Oui, l’incendie du boulevard Auriol est criminel
29 août 2005 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Dix-sept morts, dont quatorze gamins, dans cet incendie du boulevard Auriol à Paris. Sans oublier la trentaine de blessés. L’escalier à courants d’air de l’immeuble a servi de torche. Les familles sorties brutalement de leur sommeil ont été livrées à un dramatique sauve qui peut. La faute à « pas de chance » ? Non, la faute à la criminelle incurie de l’Etat.
Les familles sinistrées étaient celles de travailleurs de sociétés de nettoyage, d’éboueurs de la ville de Paris, d’origine malienne ou ivoirienne, acculés à des conditions d’habitation du XIX° siècle. Selon divers témoignages, l’immeuble du boulevard Auriol avait des planchers branlants et par endroits largement troués. Des fils électriques pendouillaient. En cas de pluie, l’eau traversait les plafonds... Et qui plus est, l’immeuble parfois vibrait, sous l’ébranlement d’engins des chantiers voisins.
Car ce 20, Bd Vincent Auriol, est en plein dans la « ZAC Rive gauche », un immense périmètre livré depuis bientôt 20 ans aux démolisseurs puis bâtisseurs de la grande bibiothèque mais aussi de bureaux et logements de luxe. Quartier devenu riche et cher. Dans tout le secteur, il ne reste quasiment plus que deux blocs d’habitations anciennes. Les mômes jouant dans la rue au pied d’immeubles ultra-modernes de France Télécom, du ministère de l’économie ou autre grande banque, pas de doute que ça faisait tache !
Si cet immense chantier de rénovation prouve quelque chose, c’est que le fric ne manquait pas pour le bâtiment. Du moins pour la construction de tours ultra-modernes. Mais rien en revanche pour les familles ouvrières ballotées depuis 1992 d’un logement de fortune à l’autre, sur le même périmètre. Elles ont dû occuper d’abord un terrain SNCF. Après des mois de combat dans le cadre de divers collectifs, elles ont été successivement relogées un peu plus loin, dans un immeuble désaffecté, face à un ancien centre de tri postal. Puis certaines, dans l’immeuble devenu brasier. Une solution provisoire, qui dure depuis plus de 10 ans. A se demander si on ne serait pas confrontés à une affaire de promoteurs véreux qui financent des incendiaires pour faire déguerpir des locataires.
Face au drame de vendredi dernier, les Chirac et sa clique pleurent. Le maire de Paris idem. Plus jamais ça, disent-ils. Avec les mêmes postures qu’en avril dernier, après l’incendie d’un hôtel meublé du quartier de l’Opéra, faisant 24 morts. Depuis, rien.
Aujourd’hui, Borloo propose aux sinistrés un relogement en « hôtels sociaux »... comme celui précisément qui a brûlé il y a 5 mois. Sarkozy, lui, a la bassesse de parler de « tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains et s’amassent à Paris... ». Si en tisonnant un peu, il récupérait quelques voix de xénophobes ! Précisons que « ces gens » sont des salariés qui font un travail dur mais ne gagnent pas de quoi se loger correctement. La mairie de Paris recense toujours plus de 1 000 bâtiments dangereux, soit 20 000 foyers. Et par ailleurs, quelque 102 500 demandes de logement en souffrance. Mais l’action des pouvoirs publics, de droite ou de gauche, s’arrête aux recensements.
Pour le reste, la tâche de replâtrage est dévolue à des associations caritatives, qui se voient confier par l’Etat la gestion d’immeubles pourris. L’association de l’abbé Pierre, Emmaüs, se retrouve ainsi sur la sellette, car c’est elle qui avait obtenu un bail de 50 ans pour assumer, tant bien que mal, la gestion du taudis Vincent Auriol. Mais les seuls coupables, les seuls criminels doit-on dire, ce sont les responsables de l’Etat.
Parmi les familles sinistrées, et bien au-delà, c’est la colère et la révolte. Pour l’heure, les rescapés du boulevard Auriol restent volontairement ensemble, regroupés dans un gymnase, pour exiger un relogement définitif. Nous en sommes totalement solidaires. Dans un monde au service des plus riches, où la course au profit passe avant les vies, nous sommes tous concernés par la défense de nos conditions de travail et d’existence - au premier rang desquelles le logement.


Réactions à cet article