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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 141, octobre-novembre 2021

Face aux attaques de leurs patrons et du gouvernement, les aides à domicile se mobilisent

Mis en ligne le 18 octobre 2021 Convergences Entreprises

(Photo : aides à domicile en grève à Blois, à l’hiver 2021)

Une mobilisation qui se développe

Actuellement, 700 000 employés occupent en France un emploi d’aide à domicile, profession très majoritairement composée de femmes (97 %). Depuis quelques mois, une partie de ces travailleuses se font entendre en se mobilisant pour la hausse de leur salaire particulièrement bas et l’amélioration de leurs conditions de travail. C’est que le confinement de mars 2020, en imposant des conditions de travail encore plus inacceptables qu’auparavant, a suscité la révolte.

Malgré l’isolement inhérent à leur profession, ces travailleuses du lien ont trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un moyen de faire entendre leur colère dès 2018, comme ça a été le cas pour beaucoup d’autres travailleurs employés dans de petites entreprises. Mais depuis le premier confinement, la mobilisation des aides à domicile a trouvé un nouvel élan. Le « Ségur de la santé » y a été pour quelque chose. Ce dispositif gouvernemental a répondu aux revendications du secteur de la santé en proposant une prime au lieu d’augmentations de salaire conséquentes, et a exclu les aides à domicile. Ce qui a été vécu par beaucoup d’entre elles comme une marque de mépris.

Alors, dès le printemps 2020, une page Facebook, « La force invisible des aides à domicile », qui regroupe des milliers de personnes, a été créée. Elle permet d’échanger sur les conditions de travail et les attaques du patronat du secteur. Un an plus tard, des militantes, dont certaines font partie de la CGT, ont fait un road trip entre février et avril pour aller à la rencontre de leurs collègues et faire que les colères se rejoignent, organisant des réunions pour discuter du rythme insoutenable des journées de travail et du niveau des salaires, et pour prendre conscience de leur force collective. L’une de leurs revendications est notamment la création d’un même statut professionnel pour toutes, puisqu’actuellement le secteur est morcelé en plusieurs conventions collectives, partagé qu’il est entre le public, le privé et l’associatif. Mais surtout, une grève a eu lieu durant l’hiver 2021 à Blois, dans le Loir-et-Cher, pour des CDI à temps plein, un taux horaire à 12 euros, et une indemnité kilométrique à 50 centimes, puisque les aides à domicile utilisent quotidiennement leur voiture. En bref, les mobilisations se succèdent, comme le 23 septembre dernier où des militantes syndicales de la CGT organisaient la journée « 24 heures sans aide à domicile », relativement bien suivie dans le secteur.

Des travailleuses exposées à la précarité et aux accidents du travail

C’est contre le manque de personnel et le niveau particulièrement bas des salaires que ces travailleuses expriment leur colère, elles qui font face à une intensification des cadences de travail. Un temps partiel qui ne dit pas son nom les conduit bien souvent à faire des journées qui commencent à sept heures et finissent à vingt heures, avec un salaire qui dépasse rarement les onze euros de l’heure. En effet, ce qui ne relève pas directement du service effectif, à savoir le moment où les aides à domicile font la toilette de l’usager, font du soutien psychologique ou l’aident dans ses tâches administratives, n’est pas décompté comme du temps de travail. Et les plannings en gruyère ne permettent pas de faire un autre travail pour joindre les deux bouts. Tout cela a des conséquences physiques et psychologiques, beaucoup de travailleuses se mettant en arrêt. Au fur et à mesure que les cadences augmentent, les accidents du travail se multiplient, souvent à la suite de problèmes articulaires ou de chutes consécutives au fait de porter un usager en situation d’invalidité. Le nombre de ces accidents du travail atteint le triple de la moyenne nationale : 94,6 accidents pour 1 000 salariées ! [1]

Un espoir pour le monde du travail

Face aux attaques incessantes du patronat et du gouvernement contre l’ensemble du monde du travail, ces travailleuses nous montrent la voie. Il faudra, plus que des luttes locales, une mobilisation d’ampleur, pour obtenir des améliorations des conditions de travail et de véritables hausses de salaire. Comme le dit Aurore, l’une des militantes qui a parcouru la France pour convaincre ses collègues de la nécessité de se mobiliser : « Demain, si on s’arrête, comment font-ils ? Le secteur manque de personnel. Donc nous sommes en position de force. » [2] Comme dans tous les secteurs où les luttes se multiplient, le changement ne pourra venir que des luttes sociales et des grèves des travailleurs, contre un patronat prêt à tout pour augmenter ses marges.

Martin Eraud


Sources

  • Le Monde Diplomatique, Tribune : « Il est temps de reconnaître le travail des aides à domicile », septembre 2021.
  • Le Monde Diplomatique, Tribune : « Les caractéristiques de ces emplois font qu’ils ne sont pas à temps partiel mais plutôt payés à temps partiel », juin 2020.

[1Le Monde diplomatique, Tribune : « Il est temps de reconnaître le travail des aides à domicile » (septembre 2021)

[2Le Monde, « On se rend compte qu’on n’est pas seules » : des aides à domicile en mal de reconnaissance font leur tour de France », 15 avril 2021

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Numéro 141, octobre-novembre 2021