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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 111, février-mars 2017

Livre

Parmi les loups et les bandits

D’Atticus Lish

Mis en ligne le 12 mars 2017 Convergences Culture

Parmi les loups et les bandits

D’Atticus Lish

Buchet-Chastel, 558 p., 24 €.


La parution de ce premier roman a reçu aux États-Unis le prestigieux prix Pen/Faulkner Award. Ce long récit, à l’écriture dense, nous offre une plongée impressionnante dans les bas-fonds d’une Amérique traumatisée par le 11 septembre, à travers une histoire d’amour entre deux déracinés.

Elle, Zou Lei, est une clandestine d’origine ouïghoure. Elle a quitté le Nord-Ouest de la Chine, un « territoire de tribus de bergers nomades qui ne reconnaissaient pas les frontières entre les nations » pour un pays longtemps fantasmé par sa mère. Sans papiers, sans soutien, elle est confrontée aux dangers qui guettent les clandestins dans l’Amérique du Patriot Act : emplois sous-payés, entassement dans des logements insalubres, violence, rafles, incarcérations pour une durée indéterminée. Libérée sans être expulsée, Zou Lei rejoint New York et se fond dans les rues interlopes du quartier chinois du Queens pour mieux échapper aux contrôles. Marginale parmi les clandestins chinois, en raison de son physique et de son accent du Nord-Ouest, elle ne peut compter que sur elle-même : au besoin, c’est en cachette qu’elle enchaîne pompes et abdos après des journées de travail dans les cuisines d’une cantine chinoise.

Lui, Brad Skinner, est un vétéran des Marines originaire de Pennsylvanie qui revient aux États-Unis après trois missions successives en Irak. Le corps meurtri et l’esprit traumatisé par les horreurs vécues, il erre dans le chaos de la ville de New York. La chambre qu’il loue au sous-sol d’une maison n’est pas un havre de paix ; elle ressemble davantage à un cercueil dans lequel il peut enterrer ce qui lui reste de lucidité.

C’est par hasard que Skinner rencontre Zou Lei. Ainsi débute une histoire entre ces deux électrons libres malmenés par la vie. Ensemble, Skinner et Zou Lei courent, s’aiment, s’entraident et vont chercher à se construire un espace où croire encore à l’amour et au bonheur. Jusqu’à ce que les démons intérieurs de Skinner et ceux, bien réels et aussi violents, du monde extérieur, ne refassent surface.

La langue âpre, d’un romantisme d’écorché, que manie Atticus Lish donne à son roman une puissance fulgurante. L’atmosphère gouailleuse, volontiers chaotique de la ville, est rendue perceptible par le recours à de nombreux flashes, visuels ou auditifs, que la superbe traduction de Céline Leroy retranscrit avec force. Certains passages se lisent comme des poèmes et nous font vivre de l’intérieur cette virée romantique et sombre, mais pas si désespérée qu’il n’y paraît, dans l’enfer urbain de l’Amérique de George W. Bush.

Sarah CREQUI

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