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Secteur du transport routier de voyageurs : quelles revendications unificatrices ?

19 septembre 2021 Article Entreprises

(Photo : les grévistes de Transdev en rassemblement devant la région Île-de-France, le 14 septembre 2021)

La grève qui a éclaté depuis deux semaines dans des dépôts de bus Transdev en région parisienne est la réaction à une offensive patronale qui touche déjà, ou va toucher dans les mois qui viennent, tous les travailleurs du secteur. En Île-de-France, cette offensive est appuyée par une « ouverture à la concurrence » du réseau, ouverture qui est déjà effective dans les autres régions. La question d’une réaction coordonnée à l’échelle du secteur se pose dès maintenant à partir de la grève dure engagée à Transdev. Face à la jungle des conventions collectives de branche, divisées entre urbain et interurbain, des différents « statuts » (notamment celui de la RATP ou d’autres régies comme Tisséo à Toulouse), des accords de groupe (Transdev, Keolis ou RATP) et des accords locaux dépôt par dépôt, le besoin se fait sentir de revendications unifiées, compréhensibles par tous les travailleurs du secteur.

La complexité des rémunérations dans le transport repose sur le fait qu’une multitude de primes sont rattachées à chaque service effectué. Le temps de travail ne peut pas être régulier (car on ne peut pas laisser un véhicule au milieu de la route par exemple), chaque semaine travaillée génère soit des heures supplémentaires, soit du déficit horaire. La période prise en compte pour le calcul du temps de travail (qui sert entre autres au décompte des heures supplémentaires) varie en fonction des entreprises entre la quatorzaine et l’annualisation, avec toute la gamme intermédiaire. Les primes et autres indemnisations représentent en général autour de 15 % du salaire brut, ce qui pousse évidemment à s’en préoccuper…

La vérité c’est le mensonge. Plongée dans la novlangue patronale

Temps de travail effectif (TTE) : c’est le temps de conduite du bus sur sa ligne et les temps annexes (prise de service, forfait temps d’entretien du véhicule, etc.) L’adjectif « effectif » est trompeur puisque c’est un temps théorique, calculé par les services de chaque entreprise. Chez Transdev en Île-de-France, ces calculs ont été centralisés à Paris, produisant des estimations de plus en plus éloignées de la réalité. La réorganisation des lignes et des journées de travail est pour l’instant bien loin des véritables temps de parcours : cette « optimisation » rogne sur les temps de pause, et ce sont les conducteurs qui trinquent.

Temps indemnisé (TI) : vocabulaire du groupe Transdev qui recoupe ce qui s’appelle communément « temps de coupure » dans la convention collective du transport interurbain. Ce sont les temps passés entre deux lignes, soit au dépôt, soit dans le bus à un terminus. Ces coupures sont dites « indemnisées » parce qu’elles ne sont plus payées à 100 % à partir de sept minutes et qu’elles ne comptent pas dans le temps de travail. Une coupure en dehors du dépôt est indemnisée à 50 %, une coupure au dépôt à 0 % – on appréciera la notion toute patronale « d’indemnisation à 0 % » ! Le calcul du temps de travail devient particulièrement alambiqué : sur la période considérée (qui varie entre la quatorzaine et l’année) si le temps de travail effectif (TTE) n’atteint pas la durée légale, il est automatiquement complété en piochant dans le TI – une heure « indemnisée » à 50 % comptant comme une demi-heure. À l’inverse, le TI qui dépasse la durée légale n’est pas compté comme heure supplémentaire avec les majorations qui vont avec mais seulement « indemnisé ».

Paiement des coupures

L’attaque des patrons de Transdev a pris pour cible notamment le paiement des coupures, en ramenant les conducteurs aux seules conditions conventionnelles de branche. Les grévistes de Transdev exigent « l’intégration du temps indemnisé au temps de travail effectif ». D’où généralement la revendication pour le secteur :

Intégration du temps de coupure au temps de travail. Paiement intégral de toutes les coupures !

Primes et taux horaire

Pour ne pas toucher aux salaires d’embauche particulièrement bas, les patrons (et… les syndicalistes) ont inventé une foule de primes qui viennent compléter le salaire brut. Elles sont le plus souvent rattachées aux services effectués, si bien que le conducteur absent ne les touche plus. Certaines sont des plus arbitraires, distribuées en fonction de critères professionnels obscurs et au bon vouloir des chefs. Pour lutter contre la jungle des primes (d’amplitude, de non-accident, de repas, de tenue, etc.) et leur caractère injuste et arbitraire :

Intégration de toutes les primes au taux horaire. Augmentation du taux horaire à 17 euros pour tous !

Services en double vacation

Les services en « double vacation » ou « en deux fois », avec une partie le matin et une partie le soir, entrecoupées de quelques heures d’inactivité, sont une véritable plaie du métier. Pour la santé comme pour la vie sociale et familiale, l’amplitude horaire doit être réduite au minimum et correspondre exactement au temps de travail. L’instauration de ces services repose sur les pics d’activité et les heures creuses. La rentabilité moindre d’un bus qui tourne sans être rempli est un cauchemar de patron. Pourtant, un bus de plus correspond à une augmentation de l’offre de transport. Et si les bus doivent rentrer, pour des raisons écologiques notamment, cela ne doit pas jouer sur les conditions de travail des conducteurs :

Embauches massives pour interdire les services en double vacation, pas de service de plus de huit heures d’amplitude !

Ces revendications sont applicables à l’ensemble des réseaux, urbains ou interurbains, en Île-de-France comme dans le reste du pays. Elles peuvent servir de base à un mouvement d’ensemble des salariés du transport, initié aujourd’hui par les grévistes de Transdev, et plus que nécessaire face à l’offensive patronale coordonnée. Elles s’ajoutent aux revendications de tout le monde du travail : partage du travail entre tous, sans perte de salaire, pour en finir avec le chômage ; interdiction des licenciements et suppressions de postes ; augmentation des salaires de 300 euros par mois pour tous.

Philippe Cavéglia

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