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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 40, juillet-août 2005

Editorial

Les élections ou les luttes ?

Mis en ligne le 4 juillet 2005 Convergences Politique

Curieux cet aveuglement ! Nous ne parlons pas de celui de la gauche du Non : il est volontaire. Mais de la cécité de l’extrême gauche qui depuis des mois a eu pour préoccupation et occupation essentielles, sinon uniques, de faire campagne pour le Non au référendum.

Que dire en effet de la LCR, par exemple ? Au sortir des élections régionales et européennes, alors que la droite et le gouvernement largement battus continuent comme si de rien n’était, elle est la première à réclamer un référendum. Un an plus tard, Chirac à nouveau largement désavoué dans ce référendum imprime une allure encore plus anti-populaire au gouvernement et surtout à sa politique. Et voilà la LCR qui réclame, encore plus fort que ses alliés, la dissolution de l’assemblée nationale, la démission de Chirac... et de nouvelles élections.

Un premier tour dans les urnes nous avait maintenu Raffarin, un deuxième tour nous a ramené Sarkozy, et il faudrait se donner l’objectif d’en précipiter un troisième ? Au risque cette fois d’ajouter de Villiers peut-être, voire Le Pen ? Car à force de victoires comme celle que la gauche du Non vient de célébrer à l’issue de ce référendum, en tordant sans vergogne la signification du résultat et même le sens que bien des électeurs ont probablement mis dans leur vote (souvent beaucoup moins antilibéral et beaucoup plus anti-européen que cette gauche l’a prétendu) où ne pourrions-nous aboutir ?

La gauche, toute la gauche, n’a d’autre perspective que les prochaines élections. Et n’entend pas s’en donner d’autres. Toutes ses prises de positions à l’occasion de ce référendum, celle du PS du Oui comme celle du PS du Non, celle du PCF comme celle d’Attac ou de Copernic, étaient moins pour préparer l’Europe de 2006 que les présidentielles, les législatives ou les municipales de 2007. Personne ne l’a vraiment caché d’ailleurs, il faut le reconnaître. Comme personne ne cache maintenant ni ses visées, ni ses tactiques politiques. Ni Hollande ni Fabius (ou d’autres) de postuler pour être le candidat du PS au premier tour afin de forcer le rassemblement de toute la gauche sur son nom au second, ni Buffet de regrouper la gauche de la gauche (de Taubira à Besancenot ?) autour du PCF dans un premier temps afin de négocier au mieux une nouvelle union avec le PS dans un second.

Pourtant, pendant que toute cette gauche peaufine les tactiques susceptibles d’avantager au mieux les ambitions personnelles ou de parti, les attaques gouvernementales et patronales redoublent contre les salariés. Et l’absence de réactions immédiates devant les projets du gouvernement enhardit encore celui-ci : au moment où nous écrivons de Villepin parle maintenant d’étendre la période d’essai de deux ans pour les nouveaux embauchés, des entreprises de moins de 10 salariés à celles de moins de 20. En attendant sans doute, s’il n’y a toujours pas la réaction d’envergure qui s’imposerait, de l’étendre encore... sans limite. Aucun doute, lui au moins a compris que l’importance du référendum n’était pas dans son résultat mais d’avoir permis de geler une mobilisation qui pointait, d’avoir repoussé aux calendes grecques la suite des manifestations du 10 mars, d’avoir laissé le mouvement lycéen retomber faute de trouver les soutiens qu’il cherchait du côté des travailleurs, en bref d’avoir joué pleinement son rôle de dérivatif ou d’exutoire.

L’extrême gauche, à bien peu d’exceptions près, en participant à ce référendum au lieu de le dénoncer purement et simplement pour ce qu’il était, elle aussi s’y est laissé prendre. Mais c’est maintenant une raison de plus pour redresser la barre.

Seul un mouvement d’ensemble pourrait répondre à l’arrogance d’un gouvernement qui annonce qu’il va matraquer par ordonnance, et mettre fin à ses projets contre les travailleurs, les chômeurs, les immigrés, les protections sociales, le code du travail, bref tous les aspects de la vie du monde ouvrier.

Certes il n’est pas dans les possibilités de l’extrême gauche à elle seule de susciter cette réaction d’envergure, dans la rue, par la grève. Mais il dépend bien d’elle d’avoir pour seule orientation de militer pour ce mouvement d’ensemble.

Et pour ce faire d’abord, évidemment, de soutenir, participer, développer quand elle le peut et là où elle est, les conflits parcellaires, éparpillés et limités qui en ce début de l’été se produisent pourtant en nombre sur les salaires, contre les suppressions d’emplois ou pour la défense des conditions de travail. Mais aussi de développer une campagne pour un mouvement de tous sur un programme correspondant aux intérêts de tous : interdiction des licenciements, augmentation des salaires, fin de la précarité, répartition du travail entre tous.

Cette campagne permettrait de s’adresser aux militants de gauche, politiques, syndicalistes, associatifs, voire de les associer à une activité commune mais sur un autre terrain et une autre perspective qu’électoraux. Et elle n’est pas moins à la portée de l’extrême gauche, surtout si celle-ci mettait ses forces en commun, que celle dans laquelle elle vient de gaspiller beaucoup d’efforts à propos d’un référendum sans enjeu.

26 juin 2005

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