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DOSSIER : Le revenu universel de Benoît Hamon, une mesure « sociale »… que ne renie pas la bourgeoisie

Le revenu universel de Benoît Hamon, une mesure « sociale »… que ne renie pas la bourgeoisie

Mis en ligne le 12 mars 2017 Convergences Politique

Benoît Hamon a fait d’un « revenu universel d’existence » sa mesure phare pour la présidentielle, se posant en candidat d’une « vraie gauche », en rupture avec le bilan de Hollande. Que deviendra la mesure d’ici le deuxième tour des présidentielles ? Et dans la suite ? Cela reste à voir : son autre mesure « de gauche », l’abrogation de la loi travail, a déjà du plomb dans l’aile, car, depuis que Hamon veut « rassembler » au PS, voilà qu’il faudrait désormais en maintenir les « aspects positifs ».

Mais un revenu universel serait-il vraiment une réponse au chômage, à la précarité et à la pauvreté ? Bien au contraire.

Après avoir beaucoup varié au cours de la primaire socialiste, la proposition actuelle de Hamon est une augmentation du RSA d’à peine 10 %, pour atteindre 600 euros, et un revenu d’existence pour les jeunes de 18 à 25 ans. L’élargissement à toute la population ne se ferait qu’à travers une « grande conférence citoyenne » qui déciderait des détails (façon pour le candidat de ne pas trop s’engager). Le montant « à terme » serait de 750 euros par mois, soit toujours nettement en dessous du seuil de pauvreté officiel, déjà bien bas, de 840 euros. Pas de quoi « éradiquer la grande précarité et contribuer à définir un nouveau rapport au travail », comme le proclame le candidat.

Hamon compte jouer un coup politique en misant sur cette mesure à la mode, mais non seulement il n’a rien inventé, mais il a des concurrents… à droite. Divers politiciens de droite comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Frédéric Lefebvre ou Christine Boutin défendent chacun leur version du revenu universel. Pour NKM, il s’agirait d’une bonne occasion pour remplacer l’impôt progressif par un prélèvement uniforme sur les revenus (une flat tax) de 20 %. Les riches bénéficieraient du revenu de base et d’une baisse d’impôt, tandis que les pauvres deviendraient tous imposables à un taux exorbitant et leur allocation de base servirait tout juste à compenser cet impôt. Côté Lefebvre, l’idée est de liquider toutes les allocations et aides sociales existantes, ainsi que les administrations qui les gèrent. Un « choc de simplification », qui est l’objectif principal de bien des partisans du revenu universel, et qui profiterait surtout aux riches. Quant à Boutin, ce qui lui plaît est de rémunérer les femmes aux foyer, afin qu’elles y restent : une perspective on ne peut plus réactionnaire.

Alors quelle est la différence avec un revenu universel « de gauche » ? Le simple fait que les projets dits « de gauche » laissent dans le flou la question de ce que deviendraient les dispositifs sociaux actuels. D’ailleurs, Hamon ne s’étend pas sur le financement de la mesure, car cela l’obligerait à dire à qui du patronat ou des travailleurs il cherchera à en faire porter le coût. Or, c’est là tout le problème quand il faut paraître « de gauche » tout en se posant en « présidentiable », c’est-à-dire en garant des intérêts capitalistes.

Mais difficile d’imaginer qu’il instaure une nouvelle allocation sans entamer sévèrement l’existant (en premier lieu les allocations familiales, les aides au logement et bien sûr le RSA). La mesure, si elle voyait le jour, n’aurait alors rien de social, mais consisterait au contraire à un rééquilibrage de la dépense en faveur des riches.

Là où la fonction du revenu universel promu par Hamon apparaît le plus clairement, c’est dans le fait qu’il ne se propose en rien de protéger les travailleurs contre le chômage, ce qui ne peut se faire que par des mesures contraignantes qui s’en prendraient aux faiseurs de chômage, c’est-à-dire les capitalistes. Dans son programme, il y a à peine une incitation des entreprises à réduire le temps de travail par le développement des temps partiels, sans maintien intégral du salaire et subventionnés par une réaffectation du CICE. Cela permet d’affirmer sans crainte de se tromper que l’emballage du revenu universel d’existence de Hamon cache soit du vent, soit une nouvelle façon de réduire la part des classes populaires dans le revenu national au profit de la bourgeoisie.

26 février 2017, Maurice SPIRZ

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