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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 122, novembre 2018 > DOSSIER : 2008-2018 : La crise, dix ans après ?

La crise de 2008

13 novembre 2018 Convergences Monde

Pris en étau entre les bas salaires, le chômage, et la nécessité de vendre leurs marchandises, les capitalismes américain et européen (dans une moindre mesure) ont forcé sur le crédit. Au début des années 2000, les foyers américains ont été encouragés à emprunter pour acheter leur maison et des actions. Bien avant Sarkozy, George W. Bush a relancé le slogan d’une « société de propriétaires » (ownership society), une société où chaque famille mononucléaire posséderait une maison et un portefeuille d’actions : la nouvelle version du rêve américain. Et les banques étaient prêtes à accorder des crédits à ces familles pour qu’elles puissent acheter : des crédits hypothécaires gagés sur les maisons et les actions qu’ils permettraient d’acquérir. Ces familles étaient d’autant plus encouragées à s’endetter que les cours boursiers et les prix immobiliers étaient en hausse. Elles allaient donc réaliser un bon placement et y gagner. L’augmentation du prix des maisons et des actions permettait même de contracter de nouveaux crédits gagés sur cette nouvelle valeur.

Vive le crédit et vive le risque !

Ainsi, la hausse des prix a-t-elle été poussée par les achats à crédit. Plus les prix montaient, plus il y avait d’acheteurs, échafaudant des projets de plus-value ou rêvant simplement d’avoir un chez-soi grâce à ces crédits faciles. Tout était merveilleux, du moins en apparence, car c’était ce qu’on appelle une bulle. Quelque chose qui éclate un jour.

Les crédits ont d’abord été accordés aux familles qui avaient les moyens de les rembourser. Mais pour que la bulle n’éclate pas, il fallait qu’elle continue de grossir. Pour qu’elle continue de grossir, il fallait de nouveaux acheteurs, pour faire monter les prix. Des crédits ont alors été accordés à des familles dont les banques savaient qu’elles n’auraient pas les moyens de les rembourser : donc des crédits à risque, dits de subprime [1].. Si les familles ne pouvaient pas rembourser, rien de grave pour la banque qui saisissait les maisons, les remettait en vente, se remboursait ainsi le crédit, voire plus…

La situation se retourne contre les propriétaires pauvres !

Le montage ne marchait que si les prix immobiliers continuaient d’augmenter. Or, entre 2004 et 2007, les taux d’intérêt ont grimpé ; les banques ont reporté cette hausse sur leurs propres crédits et comme ils étaient à taux variables aux États-Unis, cela a touché par ricochet les anciens crédits. Ceux qui, dans les classes populaires, avaient rêvé de devenir propriétaires malgré leurs bas salaires ont été pris à la gorge. Ils n’ont pas pu payer les intérêts et des milliers de maisons ont été saisies. Des milliers de familles ont été jetées à la rue. Et des milliers de maisons se sont retrouvées sur le marché, tandis que les crédits devenaient moins faciles et le nombre d’acheteurs réduit d’autant. En 2006, le marché immobilier s’est donc retourné. Les prix ont chuté et la vente des maisons n’a plus permis de rembourser les emprunts.

Mais l’arroseur lui-même est arrosé…

Les banquiers savaient que les subprimes représentaient un risque important. Ils ont donc eu l’idée de revendre ce risque à l’aide de ce qu’on appelle la « titrisation ». Dans la finance moderne, il est possible de vendre des paquets d’actifs (actions, crédits…) sous forme de « titres », en les transférant à une société écran, dite « ad hoc », qui émet à son tour des obligations. Ces nouveaux titres financiers se sont multipliés dans les années 2000, mélangeant dans un même paquet des actifs relativement sûrs et d’autres très incertains, sans que chacun sache vraiment ce que le paquet contenait. Un genre de patate chaude dont tout le monde a largement goûté tant que les rendements étaient exceptionnels, non seulement les banques d’affaires de Wall Street, mais aussi les banques françaises et européennes alléchées par l’odeur du profit facile, les compagnies d’assurance et encore certaines entreprises qui ont préféré jouer à la finance plutôt que d’investir dans la production.

C’est par ces titres pourris que l’onde de choc des subprimes s’est répandue

Début 2007, les grandes banques annonçaient déjà des milliards de pertes, des faillites ou des fermetures de fonds d’investissement, qui se sont amplifiées au fil des mois : 10,7 milliards de perte pour HSBC en avril ; cessation du remboursement de trois fonds par BNP Paribas en août, semant la panique sur les marchés européens ; aide d’urgence demandée par la banque britannique Northern Rock à la banque d’Angleterre à la mi-septembre, provoquant un mouvement massif de retraits (elle fera faillite en février 2008 et sera nationalisée).

À ce moment, comme l’ensemble de la finance est infestée de titres pourris, sans qu’il soit possible de savoir à quel degré, les banques cessent de se prêter de l’argent entre elles, ce qui accélère les faillites.

En septembre 2008, c’est l’hécatombe

Les États doivent venir à la rescousse par des refinancements, des nationalisations ou en incitant d’autre banques à racheter les institutions défaillantes. Ainsi, le 7 septembre, deux géants du crédit hypothécaire Fannie May et Freddie Mac sont sauvés par le Trésor américain au prix de 200 milliards de dollars. Le 15 septembre, pour une raison plus ou moins obscure, le gouvernement américain laisse tomber Lehman Brothers, qui doit déposer le bilan. Le lendemain, l’assureur AIG est nationalisé pour 85 milliards. D’autres suivront. Cette suite de faillites entraîne l’effondrement des bourses et de la finance mondiale, tandis que les gouvernements volent au secours des financiers. Ainsi, la crise de 2008 a-t-elle entraîné les plus grosses nationalisations de l’histoire de l’humanité. Ce qui a fait dire à des députés républicains un peu gênés, « ça y est c’est le socialisme en Amérique, on est en USASR ! ». Mais ce socialisme-là avait tout pour plaire à la finance : socialisation des pertes et privatisation des profits.

M.S.


[1Les crédits dits « prime » sont des crédits hypothécaires, gagés sur les biens acquis, attribués aux emprunteurs que les banquiers, au vu de leurs revenus, jugent comme fiables. Les crédits « subprime » sont ceux accordés aux emprunteurs à faibles revenus, à des taux d’intérêt plus élevés.

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