre

Une anthropologie de la police des quartiers

de Didier Fassin

Paru aux éditions du Seuil en 2011. Réédité en poche « Points essais », en 2015.


Le sociologue Didier Fassin a pu suivre pendant 15 mois une brigade anti-criminalité (BAC) en région parisienne. Le livre fourmille de détails édifiants et décrit comment ces unités spéciales de la police se livrent à un harcèlement quotidien sur les jeunes des quartiers populaires, notamment à l’occasion de contrôles d’identité sans motif. Cela à grand renfort de provocations, d’insultes racistes voire de violences.

Une enquête passionnante qui montre comment l’État s’appuie au quotidien sur la police dans sa guerre aux pauvres.



Maintien de l’ordre – Enquête

de David Dufresnes

Paru aux éditions Hachette en 2007.


Cette enquête journalistique, parue en 2007, a un parfum un peu daté – Nicolas Sarkozy est omniprésent ! – mais l’auteur, s’appuyant notamment sur des entretiens avec les patrons de la police, livre nombre d’éléments intéressants sur l’histoire du maintien de l’ordre et son fonctionnement actuel : comment se sont créées les CRS, loin du mythe d’une police issue exclusivement de la Résistance ? Sur quels critères et par qui sont décidées les formes du « MO » (maintien de l’ordre) les jours de manif ? Comment les émeutes de 2005 et les manifs contre le CPE en 2006 ont été gérées du côté de la police ?

Une plongée très vivante dans les rouages de l’État !



La Bataille de Paris (17 octobre 1961)

de Jean-Luc Einaudi

Éditions du Seuil, 1991.


Ce soir du 17 octobre 1961, il fait nuit et une pluie battante tombe sur Paris. À l’appel du FLN, des Algériens convergent par dizaines de milliers pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé par l’État français. Le massacre commence : la police tape, fusille, noie dans la Seine les manifestants.

Ce livre de Jean-Luc Einaudi – paru trente ans plus tard ! – a été le premier à faire toute la lumière sur ce massacre d’État commis dans l’indifférence quasi-générale et savamment occulté dans la mémoire collective par le pouvoir.

Une bonne piqure de rappel sur ce que la police peut faire, sur ordre politique. À compléter avec la lecture du polar de Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, qui commence ce même 17 octobre...



Charonne, 8 février 1962.

Anthropologie historique d’un massacre d’État

d’Alain Dewerpe

Éditions Gallimard, 2006.


Même période, même police, autre répression meurtrière. Début 1962, l’OAS fait parler la poudre : au nom de « l’Algérie française », ce groupe d’extrême droite commet plusieurs attentats sur des personnalités gaullistes ou se déclarant pour l’indépendance de l’Algérie.

Le 8 février, ordre est donné aux flics de « disperser énergiquement » une manifestation parisienne contre l’OAS. Traduction en langage policier : chasse à l’homme, coups de matraques, jets de grilles d’arbres et d’aération sur la foule coincée dans les escaliers de la station de métro Charonne. Résultat : 8 morts.

Alain Dewerpe, dont la précision des descriptions est remarquable, montre ce qui « rend possible » un tel massacre en revenant à la fois sur le contexte politique de l’époque, les décisions politiques du pouvoir en place et les modes de recrutement et de formation des compagnies chargées du maintien de l’ordre. Très instructif !



Itinéraire d’un salaud ordinaire

de Didier Daeninckx

En poche, 2007, 8,30 €.


Clément Duprest, le personnage principal de ce roman, raconte sa propre histoire : en 1942, il entame sa carrière dans la police parisienne en traquant communistes et Juifs. Échappant à l’épuration comme nombre de collègues, son histoire se confond avec celle des basses œuvres des régimes suivants, jusqu’à sa retraite en 1981. Le passage sur Mai 68 ne manque pas de saveur : il n’y comprend rien. Et c’est son fils unique, qu’il méprisait jusque-là, qui l’aide à reprendre pied.



Mai 68, Mémoires

de Maurice Grimaud

Éditions Stock, 1977. Réédité aux éditions Perrin en 2018.


Une réédition en poche d’un livre devenu introuvable : les Mémoires d’un protagoniste un peu spécial de Mai 68, le préfet de police de Paris lui-même qui pour l’occasion troque la matraque pour la plume. Si ses tentatives d’interprétation politique restent quelque peu hasardeuses, Grimaud offre un récit détaillé de la gestion de la « crise » au jour le jour par les plus hauts sommets de l’État, avec son lot d’inquiétudes et de frictions. Une question structure l’action du préfet de police tout au long des évènements des mois de mai et juin : quel niveau de répression faut-il exercer sur les manifestants ? La réponse à cette question est politique : réprimer peut tuer une contestation dans l’œuf – et c’est la tentation d’une partie de l’exécutif début mai – mais trop réprimer peut participer à l’extension de la colère. Un arbitrage toujours d’actualité pour le « maintien de l’ordre ».

Un livre qu’on lira avec intérêt pour redécouvrir les évènements de Mai 68 non pas depuis la rue et l’usine mais depuis les cabinets politiques et les bureaux de la préfecture.

Tout cela dans un style maîtrisé et plaisant. Comme quoi, même la police peut avoir des talents cachés...

Deux BD



« Un banlieusard parmi d’autres » [1] et « L’histoire d’un gardien de la paix » [2]

d’Emma


Deux BD de la dessinatrice Emma à retrouver en ligne et qui sont très éclairantes sur le fonctionnement de l’institution policière.

La première revient sur la mort d’Adama Traoré, un jeune de 24 ans, lors de son interpellation par la police dans une petite ville du Val d’Oise à l’été 2016. L’occasion à l’aide des dessins et bulles très pédagogiques d’Emma de revenir sur la politique de harcèlement continuel que les jeunes de quartiers populaires subissent de la part de la police.

La seconde met en images le récit d’Erik ou comment un flic, plein d’illusions sur le rôle de la police, pense pouvoir changer l’institution de l’intérieur. Pas de suspense : il se prend un mur en pleine face...

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