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Pour la santé des profits, Macron a retrouvé « l’argent magique »

(Photo : NPA)

Les actionnaires peuvent être rassurés, au moins pour un temps : Trump et le Congrès américain ont su s’entendre sur un plan de relance de 2 000 milliards de dollars, la plus forte somme jamais engagée en une seule fois pour voler au secours des capitalistes. Pour distribuer l’argent public aux riches, Républicains et Démocrates ont su s’entendre. Tout comme en France les parlementaires de tous bords, du RN au PCF en passant par LFI, qui ont voté dans une unanimité complète les 345 milliards d’euros de soutien à l’économie promis par Macron.

Les soignants, pour leur part, n’ont pas de quoi se rassurer. Martin Hirsch, directeur des hôpitaux de Paris (AP-HP), a lancé le 25 mars sur France info un nouvel appel à la mobilisation générale du personnel hospitalier : une véritable insulte aux soignants qui sont sur le pont depuis des semaines et travaillent actuellement 12 à 18 heures par jour… avec pour toute rémunération de ces heures supplémentaires les « mercis » du directeur ! Quant à Macron, en visite à Mulhouse le même jour, il a promis, flairant la colère, plus de moyens… après la fin de la crise sanitaire. Pour faire face à cette crise-là, le gouvernement n’a trouvé que deux milliards d’euros. En attendant, l’hôpital devra se contenter de la charité : l’AP-HP a lancé avec la Fondation de France et l’Institut Pasteur un appel aux dons. À la population de mettre la main à la poche !

« Il n’y a pas d’argent magique » avait prévenu Macron face à une soignante qui témoignait du manque de moyens en 2018. Mais les 345 milliards pour les banques et les patrons, soit l’équivalent des dépenses annuelles de l’État, sont sortis de sa manche de prestidigitateur.

L’État au chevet des banques

Dès ce mercredi, les entreprises françaises pourront donc renflouer leur trésorerie en empruntant auprès des banques avec la garantie de l’État. Ce jusqu’à 300 milliards d’euros, soit presqu’autant que les 360 milliards sortis par Sarkozy en octobre 2008. « Il y en aura pour tout le monde », rassure Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française, le Medef des banquiers.

Comme en 2008, les banques pourront prêter aux entreprises et encaisser les intérêts. Si l’entreprise emprunteuse fait défaut, c’est l’État qui remboursera jusqu’à 90 % de la dette restante. Bénéfices garantis pour les banques, facture à venir pour les contribuables. Selon le gouvernement, il s’agirait de faire face à la chute du chiffre d’affaires des entreprises, de les fournir en cash le temps de laisser passer la crise.

Pour aider les grands patrons à respirer, pas de pénurie

Aux 300 milliards de crédits garantis, s’ajoutent 45 milliards d’aides directes aux entreprises. En premier lieu, le report du paiement des impôts et cotisations sociales pour les entreprises devrait peser à lui seul 35 milliards dans la trésorerie de l’État. Autant qu’il faudra emprunter aux banques, avec intérêt, pour financer les services publics durant cette période.

Grand seigneur, Macron avait également promis l’interdiction des licenciements dans son allocution du 16 mars. Une promesse vite transformée en subvention aux entreprises, à hauteur de 8,5 milliards d’euros selon les estimations du gouvernement, via le chômage partiel indemnisé à 100 % par l’État. Mais attention : ce sont les patrons qui seront remboursés intégralement. Les salariés, eux, ne recevront que 84 % de leur salaire net. Eux seuls feront donc les frais des interruptions de production. Des interruptions qui ne visent pourtant pas à les protéger face au virus : elles découlent le plus souvent des difficultés d’approvisionnement à la suite de la mise à l’arrêt de l’économie chinoise et des fermetures de frontières, mais aussi de l’effondrement de la demande, depuis que les clients ne peuvent plus se rendre chez le concessionnaire ou en magasin pour acheter des meubles ou de l’électroménager.

Pour autant, aux patrons qui ont cru pouvoir encaisser l’argent public en arrêtant la production au seul prétexte qu’ils sont incapables de mettre en œuvre les mesures barrières, le gouvernement a vite mis le holà. Ceux du BTP ont ainsi eu droit aux remontrances de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, sommant ces « défaitistes » de remettre les chantiers en marche.

Objectif numéro un : sauver les profits

Il n’a pas fallu 24 heures pour que les injonctions à « rester chez soi » qui ont fait suite au discours moralisateur de Macron lundi 16 mars, se transforment en « allez travailler ». Car le gouvernement, avec ses annonces de confinement trop prises au sérieux (pour une fois), s’est fait tirer les oreilles par le Medef, inquiet pour ses profits. C’est que nombre de travailleurs ont pris les recommandations au mot et ont cherché à les imposer aux patrons. Et aux travailleurs en droit de retrait, se sont ajoutés tous ceux contraints de rester à la maison pour garde d’enfants ou atteints du Covid-19 qui doivent rester confinés. Contre la prolifération de ces travailleurs peu respectueux de la santé des profits, le gouvernement est immédiatement monté à l’assaut, à coups de menaces et de double discours pour les envoyer produire du profit au mépris des nécessités de la crise sanitaire. Et ceux qui ne peuvent travailler maintenant devront rattraper ensuite, grâce aux nouvelles mesures adoptées : transformer en congés ou jours RTT la période de confinement, augmenter le temps de travail en dérogeant amplement aux 35 heures, pour une durée indéterminée. Et comme carotte : une prime de 1 000 euros pour « ceux qui ont le courage de se rendre sur leur lieu de travail », dixit Bruno Le Maire. Courage ou peur de la retenue sur salaire, voire du licenciement ? Mais même cette prime « Covid-19 » est en partie bidon, puisqu’il s’agit du dispositif de la prime Gilets jaunes que Le Maire demande aux patrons d’utiliser. Dans les entreprises où elle a déjà été versée cette année, il ne pourra pas y en avoir une deuxième.

Des miettes pour les petits commerces

Les milliards débloqués par le gouvernement visent à ce que la crise économique ne coûte rien aux banques et aux patrons. Ils doivent permettre à ces derniers d’être en bonne position de compétitivité dès la sortie de la crise sanitaire.

Encore une fois, les petites entreprises servent d’excuse pour verser des milliards aux grandes. Les mesures qui leur sont destinées dans ce plan de 345 milliards d’euros ne dépassent pas 1,5 milliard d’euros au total. Ainsi, les petits commerces obligés de fermer leurs portes devront se contenter d’une aide de 1 500 euros. Et ils pourront retarder le paiement de leur loyer et factures d’eau, de gaz et d’électricité, mais seulement à partir d’avril (au fait, pourquoi pas les travailleurs aussi, qui ne pourront pas plus payer leur loyer et factures en étant au chômage technique avec 16 % de salaire en moins ?).

Pendant ce temps, les grands groupes du commerce comme Amazon, Auchan et Carrefour continuent de faire des affaires. Pour certaines entreprises, le confinement est même devenu une aubaine pour tenter de prendre des parts de marché, comme La Poste, qui fait tout pour maintenir sa distribution de colis au mépris de la santé publique. Elle a même proposé une augmentation (temporaire) de 15 centimes par colis aux précaires qu’elle emploie comme « prestataires ». Pas lourd pour risquer sa vie à livrer des colis !

25 mars 2020, Maurice Spirz

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