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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 31, janvier-février 2004

Belgique : Le droit de vote pour les travailleurs immigrés… au compte goutte

Mis en ligne le 12 janvier 2004 Convergences Monde

Le sénat belge vient d’adopter une proposition de loi accordant le droit de vote aux étrangers aux élections communales. Non sans mal. Cela fait, en effet, trente deux ans que ce simple droit de vote pour les élections municipales est revendiqué par des associations et un certain nombre de politiciens. Mais il a encore fallu des heures de discussions où des parlementaires de droite et d’extrême droite ont fait ce qu’on appelle en Belgique de la « flibuste » pour que cette proposition de loi soit adoptée. La « flibuste » est un sport local qui consiste à faire durer les débats par d’interminables discours. Un sénateur du VLD (droite) a ainsi parlé deux heures durant du tourisme et des machines à laver thaïlandaises, le Vlaams blok (extrême droite) a fait l’historique du droit de vote … en Australie.

Si la proposition de loi est votée définitivement par les députés dans quelques semaines, les étrangers auraient donc ce droit de vote qu’avaient seuls jusqu’ici les travailleurs des pays de l’Union européenne, s’ils en faisaient la demande. A tous les autres immigrés, ces milliers de travailleurs les plus exploités, qui viennent du Congo, du Maroc, de Turquie ou d’ailleurs, la loi n’octroyait aucun droit électoral. Une discrimination scandaleuse entre Européens et travailleurs des autres continents qui sont en Belgique depuis des années, travaillent et paient des impôts, ont des enfants qui vont à l’école, etc.

Des propositions bien timides

Tous les partis, sauf le Vlaams blok et les libéraux et les chrétiens flamands, se sont ralliés à la proposition du MR (libéraux francophones). Mais le MR et les partis qui le soutiennent dans ce débat (socialistes wallons et flamands, écologistes wallons et flamands) ont assorti ce vote, limité aux seules élections communales, de tout un tas de conditions : obligation de faire une demande écrite sur un formulaire conforme à un modèle établi par le ministère de l’Intérieur, obligation de résidence de cinq ans, obligation de s’engager à respecter la Constitution belge et la Convention européenne des droits de l’homme… embûches et tracasseries administratives destinées à décourager ceux qui seraient tentés de faire la demande et donc à la limiter au maximum.

Et évidemment pas question du droit de se présenter à ces élections communales. Aucun parti ne l’a même évoqué.

Les vieilles peurs de la droite… et de la gauche

Des pays européens ont déjà accordé ce droit de vote aux élections communales et régionales (y compris le droit d’être candidat d’ailleurs) : Pays Bas, Danemark, Suède, Finlande et Irlande. Mais en Belgique on en parle aujourd’hui comme si c’était quelque chose qui menacerait de bouleverser la situation sociale du pays. Les mêmes arguments pour lesquels on refusait autrefois le droit de vote aux ouvriers et aux femmes.

On est pourtant loin du raz de marée annoncé par l’extrême droite anti-immigrés : selon les derniers chiffres de l’INS (Institut national de la statistique) de janvier 2003, seuls 216 000 étrangers hors Union européenne sont en âge de voter et selon une sénatrice du Parti socialiste, avec les restrictions imposées par la nouvelle loi, seuls 100 000 le pourraient de fait.

Mais des affiches monumentales du Vlaams blok contre le droit de vote des immigrés ont fleuri sur des panneaux publicitaires dans tout le pays ; et l’extrême droite a organisé un grand meeting sur le sujet à Anvers. Dans les autres partis politiques des voix s’élèvent pour craindre que cette mesure, qui ne serait que de simple justice, apporterait de nouvelles voix à l’extrême droite au moment où celle-ci a déjà atteint des scores très élevés, surtout en Flandres et à Anvers, et que les élections régionales, comme en France, sont proches. Il n’y a pourtant pas eu besoin du vote des immigrés pour que gonflent les voix du Vlaams blok : la dégradation de la situation de la population et le chômage ont suffi, alors que les partis de droite et de gauche, ensemble, gèrent le pays depuis des années. (A une coalition gouvernementale « arc-en-ciel » avec des partis de droite, de gauche et les Ecolos a succédé une coalition gouvernementale « violette », c’est-à-dire les mêmes sans Ecolos !)

Des droits politiques pour tous !

Bien sûr, toutes les grandes conquêtes ouvrières, tous les changements de société se sont faits et se feront parce que les travailleurs s’organiseront et lutteront contre le patronat et le gouvernement. Pas parce qu’un bulletin de vote aura été glissé dans une urne ou un vote électronique émis. Mais il est juste que tous les travailleurs quelle que soit leur nationalité puissent avoir les mêmes droits politiques. Ils ont bien tous le même « droit » d’être exploités. Après la guerre, c’est l’Etat lui-même qui s’est chargé de recruter des centaines de milliers de travailleurs en Italie d’abord, puis ensuite au Maroc et en Turquie, pour aller perdre leur santé et mourir au fond des galeries pour enrichir les propriétaires des mines de charbon. Une bonne partie des Italiens ou des Marocains actuellement en Belgique sont les enfants de ces mineurs.

Ce sentiment est partagé par les travailleurs immigrés eux-mêmes si l’on en juge par les réactions vues autour de nous. Sur le marché populaire de Bruxelles où une vente de notre presse a lieu, nombreux étaient les travailleurs immigrés qui voulaient s’informer sur le sujet ou les mères de famille qui faisaient lire les tracts par leurs enfants.

En Belgique, les partis de gauche qui ont voté cette proposition de loi minimum nous disent que c’est un premier pas (chez les associatifs, on parle d’un « pas de souris ») vers un droit de vote plus large pour tous les immigrés. Connaissant leur couardise (autre point commun avec la France !), il y a encore toute une bataille à mener pour obtenir l’égalité des droits politiques pour tous !

28 décembre 2003

Louis GERARD

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