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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 31, janvier-février 2004

Réformes et restrictions dans les universités européennes : En France malheur aux pauvres

Mis en ligne le 12 janvier 2004 Convergences Société

Le mouvement de grève de novembre 2004 est resté limité et minoritaire, y compris dans les universités les plus en pointe, comme celle de Rennes où il avait commencé. L’une des raisons en est sans doute qu’il n’est pas aisé de discerner exactement les nuisances que pourrait apporter la réforme projetée par le ministre Ferry [1]. Elle est pourtant inspirée par la même philosophie qui provoque des fermetures de classes dans les écoles, le licenciement des emplois-jeunes, ou encore la baisse de 50 % des fonds permettant aux familles les plus démunies de payer la cantine à leurs enfants.

L’autonomie et l’Europe

L’Etat, sous couleur d’autonomie accordée aux établissements, en fait se désengage financièrement. Aux universités de trouver des mécènes, en « resserrant les liens avec le tissu économique local ». Autrement dit leur survie dépendra au moins en partie de la générosité des capitalistes à qui serait ainsi remis pouvoir de décision sur le contenu des études. Exemple : un organe de décision paritaire doit être créé, une moitié des membres appartiendra à la fac - la direction, et éventuellement quelques élus du personnel et des étudiants - l’autre moitié viendra de « l’extérieur » et surtout du Medef local [2].

L’autre moyen de gagner des sous resterait de faire les poches, mêmes percées, des étudiants. Les frais d’inscription sont ainsi passés d’environ 100 francs (une quinzaine d’euros) en 1986 à plus de 300 € [3] aujourd’hui. Et « responsabilisation des étudiants » oblige, cela va continuer [4]. Le Crous - le service social qui gère les bourses - est aussi sur la sellette. Ses prestations risquent d’être sensiblement revues à la baisse.

Les diplômes universitaires devraient être harmonisés à l’échelle de l’Europe. Il n’y en aura plus que trois : licence, master et doctorat ; voilà pourquoi la réforme s’appelle LMD. D’autre part, un système d’équivalence européen [5] sera mis en place : chaque diplôme se verra attribuer un nombre de points déterminant sa valeur. Rien de bien affolant jusqu’ici.

Mais en fait, cette harmonisation renforcera la ségrégation sociale. Les conditions se durciront singulièrement pour les étudiants salariés, qui financent leurs études par des petits boulots à Mc Do ou en étant pions dans les lycées et collèges [6]. Déjà, en France, sur 17 universités pilotes où le LMD existe déjà, 13 ont supprimé les rattrapages de septembre, pourtant bien utile aux salariés. Il est également prévu que des points supplémentaires seront attribués en fonction de l’assiduité dans les bibliothèques… que les salariés n’ont pas le temps de fréquenter.

« Pôles d’excellence » et « facs poubelles »

Plus généralement, l’harmonisation européenne ne signifie pas que les étudiants prépareront les mêmes diplômes de Lisbonne à Berlin. Au contraire, les universités se spécialiseront. La valeur des diplômes variera selon que l’étudiant l’aura obtenu dans une fac « pôle d’excellence » de sa discipline ou pas. Les étudiants les plus riches se déplaceront à travers le pays, voire le continent, pour intégrer ces facs. Les autres se contenteront du diplôme local, établi d’après les souhaits du patronat de la région. Ce dernier n’aura de valeur que celle que lui reconnaîtront les patrons. On en a déjà un avant-goût : ainsi à Rennes, la licence professionnelle Philips a diplômé le nombre d’étudiants dont Philips pensait avoir besoin. Quelques années après ces besoins ayant changé, ces jeunes ont perdu leur emploi… et leur diplôme, qui n’était pas valable ailleurs.

Le 27 novembre 30 000 étudiants ont manifesté dans toute la France. Très peu. Suffisant pourtant pour que le gouvernement, rendu prudent par les grève de mai-juin dernier, ajourne, pour la deuxième fois, sa réforme des universités. Ajourne, pas annule.

21 décembre 2003

M.P.


[1À noter que, comme bien souvent, la paternité de la « réforme » revient au gouvernement Jospin, en l’occurrence le ministre Lang.

[2Actuellement, des représentants du Medef siègent déjà en petit nombre dans les conseils d’administration des universités.

[3Les frais de Sécu sont compris dans les deux cas.

[4Les étudiants italiens, chez qui le LMD est appliqué, payent 1 500 € de frais d’inscription pour les années de licence…

[5C’est l’ECTS, European Credit Transfer System, système de transfert de crédits européens.

[6Les salariés représentent entre un quart et un tiers du total des étudiants. À noter que la transformation du statut de pion (MI/SE) en assistant d’éducation (AE) va dans le même sens, en précarisant les étudiants salariés.

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